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VAINES TENTATIVES

La coalition des Empires centraux s'en rendit compte, lorsqu'elle essaya d'arracher aux puissances maîtresses de la mer les nœuds vitaux des routes maritimes, placés aux étroits de Calais et de Suez.

C'est contre Calais que fut tenté le plus puissant eflPort.

En octobre 19 14, après la chute d'Anvers, une armée grisée par le succès et constituée par la fleur de la jeunesse allemande se ruait nach Calais, le « Gibraltar allemand », sans imaginer que l'étroit fossé de l'Yser et les collines d'Ypres barreraient le chemin plus de quelques heures !

Mais, bien que la route par terre parût ouverte, c'est la mer qui était attaquée. Et la mer résista.

L'armée allemande, qui n'avait pas la maîtrise de la mer, ne put utiliser la route commode des dunes côtières. Bombardés furieusement par la flotte anglaise, les Allemands n'arrivèrent pas à Nieuport et furent rejetés dans les marais de l'intérieur.

Ils essayèrent de forcer TYser (24-31 octobre). Mais la plaine de TYser était au-dessous du niveau des hautes mers. L'ouverture des écluses fit de toute cette plaine un golfe marin infranchissable quoique peu profond, une sorte de Biesboch ou de DoUart.

Alors s'engagea, tout à fait à l'intérieur, la bataille d'Ypres (i^'"-[4 novembre). Mais le gros de l'armée francoanglaise avait eu le temps d'accourir. La barrière maritime avait donné aux armées le répit nécessaire : le Pas de Calais était sauvé, et le rêve du « Gibraltar allemand » disparut pour jamais. '

Aux abords du canal de Suez, la lutte fut moins vive. Les forces engagées des deux côtés étaient bien moindres. On était loin, de part et d'autre, des grands foyers d'action. C'est entre le Rhin et la Manche que le sort de la route maritime de Suez devait se décider. Aux approches mêmes de Suez il n'y avait que les Turcs, vassaux inhabiles de l'Allemagne. Sur terre et sur mer, l'Entente ne disposait que de forces médiocres, troupes en formation et vieux bateaux démodés.

Cependant, telle était la séduction de l'objectif géographique, encore

LUTTE POUR LA M Eli

stimulée par l'espoir d'un soulèvement islamique contre l'Angleterre et contre la France, que les Turcs essayèrent de mettre la main sur la route maritime ^ Ils s'y prirent à deux fois, en février et en août 1915. Ici, comme aux abords de Calais, la mer se défendit elle-même, et elle fut aidée. L'aide qu'elle trouva aux abords de Suez fut, non celle de l'inondation, mais celle du désert, sauf pour l'attaque du 3 février 1915 où les Turcs faillirent profiter de circonstances exceptionnelles (chap. i, § 2).

Les points d'eau avaient été préalablement détruits par les Anglais dans le désert du Sina'i. L'armée turque de Gaza et d'El-Arich fut obligée de passer elle-même et de faire passer tous ses convois par la route côtière . Les garde-côtes français et anglais, cuirassés et armés d'une puissante artillerie, jetèrent aisément le désordre dans ces mouvements. Ils suffirent aussi à empêcher les avant-gardes turques de franchir le canal.

Quant à Gibraltar, les Allemands et leurs alliés ne purent jamais l'attaquer par les armes. Ils se bornèrent à intriguer en Espagne et à soutenir les rebelles du Maroc. Ces intrigues et ces manœuvres nous gênèrent sans modifier en rien le résultat de la guerre ^.

Tandis que les Allemands échouaient ainsi contre les passages maritimes gardés par les flottes, TEntente ne réussissait pas davantage à faire passer ses bateaux dans les étroits dominés et maîtrisés par les forces terrestres, et les entreprises spasmodiques des flottes contre les forteresses côtières et contre les ports n'avaient pas plus de succès.

Heligoland, Zeebrugge, Cattaro, les Dardanelles : noms parfois glorieux, souvent douloureux, et en tout cas et toujours, évocateurs d'eflforts inutiles.

Le 17 décembre 19 14, les croiseurs et les hydravions britanniques tâtaient Heligoland et les bouches de l'Elbe, On n'y revint pas, et on fit bien. Que ne fit-on de même aux Dardanelles, après les premiers essais !

En septembre et octobre 1914, un amiral français s'exposa malheureu-

1. Ils songeaient aussi, sans doute, à réveil de la nationalité égyptienne contre la domination anglaise. Ils ne se sont pas entièrement trompés. Ce ne sont pas seulement les nations sujettes des Empires centraux que la grande guerre a appelées à la vie. Il y en a aussi dans le ressort des puissances de l'Entente, chez lesquelles certains points douloureux deviennent plus douloureux encore : ce sont surtout l'Irlande et l'Egypte. Voir sur l'Egypte un plaidoyer chaleureux pour l'indépendance de ce pays (sur laquelle nous faisons toutes réserves) dans V. Margueritte, La Voix de l'Egypte, i vol., Paris, 1919.

2. Il sera intéressant, plus tard, de connaître par le détail l'intrigue allemande et les menées germanophiles en Espagne, qui furent extrêmement actives.

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