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LE SUPERÉTAT : LA SOCIÉTÉ DES NATIONS

On conçoit qu'au bout d'une guerre meurtrière de quatre ans, il est difficile de se montrer strictement juste. On conçoit aussi que la réparation des ruines et des dommages exige un assez grand nombre de mesures transitoires, destinées à être modifiées ou supprimées plus tard. On conçoit, enfin, que la légitime horreur des peuples pour le renouvellement de massacres et de désastres pareils les détermine à se concerter pour une assurance de paix future. Pour ces trois raisons, il faut reconnaître que le pacte de la Société des Nations s'imposait ; ou, tout au moins, qu'il y avait quelque chose à tenter dans ce genre. Déjà les traités de i8i5, qui fermaient une période de guerres plus longue, mais moins meurtrière, avaient eu comme couronnement cette Sainte-Alliance qui ressemble fort à la Société des Nations, car celle-ci n'est autre chose que la société des Etats vainqueurs. C'est donc, comme on voudra, faire trop d'honneur au président Wilson, ou le charger d'un reproche qu'il ne mérite pas, que de faire

COyDlTIOXS DE LA PAIX POUR L'ÉQUILIBRE

de lui Tunique auteur responsable du pacte fameux inscrit au seuil de tous les traités.

Mais il est vrai que le pacte lui-même porte beaucoup trop Tempreinte d'un esprit juridique et purement formel, dédaigneux des contingences hostiles, et, en particulier, des forces inconscientes et irrésistibles qui modifieront sans cesse dans Tavenir, comme elles l'ont fait dans le passé, les rapports entre les sociétés politiques, soit pour la guerre, soit pour la paix. Lorsque les rédacteurs du pacte laissent entendre que les conflits, les guerres et les ruptures d'équilibre proviennent uniquement de volontés dirigeantes malintentionnées, ils se trompent. Lorsqu'ils prétendent opposer aux actions de force et aux pressions de masse la fragile barrière d'un conseil d'arbitres qui ne dispose même pas d'une gendarmerie, ils se trompent encore.

Nous ne referons pas la démonstration que nous avons tentée plus haut\ Nous nous arrêterons seulement à l'unique article du pacte où se trahissent des préoccupations semblables aux nôtres, c'est-à-dire à l'article où l'on envisage la nécessité de changements inévitables, qui pourraient mettre en péril l'équilibre atteint aujourd'hui. C'est l'article 19, ainsi conçu :

-:< L'Assemblée (le Conseil de la Société) peut, de temps à autre, inviter les membres de la Société à procéder à un nouvel examen des traités devenus inapplicables, ainsi que des situations internationales dont le maintien pourrait mettre en péril la paix du monde. »

Ou cet article n'a aucun sens, ou il veut dire que des États déclinants seront invités à abandonner tout ou partie des avantages que d'anciens traités leur conféraient, et que l'on fera à de nouveaux Etats en voie de progrès la place au soleil et la situation de faveur qu'ils paraissent mériter.

Comme il n'y a plus de nouvelle place à prendre sur la terre aujourd'hui partagée, recensée, exploitée ou explorée,

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