COEFFICIENT S TA TISTIQ UE
modalités individuelles ou locales ? La courbe ne se manifestet-elle pas quelquefois comme inflexible ?
L'habitude de l'interpolation n'est-elle pas comme une protestation implicite contre la variabilité géographique ? C'est bien le propre de la statistique que de légitimer les méthodes dinterpolation et de souligner Tinflexibilité apparente ou du moins relative de ces courbes.
Cependant, telles et telles conditions géographiques bien ordonnées, tout autant que des volontés historiques fortes, ne font-elles pas souvent fléchir et même se briser les courbes qui furent les plus régulières ? Il faut donc savoir unir la statistique à l'examen du processus évolutif que nous révèle l'histoire et à l'étude critique et comparative de toutes les combinaisons variées de l'espace. Entre ces trois termes s'est développée et se place toute l'œuvre savante de Levasseur, expression de ce complexe de hautes préoccupations, tour à tour contradictoires et convergentes. Il a su tempérer les calculs de la statistique par les recherches de l'histoire et par les enquêtes de la géographie ^
En fin de compte, la statistique est faite pour discipliner et grouper à sa manière, sous le verbe illustrateur du nombre ou sous l'éclairante figuration du graphique, tous ces mêmes modes et faits d'activité, qui, aperçus sous un autre angle de vision scientifique, se retrouvent dans l'histoire et aussi dans la géographie. Mais en tout ce qui concerne les « faits essentiels » de la surface terrestre, qu'est-elle, que peut-elle être sans la géographie humaine, qui tout à la fois l'appelle et la commande ?
Il importe de recourir, autant que faire se pourra, à l'esprit de finesse, et d'osciller par la pensée, avec une extrême
I. Celui qui a si fort combattu pour la réforme de la pédagogie géographique et qui a été l'historien des classes ouvrières a été aussi le géographe statisticien de la population française. Le deuxième volume posthume de cette belle Histoire du Commerce de la France. volume que nous devons au labeur dévoué d'AuGosTE Deschamps, est venu démontrer ce que nous disons. Le clair esprit de Levasseur. son intelligent bon sens a su concilier ces oppositions. C'est là qu"il convient de chercher la signification profonde et explicative de son œuvre multiple et complexe. Et voilà qui en assure le durable mérite.
FONDEMENTS DE LA GÉOGRAPHIE SOCIALE
prudence, des faits, toujours en nombre restreint, qu'auront enregistrés les yeux, à ces calculs totalisateurs, qui, isolés, pourraient être si souvent décevants. La vérité résulte toujours de la confrontation des uns et des autres : ce ne sera pas une vérité géométrique, mais ce sera une sorte de vérité relative, qui vaudra ce qu'auront valu les observations et ce que vaudra le jugement critique chargé d'établir le compromis entre les réalités directement aperçues et les chiffres d'ensemble, sommes ou moyennes. Nous disons hardiment et nettement que toute vérité concernant les connexions entre le cadre de la nature et l'activité humaine ne peut être que d'ordre approximatif: en vouloir exagérer la précision, c'est la fausser, c'est faire œuvre anti-scientifique au premier chef. C'est pourquoi ont été viciés dès le principe les systèmes qui ont exagéré la dépendance des faits humains et qui ont fait d'une sorte de déduction logique le mécanisme d'explication des événements de l'histoire ou des faits sociaux.
C'est par un étrange abus de mots que l'on parle de la vérité d'un fait ; un fait a des dimensions, il a des couleurs, il a une durée ; il n'a pas une vérité : c'est la perception que nous avons de ce fait qui est fausse ou vraie, c'est le jugement que nous portons sur ce fait qi^ est plus ou moins juste. Il n'y a de science que des rapports que nous établissons entre les faits. « Il n'y a de science que du général. » Or toute vérité scientifique est semblable par sa nature, à un degré plus ou moins haut, à ce que nous appelons ici une vérité de géographie humaine. Et loin de demander à la statistique, comme tant d'esprits superficiels, l'illusion de la fausse arithmétique, entraînant l'illusion de la fausse rigueur déductive, demandons-lui ce sens juste de la vérité objective, laquelle est certes très réelle ; mais qui repose toujours, confusément ou clairement, consciemment ou non, sur un calcul des probabilités.
Un des plus remarquables mathématiciens de ce pays et de ce temps, Emile Borel, a écrit plusieurs articles que les géographes doivent spécialement méditer : Le calcul des