MANDATS COLONIAUX
n'entendent pas laisser mettre en question leur domination de fait. Elles ont seulement pris soin de la garantir contre toutretour offensif, en anéantissant les flottes de l'Allemagne et de l'Autriche, et en particulier leurs sous-marins.
Quant aux territoires coloniaux qui avaient appartenu aux vaincus, ceux-ci les ont perdus complètement. Il y avait deux catégories de territoires de cette nature, les colonies allemandes d'Afrique, d'Océanie et d'Extrême-Orient, et les dépendances asiatiques de TEmpire ottoman, détachées de gré ou de force de cet Empire en dissolution (Syrie, Mésopotamie, Palestine) .
A tous ces territoires a été appliqué le régime des mandats coloniaux, défini par l'article 22 du pacte de la Société des Nations.
Ce régime repose sur le principe que l'Allemagne et la Turquie se sont montrées inhabiles à gouverner, d'une manière digne de la civilisation moderne, les populations primitives ou peu développées qui étaient soumises à leur domination. En conséquence, l'Allemagne et la Turquie sont déclarées déchues ; leur droit de tutelle est transféré aux Etats vainqueurs qui ont prouvé leur savoir-faire colonial. Ceux-ci sont tenus de gérer en tuteurs honnêtes les affaires des sociétés mineures; tous les ans, ils doivent rendre compte de leur gestion au conseil de la Société des Nations. C'est en vertu de ces principes que les grands pays coloniaux, l'Empire britannique et la France, ont reçu et se sont partagé les mandats sur les colonies allemandes d'Afrique et d'Océanie, ainsi que sur la Syrie, la Mésopotamie et la Palestine. Seul, l'ancien Chan- Toung allemand a été remis au Japon sans conditions, en dépit de la mauvaise humeur très naturelle des Chinois.
Si l'on excepte l'obligation pour les puissances coloniales de rendre compte de leur gestion à un Conseil qui sera dépourvu de tous moyens pratiques d'exprimer sa satisfaction ou son mécontentement, le régime des mandats coloniaux est exactement identique, selon les cas, au régime de protectorat ou de possession directe appliqué par les puissances
COyDlTIONS DE LA PAIX POUR L'ÉQUILIBRE
bénéficiaires à leurs propres colonies. De cette manière, Tinstitution même des mandats prend une fâcheuse allure de puarisaïsme et d'hypocrisie que les puissances auraient pu éviter. Elles étaient mieux fondées à s'emparer des colonies allemandes et des possessions turques, au titre des réparations que devaient rÀllemagne et la Turquie pour la guerre de destruction déchaînée par leurs dirigeants.
L'immense accroissement de territoire colonial conféré par les mandais aux puissances victorieuses ne doit pas toutefois retenir uniquement ni même principalement notre attention.
La politique coloniale des mandats n'est pas une politique de territoires, mais avant tout, une politique de matières premières. Elle a été dirigée de manière à assurer aux puissances victorieuses, et en particulier à l'Empire britannique, un monopole de fait de certains produits d'extraction, de culture ou de cueillette qui sont nécessaires à l'Europe, et que le territoire de l'Europe ne peut fournir. Pour l'Angleterre, le Mésopotamie a perdu à peu près sa valeur, autrefois escomptée, déroute terrestre vers l'Inde: la Mésopotamie est avant tout le pays des pétroles de Mossoul. Les colonies d'Atrique doivent assurer à l'Europe de l'Entente le monopole des bois précieux et de nombreuses matières grasses ; elles doivent lui permettre de lutter contre le caoutchouc américain ; elles doivent servir à combler, pour leur part, le déficit européen en denrées alimentaires ; elles serviront peut-être à fournir aux tissages et aux filatures le coton que l'Inde et les Etats-Unis ne donneront plus en quantités suffisantes, et que l'Egypte envoie déjà en masse à Manchester.
Cette politique économique vaudra à l'Europe une de ses chances les plus sérieuses de relèvement ; à elle seule, elle suffirait à nous faire regarder comme très exagérées les prévisions pessimistes de A. Demangeon sur l'aveniru eropéen \ Cependant, elle n'est pas à l'abri de toute critique. La popu-