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SIGNIFICATION ET PORTÉE DE LA LUTTE SLR MER

La grande guerre sur mer a été signalée par le triomphe de la stratégie des objectifs géographiques sur la stratégie de la bataille. Elle a été une guerre dispersée dans ses moyens, concentrée dans ses fins. Elle a révélé la signification précise de la domination de la mer.

Sauf rengagement partiel du 3i mai 1916 et les combats sans importance livrés par les divisions lointaines, il n'y a pas eu de bataille navale digne de ce nom. Les escadres cuirassées se sont neutralisées. Les flottes allemande et autrichienne n'osaient pas sortir. Les flottes alliées ne pouvaient forcer leurs adversaires dans leurs refuges.

Tout rintérêt stratégique s'est concentré autour du trafic qui se faisait sur les faisceaux de circulation, sur les zones d'atterrage et sur les étroits qui constituent les avenues maritimes de l'Europe atlantique et méditerranéenne. Ces avenues et leur trafic étaient devenus, en paix comme en guerre, des organes vitaux de l'Europe industrielle et surpeuplée. Les Allemands voulurent arrêter et entraver le trafic, au moyen de leur tactique de l'invisible. Les Alliés réussirent à le préserver de toute atteinte trop grave, au moyen de leur tactique de l'innombrable.

Il apparut que la domination de la mer réside, d'une manière essentielle, non dans une prépondérance g'énérale de pavillon militaire ou marchand sur les Océans, mais dans le contrôle précis exercé sur quelques régions côtières, sur quelques mers du socle continental et sur quelques étroits où se trouvent les nœuds de rapports vitaux du commerce maritime, nécessaire aujourd'hui, sans qu'il s'en doute, au plus terrien des paysans de Bohème et d'Ukraine tout autant

LUTTE POUR LA MER

qu'au citoyen de Rotterdam et d'Anvers. L'Allemagne, parce qu'elle possédait sans conteste deux de ces régions marines essentielles, la Baltique et la mer Noire, faillit faire périr TEntente maritime, bien que celle-ci fût beaucoup plus forte sur l'ensemble des Océans.

Tout en demeurant spectatrices, les escadres cuirassées n'étaient pas inutiles. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à se demander ce qui serait arrivé, si lEntenre n'avait pas disposé d'une supériorité écrasante de gros bateaux et de canons'. Dans ce cas, la marine allemande n'eût pas été réduite à cette tactique de l'invisible qu'elle n'avait pas assez préparée, et qui la paralysait à demi. Elle eût rompu le blocus, totalement ou en partie. Elle eût coupé souvent les routes du trafic. Elle eût sans doute réduit ses adversaires à la disette : elle faillit bien y arriver rien qu'avec cette arme sous-marine qui avait été si injustement dénigrée ou tenue pour secondaire avant la guerre.

I. Ce passage sur Tutilité des escadres cuirassées reproduit l'opinion courante dans les milieux maritime's. Sans la repousser absolument, nous faisons des réserves. 11 nous paraît difficile d'admettre que d'énormes outils de guerre n'aient pas d'autre fonction militaire que d'empêcher toute bataille. Et, en renversant le raisonnement, en supposant l'Entente privée de cuirassés et bien armée de sous-marins, et l'Allemagne maîtresse apparente de la surface marine, que se fùt-il donc passé ? L'Allemagne n'eùt-elle pas été aussi bien bloquée, affamée et vaincue qu'elle le fut en réalité ? L'objectif maritime essentiel était de couper les routes du ravitaillement dans les zones critiques. Il est démontré que des sous-marins nombreux, puissants et bien armés, auraient parfaitement pu atteindre cet objectif.

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