‹ La géographie de l'histoireChapitre 181 sur 216 · LIMITATIONS ET VOIES INTERNATIONALISEES · texte numérisé non relu

LIMITATIONS ET VOIES INTERNATIONALISEES

Versailles) ; Dantzig a été constituée en ville libre pour servir de port à la Pologne (art. 104 du traité de Versailles).

La liberté de transit des Etats continentaux vers l'Adriatique, séparée de l'Europe centrale par des montagnes, a été obtenue au moyen de Tinternationalisation des voies ferrées. L'Autriche, la Tchéco-Slovaquie et la Hongrie sont appelées à en profiter. Particulièrement, la Tchéco-Slovaquie se voit assurer la libre communication avec l'Adriatique par les lignes de Bratislava (Presbourg) à Fiume, et de Budejovic (Budweiss) à Trieste (art. 322 du traité de Saint-Germain).

Les limitations de souveraineté ne se bornent pas là. Au point de vue géographique, elles comprennent encore l'interdiction de constituer des frontières militaires et l'obligation de fournir des matières premières ou de l'énergie électrique aux États voisins : c'est à l'Allemagne surtout que ces obligations ont été imposées. Quelques-unes, il estvrai, sont temporaires.

D'autres limitations encore existent, qui ne peuvent être passées sous silence, d'autant plus qu'elles intéressent indirectement la géographie politique. La principale est la protection des minorités ethniques, linguistiques ou religieuses, réalisée au moyen d'un statut juridique spécial imposé aux Etats qui les contiennent (voir notamment la section V, art. 62 à 69, du traité de Saint-Germain) .

Par ce réseau de prescriptions et de limitations, la Conférence de la paix a voulu renouer, dans l'organisme européen, quelques-uns des liens de circulation et de vie générale que la constitution des nouveaux États indépendants l'avait obligée à trancher.

L'avenir dira si la solution trouvée est heureuse. Pour nous, nous ne le pensons pas.

En étudiant de près la force croissante de tous les organismes d'État, nous avons été amenés à penser que les limitations de souveraineté seraient impatiemment supportées par toute société politique revenue à une vie normale. On peut estimer que la protection des minorités aurait eu plus de

CONDITIONS DE LA PAIX POUR L'ÉQUILIBRE

chance de réussir, si elle avait résulté du progrès des mœurs, sans être imposée par une contrainte extérieure. On peut estimer, surtout, que le réseau de transit international superposé à la souveraineté territoriale des Etats ne sera jamais accepté de plein gré par des gens dont il prétend contrarier et contrecarrer, à perpétuité, les sentiments et les intérêts.

C'est une source de conflits et* une cause de ruine pour l'œuvre de 1919-1920, à moins que le super-état, la Société des Nations, ne devienne assez fort pour maintenir, par la crainte, l'existence du super-réseau. A Theure présente, la Société des Nations est loin de disposer de la force nécessaire.

Page 1