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I. C. Vallaux, Géographie sociale, La Mer, p

3. Les grosses masses d émigrants étaient fournies avant 1914 par les Italiens, par les Slaves et par les Juifs orientaux (i 100 000 juifs ont émigré aux Etats-Unis de i8t)8 à 1910). Il est possible que rémigration italienne recommence, bien que les Italiens soient appelés à trouver aisément l'emploi de leur activité dans certaines parties dépeuplées de TEurope. Quant aux Slaves, pour une part, ils se dévorent eux-mêmes, pour une autre part ils s'organisent : pour les deux fins ils n'ont pas trop de tous les hommes. Les mouvements d'émigration qui recommenceront auront sans doute des caractères spasmodiques et moins durables.

3. La politique anglaise comprenait celte nécessité bien avant la guerre. « Une colonie anglaise est la colonie de tout le monde, chacun y a autant de droits que l'Anglais luimême. L'Angleterre possède plus d'une île en Océanie où les colons s'administrent à leur

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plus un empire, mais une Fédération d'Etats autonomes \ L'Empire colonial français connaîtra tôt ou tard une évolution analogue.

Ainsi s'effrite et se lézarde l'édifice de domination construit par l'Europe depuis près de cinq cents ans. On peut regarder la tentative allemande de 1914 comme le dernier effort pour perpétuer la domination européenne sur le monde, et aussi comme la dernière chance qui restait de la maintenir. Si le Kaiser von Eiiropa, comme écrivaient déjà les soldats allemands sur les murs de Liège, était arrivé à ses fins, l'Europe subjuguée et concentrée par des mains de fer eût été, pour un temps sans doute très court, maîtresse incontestée de la planète.

Les choses tournèrent autrement. L'Europe a perdu le privilège de la direction unique. L'Amérique et l'Asie interviennent dans ses affaires. La première conséquence de ce nouvel état des choses, c'est l'extension et l'intérêt nouveaux pris par la politique de TOcéan. On ne doit plus regarderies grandes routes des mers et leurs liaisons comme de simples avenues de l'Europe, ni ce continent comme un centre commun de rayonnement pour toutes. Il faut les considérer dans leurs rapports généraux, soit entre elles, soit avec les nouvelles puissances d'Amérique et d'Asie qui demain auront leur part

guise, font leurs lois et se jugent, comme en Australie. Un fonctionnaire australien s'y rend tous les trois ans, pour voir si tout va bien. Comme nous sommes habitués à voir l'Anglais se mettre partout à son aise, planter son drapeau où il le peut, prendre en voj'age toute la place dans le wagon et toute la salade dans le plat, je m'imagine bien que ce n'est pas par charité pour les autres races que l'Angleterre agit de la sorte. Mais elle sait ce que coûte l'expérience, et n'a plus envie de tirer sur la corde au point de la casser, comme d'autres pays s'obstinent à le faire » (M. et M™» E. Jottrand, Au Siam, journal de voyage, Paris, 1905, p. 384-583).

I. « Dès aujourd'hui, l'Australie est une nation. L'autonomie que lui reconnaît l'Angleterre va presque jusqu'à l'indépendance de fait, sinon de droit : l'Australie fait ses propres lois, soumises simplement à la signature de ses gouverneurs qui pratiquement ne la . refusent jamais ; elle fait elle-même ses propres tarifs de douanes, elle règle elle-même, sous le contrôle supérieur de la mère patrie, ses relations commerciales et tarifaires avec l'étranger » (Mission française en Australie, Les relations économiques de la France et de l'Australie, Paris, 1919, p. 4). A la Société des Nations, les plus grandes des colonies et Dominions anglais ont obtenu une représentation égale en dignité et en nombre à celles de l'Angleterre et de la France. La seule marque positive de la domination anglaise, qui subsiste aujourd'hui, ce sont les facilités douanières, pour les produits britanniques, que l'on connaît sous le nom à.e préférence impériale.

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de la domination du monde. Des problèmes d'avenir surgissent. Nous allons essayer de les indiquer ou de les deviner.

2. —LES GRASDES LIAISONS ATLANTIQUES .BALTIQUE ET MER DU NORD, GIBRALTAR, PANAMA

L'Océan Atlantique est la Méditerranée future de la Fédération latine et anglo-saxonne qui s'annonce et que le développement de Thistoire rendra demain encore plus nécessaire qu'aujourd'hui. Ce sera un domaine collectif non exclusivement réservé, mais soumis à certains règlements stratégiques et politiques qui traduiront la conception de la liberté des mers arrêtée par les puissances navales dominantes. Ce nest pas, semble-t-il, un champ de lutte désigné pour un prochain avenir.

Cependant, il y a sur les lisières de l'Atlantique des zones de contact où se rencontrent des voies cardinales de commerce et de domination. Selon les modes de souveraineté ou d'administration qui seront imposés à ces carrefours, l'avenir politique de l'Atlantique, et celui de la Fédération dont il forme la base géographique, peuvent se présenter sous des aspects très différents.

Les grandes zones de contact des liaisons atlantiques se trouvent au débouché de la Baltique et dans la mer du Nord, au détroit de Gibraltar et au canal de Panama.

Nous pouvons appeler la liaison Baltique-mer du Nord une ïiaïson fliij'io-iuaritifue : son importance est faite du confluent marin de grands fleuves transporteurs d'hommes et de marchandises en provenance ou à destination des régions jusqu ici les plus actives et les plus peuplées du monde.

Gibraltar et Panama sontdes liaisons purement maritimes.

La mer Baltique est faite d'une mince nappe deaux douces et saumâtres, surimposée, à la façon d'une nappe d'huile, à une cuvette d'eaux marines. Par suite de la confluence d'eaux douces abondantes, les eaux de surface sont en excès et glissent d'un mouvement continu, par les détroits

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danois, vers la mer du Nord et TOcéan Atlantique ^ Ce sont les eaux Scandinaves, russes et polonaises qui coulent de cette façon. C'est l'image du mouvement irrésistible qui fait de la Baltique le débouché nécessaire dune grande partie de l'Europe de l'Est, d'États anciens comme la Suède. la Russie et la Prusse aussi bien que d'Etats nouveaux ou renouvelés comme la Finlande, les Provinces Baltiques et la Pologne.

La mer du Nord, dans sa partie Sud-est, du Dogger Bank à Blaavand Huk et au Pas de Calais, est un vaste estuaire commun où confluent l'Elbe, la Weser, le Rhin, la Meuse, l'Escaut et la Tamise. Les eaux côtières, jaunâtres et chargées de troubles fluviaux, ainsi que le vaste delta sous-marin uniquement constitué par les dépôts des grands fleuves-, indiquent ce caractère essentiel d'une mer bordée par les ports d'estuaires les plus actifs du monde : Hambourg, Rotterdam, Anvers, Londres.

Pour la Baltique, la question qui se pose est celle de la libre communication des pays riverains avec la mer du Nord et avec TOcéan. Pour la mer du Nord, la question qui se pose est celle de l'utilisation, par des nations rivales et ennemies, des grands fleuves qui viennent y confluer.

La communication naturelle du bassin baltique avec la mer libre se fait par le système des détroits danois : Sund, Grand Belt, Petit Belt.

Cette série de passages n'est pas internationalisée. Ils sont ou vont être la propriété, le premier de la Suède et du Danemark, et les deux autres du Danemark seul. La Suède et le Danemark sont trop faibles pour assurer la liberté du passage dans tous les cas. On l'a bien vu au cours de la guerre. Dès le début, la Baltique a été un lac allemand, comme au xvii^ siècle elle fut un lac suédois. Elle risque de l'être encore plus dans l'avenir, à cause de l'ère de dispersion politique qui va s'ouvrir pour la Baltique orientale.

De plus, le doublement de la péninsule du Jutland allonge de 750 kilomètres la route maritime entre les ports de l'Atlantique et de la mer du

1. Ed. Suess va jusqu'à considérer la Baltique comme un vaste estuaire fluvial en train de se vider dans l'Océan dont le fond serait en voie d'effondrement (Ed. Suess, la Face de la Terre, trad. E. de Margerie, II, 667),

2. G. Vallaux. La Mer du Nord, étude de géographie physique [Revue générale des Sciences, 15 juin 1012)-

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Nord; d'une part, et ceux de la mer Baltique de l'autre : ce qui augmente en moyenne, d'un tiers en temps, le voyage de Londres à Stockholm.

Enfin, les deux Belts sont relativement profonds, mais ils sont évités par les navires, à cause de leurs écueils et des sinuosités de leurs rives. Le Sund est seul fréquenté ; toutefois le passage principal du Drogden, entre Amager et Saltholm, n'a en quelques endroits que 7 mètres audessous du zéro : le Sund n'est donc accessible en tous temps qu'aux navires d'un port de 6"% 50 en lourd '. Il faut prévoir que le développement maritime des pays du Nord nécessitera des bateaux d'un plus fort tirant d'eau.

Pour assurer complètement les communications de la Baltique et de la mer du Xord, on doit utiliser la coupure existante de l'isthme danois (canal de Kiel, officiellement Kaiser-Wilhelm Kanal), exécutée par les Allemands de i885 à 1895, dans une pensée purement allemande.

Le canal de Kiel est tracé d'Holtenau à Rendsburg, sur les frontières des anciennes provinces du Slesvig et du Holstein cédées par le Danemark à la Prusse et à l'Autriche en 1864, à la Prusse seule par l'Autriche en 1866. Il a été fait pour une fin surtout politique, et subsidiairement pour une fin économique. Le but politique consistait à permettre une concentration rapide de la flotte allemande de Kiel et deWilhelmshaven dans l'une ou dans l'autre mer, selon les besoins militaires; il a été atteint pendant la guerre (voir chap . xiij . Le but économique consistait à faciliter les relations des ports allemands et autres de la Baltique avec les ports allemands de la mer du Nord : il a été atteint aussi ; du 31 mars 191 1 au 31 mars 1912, le canal de Kiel transitait déjà 8 478 261 tonnes, letonnage militaire non compris-.

Le canal de Kiel, large de 100 mètres à la surface et de 36 mètres au plafond, profond de 10 à 12 mètres, pourvu d'un port intérieur à Rendsburg, suffit à tous les besoins. Mais, au lieu de relier directement deux mers, il débouche à Brunsbi^ittel dans l'Elbe, fleuve allemand et destiné à rester allemand ^ Il ne

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