IMPOSSIBILITÉS DE CRÉATIONS ARTIFICIELLES
chrétienne. Que les Turcs aient superposé à la vieille et élégante tour octogonale de la Sainte-Sophie d'Ochrida un maladroit minaret mal construit et mal perché, qu'ils aient en tous lieux recouvert tant de mosaïques byzantines de cartouches portant les noms du Prophète ou de ses successeurs, qu'ils aient crevé les yeux du Christ, de la Vierge ou des Apôtres de tant de fresques, qu'importe tout cela ? les vieilles architectures se reconnaissent toujours, sous les badigeons anciens comme sous les altérations récentes.
Peut-être reste-t-il ainsi, malgré toutes les violences et les hideurs deThistoire, peut-être reste-t-il une certaine unité, ou plus exactement une certaine correspondance enfre tous ces êtres vivants de la péninsule des Balkans, dont les prédécesseurs, sinon les ancêtres, connurent Tunité d'un certain peuplement illyrien, puis Tunité de la pénétrante et forte culture hellénique et byzantine avec Tunité de la foi du christianisme grec, puis la presque unité des grands empires slaves, enfin Tunité de Tasservissement à cette double force dominatrice : puissance militaire des Turcs et religion de Mahomet...
Nous nous perdons ainsi dans les profondeurs subconscientes de traditions encore efficientes...
4. QUI DONC PRÉTENDRAIT CRÉER DE L'EXTÉRIEUR LES PRINCIPES DE COHE- SION QUI SEULS PEUVENT ASSURER LA VIE ET LA PAIX DES NATIONS ET DES ÉTATS ?
Il ne peut y avoir de société politique vivante et viable sans des facteurs obscurs de cohésion entre les êtres qui la constituent. Il ne peut pas y avoir de paix universelle, s'il n'y a pas, très forts, des liens solides qui agglomèrent les hommes en des groupes élémentaires, lesquels doivent servir à édifier les groupes plus étendus. Malheur à ceux qui font oeuvre de destruction ou de radicale dissociation des principes actuels de cohésion, sans en avoir expérimenté de nouveaux ! Qu'ils le veuillent ou non, qu'ils en aient conscience ou non, quels que soient les grands mots de fraternité et de paix universelles
COHÉSIONS HUMAINES
qu'ils proclament, ils travaillent pour la haine et pour la guerre.
Gréer des Nations et des Etats par simple décision arbitrale d'une Conférence des puissances, quelle entreprise audacieuse et par avance condamnée à Téchec ! Créer des Nations et des Etats en vertu de seuls principe» rationnels, quelle gageure ! Ce ne sont pas les principes rationnels qui lient les hommes entre eux.
Il ne s'agit pas ici de doctrines ou de dogmes, il ne s'agit pas non plus de regretter ce qui n'est pas; géographiquement et aujounVhni, les faits sont tels que nous avons essayé de les découvrir, de les analyser, de les décrire.
Les hommes sont blancs, jaunes ou noirs ; latins, Scandinaves ou germains ; français, russes ou grecs, sans en avoir délibéré. Les hommes sont même pour la plupart, pour le très grand nombre, d'une société politique déterminée, citoyens d'un Etat précis, sans en avoir délibéré. Parfois des volontés et aussi quelques hasards fabriquent des métis ; des volontés et quelques hasards nationalisent des métèques ; mais les métis à leur tour et les métèques se fondent dans des ensembles ou évoluent jusqu'à constituer de nouveaux ensembles.
L'harmonie, au sein des sociétés politiques, et l'équilibre entre les sociétés politiques ne peuvent être maintenus que moyennant des cohésions qui échappent aux décrets et aux ukases. Les âmes des Polonais, desRuthènesoudes Slovaques, des Arméniens, des Arabes et des Persans n'ont aucune raison d'obéir aux « illuminations » subjectives ou aux conceptions juridiques d'un président des Etats-Unis d'Amérique assisté d'un conseil d'Anglais, de Français, d'Italiens et de Japonais. Il faut avoir le courage de le dire : jamais le monde n'a assisté au spectacle d'une aussi dangereuse et aussi universelle tyrannie ^
I. Qu'aurait dit le même Président si un Conseil composé de Chinois, de Persans, d'Hindous et de Tibétains avaient prétendu intervenir pour fixer la politique des Etats-Unis vis-