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LA HAYE ET LIGUE DES NATIONS

Raison de plus pour songer à l'avenir des nations et pour sauvegarder leurs intérêts vitaux^ Là doit être une des tâches essentielles, sinon même la tâche primordiale de toute Société des Nations digne de ce nom. Et c'est pourquoi la Ligue des Nations, telle qu'elle a été annoncée par le Covenant du Président Wilson, prétend s'occuper de la protection des minorités dans un certain nombre d'Etats. Mais cela ne va pas sans de graves inconvénients pour la vie et le développement unitaire de l'Etat. Car il importe pourtant de ne pas développer les nationalités au point de détruire les Etats, tous les Etats. Telles et telles oppressions doivent être modifiées ou supprimées — on sait auxquelles nous pensons tous — mais ce sont questions d'espèces. Les Etats dont nous devrions détester et combattre ce que nous avons appelé la prépotence exclusive, représentent néanmoins, dans tous les cas normaux, !a plus perfectible et la plus résistante des sociétés humaines. Les « nationalités » sont les êtres jeunes, voire même enfants. Les « nations » sont les êtres en pleine maturité. Gardonsnous de faire des « Etats » uniquement des types figés, des types de caducité et d'autorité — adversaires de la vie. L'Etat qui n'est qu'un mécanisme et qui n'est pas incessamment réformé et vivifié par la vitalité de la nation n'est bon à rien, à rien qu'à faire du mal. Les Etats ne doivent pas être des machines à broyer les nations, ni les nations des organismes qui asservissent les nationalités.

Or, le grand reproche que l'on puisse eflfectivement faire aux deux Conférences de La Haye, c'est que n'ayant été et n'ayant pu être que des Conférences d'Etats, elles ont prétendu figurer la première image de la « Société des Nations ».

Léon Bourgeois est parmi nous l'homme politique généreux et l'écrivain entraînant qui a le plus contribué à faire comprendre les idées théoriques et les solutions pratiques des Conférences de la paix. Il les a présidées avec une distinc-

I. Voir Jacq^ues Bainville, Les Conséquences politiques de la paix, Paris, 1930.

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NATION ALITÉS, NATIONS, ÉTATS

tion, une compréhension, une souplesse, une finesse d'esprit et une bonne humeur auxquelles les représentants officiels de tous les États ont rendu un hommage sans réserve. En 1910, Léon Bourgeois a réuni un certain nombre de rapports et de discours relatifs aux Conférences de La Haye, dans un volume intitulé : Pour la Société des Nations. Il n'est pas sans intérêt de le parcourir.

« En face de la diplomatie de la force s'affirme et s'affirmera de plus en plus la diplomatie du droit. C'est là une autre méthode qui, parallèlement à la précédente, ne cesse de produire ses effets. Les principes peuvent se résumer dans une formule simple, que j'ai déjà employée ailleurs, en définissant les conditions de la paix intérieure des États, les conditions de la paix sociale. Cette formule s'applique aussi exactement à l'ordre international ; pas d'harmonie sans l'ordre, pas d'ordre sans la paix, pas de paix sans la liberté, pas de liberté sans la justice» (p. 15, 16)... « En établissant entre les personnes morales que sont les Etats civilisés, c'està-dire entre \qs patries., les rapports nécessaires du droit, en créant entre elles ce que nous avons souvent appelé la « Société des Nations », on fait pour elles ce que 1789 a fait pour les individus: on les garantit, on les ennoblit, on les exalte. En définissant entre elles les droits égaux et les devoirs réciproques, on crée pour elles la plus haute des indépendances, celle qui ne connaît qu'une loi commune, celle de la conscience commune. Et l'on fonde sur la seule justice la seule paix qui soit assurée » {^Discours prononcé Je ^i mai içoç au VI'^ Congrès national de la paix, voir p- 27).

« Je répéterai, après le comte Nigra : « Il n"y a ni grandes ni petites puissances; toutes sont égales devant l'œuvre à accomplir » (p. 124).

Est-ce bien vrai ? Les exclusions prononcées contre le Transvaal à la première Conférence, contre la Finlande et contre la Corée à la seconde, prouvent qu'il était des puissances de premier ordre qu'on traitait comme telles et qu'on suivait dans leurs exclusions. En réalité, c'était un concert d'Etats. Et ce fut peut-être l'illusion de cœurs trop généreux et d'esprits trop hâtifs d'imaginer que l'on avait déjà presque réalisé la Société des Nations.

Lors des conférences de Paris en 19 19, le « Conseil des Dix », puis le « Conseil des Quatre » révélèrent encore davan-

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