MOYENNE DES ANNEES
1909 à 1913 1914 à igiS
Algérie 6,8 (6,9)
Allemagne 21.4 18. i
Argentine 6,2 6.6
Australie 8,1 6.9
Autriche 13,6 (12,2}
Belgique 25.3 ?
Bulgarie 10.6 8.2
Canada '^i-h 11. 9
Danemark 31 -9 28,2
Egypte 17.5 17. 1
Espagne 9.2 9,1
Etats-Unis 9.8 10,1
France 13.2 ii.o
Grande-Bretagne et Irlande . . . 21.3 21.2
Inde 8.1 7.5
Italie 10.5 9.9
Maroc ? (8.1)
Norvège 16.6 15,4
Pays-Bas 23,8 24.8
Roumanie 12.9 (8,2)
Russie d'Europe (7,0) {7 ^2)
Suède 21,3 18. i
Suisse 21.3 21,8
Tunisie 3.2 3.3
Nouvelle-Zélande 20,1 17,5
I. Annuaire international de Slatistii^ne agricole iç^ij et igiS. Rome, 1920. p. 30-31.
GÉOGRAPHIE ALIMENTAIRE
C'est dans les territoires comme ceux de la Belgique ou des Iles Britanniques, qui sont à la limite de la zone du blé. qui sont situées au delà de la zone d'optimum biologique, que les rendements à Thectare atteignent plus de 20 quintaux métriques : aussi bien, seules les terres les meilleures sont, en de tels cadres naturels, réservées au froment. Les pays qui bénéficient, au contraire, de conditions optima et qui sont aujourd'hui les grands fournisseurs de blé du monde entier, ne sont représentés que par des rendements beaucoup plus faibles:
Etats-Unis lo.i quint, métriques par hectare.
Argentine 6,6 — —
Que se passe-t-il, en effet, dans les pays moins bien doués ? La culture tend à se restreindre et, en même temps, à se perfectionner. Elle ne peut y subsister et y être rémunératrice que dans la mesure où elle se rapproche de la perfection, la perfection résultant, en un sens, de ces conditions spéciales à la géographie humaine.
C'est bien pénétrer au cœur des études géographiques que de chercher de quels produits nous avons besoin pour nous nourrir et d'où nous viennent nos aliments. Dans un livre qui a paru en 191 3, le professeur Lichtenfelt a essayé de reconstituer l'histoire de l'alimentation. Dans cet ouvrage documenté. Die Geschichte der Fiiiaehnmg, les historiens trouveront encore plus défaits à recueillir que les géographes, mais les géographes eux-mêmes auront grand profit à lire ces pages qui révèlent toute l'importance économique et sociale du problème de la nourriture \
I. Prof. Dr Lichtenfelt, Die Geschichte der Enijehning, Berlin. G Reimer, 1915, in-8», XVII -\- 5O5 p. Lichtenfelt fait remarquer que les différences d'alimentation augmentent les différences physiques entre les deux sexes. Les muscles masculins se développent d'autant plus que le régime courant de l'homme comprend plus de produits animaux que celui de la femme, condamnée à une vie en général plus sédentaire et à une alimentation beaucoup plus végétale. N'est-il pas curieux de constater que le mouvement féministe est originaire de pays, Amérique du Nord, Australie et Angleterre, où le régime carné prédomine, et où les femmes mangent incontestablement plus de viande que partout ailleurs? — Au point de vue social par-dessus tout, le problème du régirne carné mérite
IMPORTANCE GÉOGRAPHIQUE
L'auteur a heureusement combiné les informations contrôlées d'un chercheur tel que Moriz Heyne (dont on connaît les études sur l'histoire économique de TAllemagne jusqu'au xvf siècle, et notamment sur la question même de Talimentation) ', avec des données d'un tout autre ordre telles que celles qui résultent des travaux des biologistes"", des découvertes dues aux préhistoriens ou des observations recueillies par les ethnographes. Dans les Kjokkenmàddings Scandinaves, on n'a trouvé que des restes de nourriture animale; dans les stations lacustres, les restes de nourriture végétale se mêlent aux débris animaux : le seigle manque, mais le blé est représenté par trois variétés, et il s'associe à des haricots et à des pois.
Lorsqu'il en arrive aux peuples historiques, Lichtenfelt insiste sur les caractères primitifs de la nourriture faite avec les grains de blé, cette sorte de bouillie de grains concassés (analogue au gruau d'avoine que l'on consomme encore aujourd'hui, surtout en Angleterre). Puis les meules manœuvrées à main d'homme permirent de faire de la farine grossière ; elles furent remplacées par des meules mues par des animaux; enfin, l'on eut l'ingéniosité d'utiliser, pour moudre le grain, la force de l'eau courante; les premiers moulins à eau, beaucoup plus antiques dans une contrée traversée de canaux comme la Mésopotamie, ne furent connus des Romains, d'après Strabon, qu'au i'^'' siècle avant J.-C. (sans doute après la guerre contre Mithridatej. Le pain, tel que nous le mangeons, n'était pas encore fabriqué: c'était de la farine mêlée d'eau et desséchée ; — l'histoire religieuse nous rappelle ce stade de l'histoire du pain sous la forme des hosties ; et la géographie nous montre de grands peuples, vigoureux et prolifiques, se nourrissant encore aujourd'hui par excellence de pâtes qui ne sont pas du pain (Italiens).
Au même titre que l'histoire des céréales, l'histoire des
rexamen : les classes les plus affinées succombent à une consommation exagérée de viande et aux suites de cette consommation qui entraînent goutte, maladies du cœur, maladies nerveuses ; tandis que les classes sociales les moins fortunées s"épuisent par manque d'une alimentation qui reconstitue suffisamment les forces dépensées.
1. MoRiz Heyne. Das deutscke Nahrungsicesen, Leipzig, Hirzel. ic)oi, in-S», vi-408 p. et 75 fig.
2. Un exemple : Lichtenfelt rappelle quelques-unes des conclusions du physiologiste BuNGE au sujet des sels de potasse prédominant dans l'alimentation végétale, et des sels de soude prédominant dans l'alimentation animale, p. s. ce qui explique pour les peuples
• à nourriture végétale un besoin encore plus grand de chlorure de sodium.
( 81 ) Brunhes et Vallaux. 6
GÉOGRAPHIE AUMEyTAIRE
léoLimes est révélatrice de telles séries de petites conquêtes successives dues à Topiniàtreté industrieuse de Thomme i.
Que de vicissitudes difféi'entes ont subies les divers légumes au cours de ce qu'on aurait le droit d'appeler leur histoire humaine ! L'asperge et le céleri sont restés identiques ou à peu près à leur type primitif, tandis que le chou s'est prêté à toutes les fantaisies heureuses de la sélection. Depuis quatre mille ans, le chou est utilisé par l'homme pour sa nourriture, et il serait difficile de reconnaître l'ancêtre sauvage de notre opulent Brassica oleracea dans la pauvre herbe crucifère que nous rencontrons encore çà et là sur les falaises ou les plages littorales de Normandie, d'Angleterre ou du Danemark, aux îles Baléares ou en Sardaigne ! La plante amie du vieux Caton a été une des premières compagnes des hommes de l'ancien monde, et surtout de l'ancienne Europe.
Bien plus, on a exploité avec succès les monstruosités de cette espèce et on les a rendues héréditaires. Dans le chou pommé, la tige est atrophiée et les feuilles s'imbriquent pour faire la « pomme ». On a développé les bourgeons latéraux placés à l'aisselle des feuilles et on a obtenu le « chou de Bruxelles », On force les organes floraux au détriment des autres parties du chou, et c'est le « chou-fleur ». On tire parti d'un renflement de la tige au niveau du sol, et c'est le '< chou-rave »...
Réfléchissons un instant à tout ce que résume de patients efforts, d'essais répétés, d'expériences victorieuses, une simple histoire comme celle du chou.
On pourrait}' ajouter tout de suite l'histoire de ses très proches parents, qui sont le navet et la rave, — le navet adapté aux climats humides et brumeux du Nord-ouest de l'Europe et qui, sous le nom de Turnep, est la principale richesse agricole de l'Angleterre et de la Norvège, — la rave dont on doit signaler la très grande importance alimentaire dans un pays septentrional et rude tel que la Finlande et qui, sous la forme de légume cuit sous la cendre, a nourri tant de générations de nos ancêtres latins ou de nos ancêtres gaulois. La rave, ressource des pays pauvres et des sols ingrats, est encore cultivée en Savoie, en Auvergne, dans le Limousin ; dans le temps que le Limousin était pauvre, on appelait la Rabioule « la denrée de Limoges », et les Limousins qui les mangeaient étaient plaisamment dénommés par Rabelais les « mâche-rabes ». •
Le f^enre Brassica de la famille des Crucifères compte encore des
I. Un ouvrage nous sert de guide, celui du bibliothécaire de la Société nntionale d'horticulture : Georges GiBAULT, Histoire des Légumes, Paris, Librairie Horticole, 1912, in-S», ,j. 1 .04 p. et fig. Sur combien de plantes alimentaires ajoute-t-il de neuves monograplhdes ou de nouveaux détails au dossier qu'a dressé, il y a plusieurs années déjà, A. de Candolle dans son livre De l'origine des plantes cultivées ! Voir Jean Beunhes, La Géovraphie humaine, 1" édition, chapitre iv.
IMPORTAyCE GEOGRAPHiqiE
plantes à graines oléagineuses, la navette et surtout le colza : botaniquement ce sont encore des choux ^ 1
Pourquoi et dans quelle mesure les Français cultivent-ils et aiment-ils la carotte et l'oseille, tandis que les Anglais et les Américains du Nord ont une prédilection culturale et alimentaire pour la rhubarbe ?
La culture intensive de la rhubarbe ne remonte pas à plus d'un siècle.
Il est curieux de constater comment s'introduisent tout à coup dans Tusage une nouvelle culture et un nouvel aliment.
Le sous-sol de Paris, avec ses catacombes et ses carrières abandonnées, est devenu — non pas sous le soleil, mais, à dessein, loin du soleil — un très fertile territoire agricole. Ce sont là des champs de culture du champignon de couche, Agariciis campcstris ; la production quotidienne des champignonnières parisiennes atteignait, en pleine saison, avant la guerre, 25 000 kilogrammes, et l'on évaluait à dix millions de francs la valeur annuelle de la vente des champignons de couche de Paris, — qui restera encore par excellence le centre de cette culture essentiellement française. — De même sous cette avancée de la craie de Picardie qui constitue la Couture, au sud de Lille, se sont creusées des champignonnières étendues qui se développent de plus en plus jusqu'au-dessous de la grande cité du Nord.
En 1882, — ce n'est pas une date lointaine — un horticulteur français, M. Paillieux, recevait des tubercules d'une plante de la Chine septentrionale, le Stachys af finis ; il les planta et cultiva dans sa propriété de Crosne, et il les appela, pour aguicher le public, les « Crosnes du Japon >,. Sous ce nom d'emprunt mi-français, mi-japonais, le légume chinois a fait fortune avec une surprenante rapidité.
La préface d'un livre fort intelligent paru il y a quelques années renferme un tableau géographique sinon de la nourriture élémentaire etcourante, du moins de la cuisine proprement dite. La cuisine n'est pas tout à fait la nourriture, mais il y a aussi une géographie de la cuisine, et quelques-uns des traits caractéristiques qu'a notés l'auteur font bien saisir les conditions et les causes géographiques de la répartition de tels et tels mets,