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VARIATIONS DANS L'ESPACE ET LE TEMPS

« mère de toutes les villes russes », la « Jérusalem de la Russie » (elle a représenté jadis la première opposition religieuse à l'Empire byzantin), et qu'elle est encore la ville des cent monastères, la foire des incessants pèlerinages.

Cependant, comment éliminer la ville de la délimitation territoriale d'une nation ? Comment la séparer de sa banlieue ? Impossible. Impossible et absurde.

Presbourg (Bratislava), vraie capitale de 78000 habitants du pays slovaque, était (d'après les derniers recensements autrichiens du reste discutables) une ville comptant 41 , g p. 1 00 d'Allemands et 40,6 p. 100 de Magyars ; mais toute la banlieue est slovaque, tout le comitat est entièrement slovaque, et la ville qui a été depuis lors heureusement et logiquement englobée dans la nouvelle Tchéco-Slovaquie redevenait à physionomie tout à fait slovaque par la langue et par les costumes, même sous le régime hongrois, les jours où la population rurale se donnait rendez-vous au centre urbain, c'est-à-dire tous les jours de marché.

D'un ordre sinon identique, du moins analogue est le problème de Salonique. Tel est aussi le problème de Trieste qui est enveloppée d'une banlieue entièrement peuplée de Slaves. C'est celui de Riga et de Viborg, et d'Odessa comme de Kiev... sans parler de Petrograd !

C'est par-dessus tout un tel problème urbain qui s'est posé à propos de Dantzig (Gdansk) et à propos de Fiume (Rieka) (fig. 33).

Il est beaucoup d'autres complications, beaucoup d'autres enchevêtrements : qu'on considère, par exemple, la bigarrure ethnique de la très roumaine Transylvanie, telle que la représente la carte si remarquable publiée naguère par Emmanuel de Martonne.

Qu'on veuille bien se reporter à notre fig. 32, p. 600-601, quiestunesimplification schématisée de ce beau document. Peut-on imaginer un bloc ethnique linguistique et national plus massif que celui de la brillante race roumaine ? Or non seulement en bordure du bloc se rencontrent

lyATIOXAUTÉS, NATIONS, ETATS

des régions très mêlées: Bessarabie méridionale, Dobroudja, Banat occidental, mais encore en plein cœur de la masse se trouvent d'importantes taches hongroises et allemandes.

« Si l'on essaie, dit Emmanuel de Martonne, de résumer les traits généraux qui se dégagent de cet examen, on notera qu'il existe un bloc de populations roumaines allant du bord oriental de la plaine pannonique au Dniester, de la haute Tisza au Danube et à la Mer Noire, Ce territoire correspond à peu près à ce qui est considéré comme ayant formé l'ancienne Dacie, avec une extension un peu plus grande vers l'Est. Par une coïncidence, qui ne peut être un hasard, ce bloc est homogène et pur de tout mélange, précisément dans les régions que nous savons avoir le plus profondément subi l'empreinte de la colonisation romaine: Olténie ou Valachie occidentale, Banat oriental, Transylvanie occidentale. Il apparait encore particulièrement homogène dans les anciennes principautés de Valachie et de Moldavie, qui ont seules formé d'une manière permanente des Etats roumains indépendants. Le mélange est au contraire la règle dans les pays dépendants d'Etats de nationalité étrangère, soit pendant des siècles, comme la Transylvanie, soit au courant du siècle dernier seulement, comme la Bukovine et la Bessarabie '■. »

Le nouvel Etat tchéco-slovaque comprend presque deux cinquièmes de sa population qui ne sont ni tchèques, ni slovaques.

Or, est-ce une raison pour condamner un Etat qui se constitue en de pareilles conditions ? Non certes, pourvu que la nation-chef, celle qui a la majorité, ait accédé à la conception supérieure des devoirs d'un Etat, qu'elle soit décidée à respecter les droits et les privilèges des minorités, tout en les éduquant à comprendre de mieux en mieux les possibilités, les nécessités et les devoirs d'une vie politique unifiée.

Notre France est une nation,, une très noble et vivace nation , parce que, par-dessus et par delà sa bigarrure ethnique, s'est développée cette mystérieuse et féconde puissance d'assimilation et s'est élaborée la plus robuste conscience nationale.

Par bonheur, les plus fortes nations ne sont pas faites d'une seule nationalité ni d'une seule race.

I. Emm. de Martoxne, EsSiii de carte ethnographique des Pays roumains ^Annales de Géographie, 15 mars 1920, p. 97). Voir aussi La Nouvelle Roumanie [Ibid., 15 janv. ic)2i p. 1-31).

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