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LA HAYE ET LIGUE DES NATIOAS

Quelles armes nouvelles et quelles garanties contre les menaçantes poussées des nouvelles indépendances nationales 1 Les Etats oppresseurs traités sur le même pied que les Etats libérateurs, quel triomphe 1 Les tyrannies faisant endosser aux vraies démocraties la responsabilité collective du statu qiio, quelle « mutualité » ! Quelle « société d'assurance » ! Bon gré mal gré, il n'y avait plus qu'à essayer d'étouffer toutes les revendications des nations qui risquaient de bouleverser Tordre établi. On le vit bien, en igo8, lorsque l'Autriche-Hongrie annexa la Bosnie-Herzégovine ; on le vit encore mieux, en 191 2, lorsque la Confédération Balkanique se rebella contre l'oppression des nationalités et des nations en Turquie sous le régime des Jeunes-Turcs. Toute rébellion nationale n'était plus seulement « crime » contre la puissance dominatrice, mais « péché » contre l'orthodoxie du consortium pacifiste des puissances.

L'Etat est encore parfois, comme il devrait l'être toujours, Torganisme politique supérieur qui fait vivre ensemble plusieurs nationalités ou nations ; — nous avons antérieurement parlé et à dessein de la Belgique et de la Suisse, — il est encore parfois fidèle à sa mission qui est d'être l'organisateur, l'équilibreur si l'on peut ainsi parler, et non pas l'écraseur. Mais trop souvent il devient organiquement tel qu'il ressemble aux anciens Etats oppresseurs, c'est-à-dire qu'il ne peut pas supporter des minorités, ni une Pologne, ni une Alsace, ni des Tchèques, ni des Serbes. Et cela pour une raison profonde : les Nations, en effet , sont devenues « serves de la glèbe ».

Autrefois la nation constituait avant tout un cadre spirituel. Encore aujourd'hui, dans l'Orient méditerranéen et dans le domaine de tout l'ancien empire turc, « nation » et « église » se superposent etse confondent. Par suite, on change de nation en changeant de confession. L'exarchat bulgare, créé en 1871 par la Russie pour faire échec au patriarcat grec de Gonstantinople, a été la condition fondamentale du développement entier de la nation et de l'Etat bulgares. Un paysan macédonien, fût-il d'origine serbe, qui, par hostilité

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contre Téglise grecque, adhérait à l'église bulgare, devenait bulgare, faisait partie de la nation bulgare.

Les compénétrations, les enchevêtrements des nationalités pouvaient aboutir à un certain équilibre par ce fait que chaque individu, chacun des groupes coexistants et juxtaposés, pouvait, sans conflit armé, se rattacher à 'une nation différente.

Cependant, la forme moderne parfaite de la nation ne peut être que TEtat. Toute nation, nous Tavons dit, tend à devenir Etat. Elle s'associe à une partie de la surface terrestre. L'Etat est terrien par excellence.

Aussitôt TEtat-territoire doit résoudre le problème délicat et périlleux de la frontière. Car il est matérialisé. Il est marqué sur la carte par une zone délimitée et non point uniquement par des êtres. Il aboutit tôt ou tard à l'incorporation de tous les êtres qui vivent sur le territoire tantôt par la force, tantôt par l'assimilation.

La prééminence du facteur territoire crée pour les hommes une sorte d'esclavage. Le territoire entraîne les êtres vivants. Lors des conférences de Brest-Litovsk, toutes les discussions de Hâtions étaient déjà devenues des disputes de territoires. Les hommes, politiquement parlant; sont de plus en plus subordonnés au sol qui les porte.

De là le caractère de gravité douloureuse que revêt le problème de la fixation de la frontière. Trotzky, répliquant aux délégués de la Quadruplice (Empire allemand, Autriche-Hongrie, Bulgarie, Turquie) au sujet de l'Ukraine, leur avait déjà dit en^ substance à la fin de 1 917 : « Je vous attends à la discussion de la frontière ». Et ce mot aurait pu être mis en exergue, quelque quinze mois plus tard, sur l'immense dossier des procès-verbaux, des mémoires, des notes et des discussions qui devaient aboutir au traité de Versailles.

Entre Thomogénéité et la continuité territoriales de FEtat et, d'autre part, la bigarrure et la compénétration des nationalités dans toutes les zones en dispute, il y a une antinomie insoluble.

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