CANTON- DE BERNE. I
Poids de la récolte. Valeur.
Céréales réunies (froment, seigle, méteil.
orge, avoine, maïsi 770 q35 quintaux. 24 1 16 201 francs.
Pommes de terre 2 583 3i7 — 29068755 —
iSiat. Jalifbuch. 25' année, 1916, p. 5o.j On ne nous fait pas connaître quelles étaient, en miî, les superficies cultivées respec-
GÉOGRAPHIE ALIMENTAIRE
ferment ses tubercules trouve des débouchés industriels faciles dans les féculeries et les distilleries. Riche et prodigieusement variée, la pomme de terre peut jouer à la fois le rôle de culture peu coûteuse et sans grand aléa, ressource des plus modestes exploitations rurales, et de plante de grande culture permettant les plus riches rendements et de très belles affaires commerciales.
La betterave, qui couvrait avant les dévastations de la guerre de si grands espaces dans les départements du Nord de la France ^ en Belgique, en Allemagne, en Bohême, en Russie, etc.' et qui est un des types les meilleurs de la culture industrielle, est aussi Tune des plantes tard venues, une de celles qui ont récemment ajouté à des étendues considérables du sol européen une caractéristique géographique qui n'existait pas autrefois. Cette culture a un acte de naissance précis : la betterave a dû, sinon son origine, du moins sa destinée culturale, au blocus continental. Cette plante, qui est à
tivement en céréales et en pommes de terre, mais nous savons que, deux ans plus tard, les surfaces couvertes en céréales dans le canton de Berne atteignaient 32 m hectares, contre 17 103 hectares affectés aux pommes de terre (Stat. J ahrhitch . 27* année, 1918, p. 73). Les pommes de terre, tout en occupant dans le canton une surface égale à environ la moitié de celle qui était affectée aux céréales, avaient un poids de récolte trois fois plus fort, et leur valeur dépassait celle des céréales de près de 5 millions de francs. Autre exemple :
CANTON DE VAUD, ItJIS
Poids de la récolte. Valeur.
Céréales réunies 536 5l6 quintaux. 18 189 636 francs.
Pommes de terre 698233 — 8274061 —
{Stat. Jakrbuck, 25" année, 1916, p. 5o.) Les superficies cultivées dans le canton de Vaud atteignaient, en 1917, 19 516 hectares pour les céréales et 3 920 hectares pour les pommes de terre. Sur une surface n'atteignant pas le tiers de celle qu'occupaient les céréales, les pommes de terre ont donné un poids de récolte supérieur, et leur valeur atteignait près de la moitié de celle de toutes les céréales réunies. C'est par des chiffres, se rapportant ainsi à de petites étendues territoriales, et obtenus avec une exactitude relativement très grande pour des statistiques, i^u'on peut se rendre compte de l'importance de ces faits fondamentaux.
I. Voir en ce qui concerne la situation antérieure de la France : A. Larbaletrier et L. Malpeaux, Culture de la betterave en France {Revue générale des Sciences, 1896, 30 juillet, p. 633-650, et 15 août, p. 677-683); voir spécialement les cartes des pages 647 et 679.
!. Superficie moyenne occupée par la culture de la betterave de 1909-10 à 1915-14.
Kussie 687633 hectares. Etats-Unis 196474 hectares.
Allemagne 504167 — Hongrie 14O 5o8 —
Autriche 246 858 — Pays-Bas 58 372 —
France 246342 — Belgique 58 342 —
{An?niaire internatio7ial de Statistique agricole, 1917 et 1018. Rome, 1920, p. 83.)
RÉVOLUTION CULTLRALE
la fois plante alimentaire, plante fourragère et plante industrielle, a joué un rôle spécial dans l'histoire de la culture moderne. Elle a eu, si nous osons dire, une histoire psychologique capitale. Elle est une des cultures qui récompensent le plus vite et le plus manifestement le cultivateur des sacrifices d'amendements et d'engrais faits pour elle. Aussi, a-telle, en bien des cas, amené les agriculteurs à comprendre et à pratiquer les nouvelles méthodes. Rendant en proportion de ce qu'on lui a donné, la betterave a été une initiatrice. Mais à cela ne se borne pas son importance. Elle a aussi contribué à établir un lien aisé entre Texploitation uniquement agricole et l'exploitation industrielle : dans certains pays, en France, en Allemagne, elle a réalisé la première cette association de la culture et de l'industrie qui, par la réduction au minimum des frais de transport et par la suppression des intermédiaires, représente Tidéal vers lequel doit tendre toute culture industrielle. Enfin, même lorsque les riches racines de la betterave vont à l'usine, cette culture n'est pas complètement perdue pour la ferme ; soit par les feuilles, soit par les résidus de la fabrication du sucre ou de l'alcool, elle fournit une nourriture excellente pour le bétail, ou un engrais riche pour le sol; elle rentre ainsi dans le cycle d'activité d'une terre sagement exploitée et ne constitue pas, au profit de l'industrie, une déperdition sans retour et sans restriction, comme sa rivale des pays chauds et humides, la canne à sucre.
Comment parler des cultures renouvelées ? Une très vieille culture, d'une importance exceptionnelle pour la France, pour la Suisse, pour la région rhénane, pour les pays méditerranéens, frappée presque à mort plusieurs fois, atteinte par des fléaux qui paraissaient invincibles, a pourtant été sauvée. Successivement, un champignon, l'oïdium ; un insecte le phylloxéra ; deux autres champignons, le mildew, puis le black-rot, ont failli détruire la vigne pour toujours ; mais Tacharnement des savants et l'acharnement des cultivateurs se sont coalisés pour triompher de ces maux répétés. Par malheur, ces efforts admirables n'ont pas pu annihiler les
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mauvais effets des ruines successives de nos vignobles, et la plus néfaste de ces conséquences a subsisté et s'aggrave chaque jour : la production et la multiplication des alcools de grains et aussi des alcools de betteraves et de pommes de terre; on a commencé à les fabriquer au moment même où la vigne, affaiblie et épuisée, ne donnait plus que des produits insuffisants. La vigne n'en reste pas moins un admirable témoin des guérisons, des résurrections qu'a opérées l'agronomie *.
En considérant surtout FEurope et la France, nous sommes également frappés de l'extension nouvelle prise par certaines cultures qui sont pourtant plus vieilles que le xix' siècle: telles sont, par exemple, les cultures fourragères, principalement les cultures fourragères artificielles dont Simkhovitch étudiait les conséquences économiques (page 48). C'est en effet au xviii' siècle que la révolution s'est opérée de l'introduction des légumineuses dans l'assolement, mais sans qu'on connût encore la raison profonde de cette « vertu »
I. D'autres cultures non alimentaires ont été elles aussi si bien précisées et propagées depuis 70 ou 80 ans. qu'elles ont pris une vie nouvelle ; elles ont conquis une importance et une extension inattendues: l'histoire du coton est, en ce genre, tout à fait significative. C'est une histoire qui nous touche directement. Si le coton est produit loin de nous, c'est dans l'Europe occidentale qu'il était presque exclusivement travaillé jusqu'en ce dernier quart de siècle. Aujourd'hui, le premier centre cotonnier du monde, Liverpool-Manchester tend à perdre lui-même son hégémonie souveraine : c'est un fait qu'expliquent seuls l'extension progressive et le perfectionnement continu de la culture dans l'Inde et aux Etats Unis. Le cotonnier a beso n de chaleur et d'humidité : il appartient, par droit de naissance, aux pays chauds et humides, aux pays de moussons; il s'accommode également des pays chauds et secs, où l'irrigation, habilement organisée, supplée à l'insuffisance ou à la disette des pluies ; ainsi a-t-il été introduit en Egypte par Méhémet-Ali, et il y a prospéré. Cependant, le cotonnier, arbuste vivace, redoutait, ici comme là, les hivers trop rigoureux ; voilà qu'à la suite d'expériences et d'observations, il fut reconnu que le coton produit dès la première année par certains types de cotonnier, par certaines espèces du genre Gossypium, était supérieur à tout autre, et l'on résolut de détruire l'arbuste et de le replanter tous les ans : le cotonnier put être ainsi traité comme une plante annuelle. Qu'importent alors les températures de l'hiver, pourvu que le printemps et l'été soient assez chauds et assez humides? Le cotonnier affronte des zones qui lui auraient été jadis interdites, et se propage, par exemple, dans les Etats-Unis, beaucoup plus loin vers le Nord qu'on ne l'aurait pu penser en i8so. Or, les Etats-Unis sont devenus, parmi tous les pays de la terre, le plus fécond producteur de coton.
Production du coton égrené aux Etats-Unis : Moyenne des années igoct-io à 1913-14 ; 28 278 U)4 quintaux. Des années 1014-15 à iqi8-ic) : abg-;; 470 quintaux.
L'Inde anglaise, qui vient immédiatement après, n'arrive, pour les périodes ci-dessus considérées, qu'à 8070874 quintaux et 8 38s m quintaux [Atniiiairc iitteriuilion.il de Statistique agricole, U)i7 et i()i8. Rome, 1920, p. i),).
REVOLUTION CULTURALE
exceptionnelle des légumineuses dont nous parlerons plus loin ; ces cultures ont pris, depuis cent ans, un développement qui modifie jusqu'au paysage de certaines régions ; le trèfle est d'ailleurs presque une nouveauté culturale du siècle dernier; or, le trèfle est, aujourd'hui, la plante la plus répandue des prairies artificielles ; associons le trèfle à la luzerne et au sain- 'foin; ces trois plantes ont étendu, depuis cinquante ans, la superficie de leur domaine en France de plus d'un million d'hectares \ Il faudrait encore parler des plantes fourragères dites plantes sarclées, fèves, vesces, etc., et des progrès réalisés dans l'entretien des prairies naturelles où les fourrages sont plus variés, où des plantes diverses vivent côte à côte (^VBÀTies polyphytes) ; mais il est plus important de rappeler que tous ces développements correspondent à une évolution nécessaire liée à l'accroissement de la population, et notamment de la population urbaine : les habitants des villes exigent une nourriture plus fortifiante que l'ancienne population des campagnes. Ils consomment plus de viande et plus de lait, et les paysans devant élever, puis apporter ou expédier sur les marchés, plus de bétail, ont dû multiplier leurs fourrages et les améliorer.
Les marchés urbains doivent être aussi fournis en beaucoup plus grande quantité que jadis, de légumes et de fruits. Les cultures maraîchères qui, par les soins multipliés, par les arrosages répétés et par les engrais, arrivent à faire produire à une même terre toute une série de récoltes successives, se massent tout naturellement à proximité des marchés où les produits doivent s'écouler. Ces cultures modèles arrivent à constituer comme une banlieue de culture intensive sur toute la périphérie de nos énormes villes modernes. Autour de Londres, de Paris, de Bruxelles ou de Berlin, nous devrions marquer d'une teinte spéciale des espaces plus ou moins étendus et qui correspondraient à ces cultures directement destinées
I. En 191b. par exemple, le trèfle, le sainfoin et la luzerne couvraient en France une superficie de plus de 2 -y07-32o hectares, produisant 108 864 840 quintaux de fourrage, d'une valeur de 994 462 760 francs (Ministère de l'Agriculture, Statistique agricole annuelle, année 1916. Paris. 1918).
Brunhes et Vallaux. 7
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aux approvisionnements de Tagglomération centrale ' ; dans le paysage, ces cultures de jardins apparaissent avec une physionomie bien connue : longues lignes rigoureusement tracées et soignées, cloches de verre, serres multipliées, tous caractères qui témoignent d'une épargne prudente et minutieuse de tous les facteurs de la culture, aussi bien de l'espace que de la chaleur.
La géographie culturale est dans un rapport d'étroite solidarité avec le fait dominant de la géographie au xix*^ et au xx*^ siècle : la prodigieuse croissance et la multiplication des villes. En 1801, la plus énorme ville du monde, Londres, nous le dirons ailleurs, ne comptait pas encore un million d'habitants". On n'avait pas encore vu une seule fois ce phénomène aujourd'hui si fortement dépassé et plus de dix fois reproduit, d'une accumulation d'un million de vies humaines en un seul point du globe, en une seule cité. La population totale du monde a cru dans des proportions que nous tenterons de préciser (chap. v). Aussi la révolution et la rénovation agricoles n'ont pas dû seulement consister à découvrir des aliments mieux appropriés et plus assimilables, mais surtout à mieux connaître le mécanisme secret de la germination, de la croissance des végétaux et de l'élaboration des matières végétales.
« Quand on écrira l'histoire de nos travaux, disait Boussingault en 1884, il faudra se rappeler où l'on en était quand
1. Sur l'importance des cultures maraîchères, des cultures d'arbres fruitiers, etc., aux environs de Paris, consulter : Ministère de l'Agriculture, Préfecture de la Seine. Album de statistique agricole et agronomique du département de la Seine. Résultats généraux de l'enquête décennale de i8p2, revisée en 1894 par F. Vincey, 1897. 13 pi. et une notice. Il convient de ne pas oublier que, même dans le tout petit département de la Seine, le territoire agricole occupe plus de la moitié de la surface (5b p. 100).
2. Londres qui était depuis cent ans au moins la plus grande ville de l'Europe, n'avait que 958 000 habitants en 1801. Sa population atteint aujourd'hui le chiffre de 4 millions et demi ; et si l'on considère toute l'agglomération dont elle est le centre, on arrive au chiffre de 5 millions et demi ou (1 millions. Londres est particulièrement intéressante à étudier comme représentant le type actuellement le plus colossal des agglomérations urbaines. Voir les deux articles de D. Pasq^uet : Le développement de LoJidres (Annales de géog., VII, i8g8. 15 juillet, p. 329-350, et VIII, 1899, 15 janvier, p. 22-48, avec cartons dans le texte) et son ouvrage de tous points remarquables sur Londres et les ouvriers de Londres. Paris, Armand Colin, 1914.
REVOLUTION CULTURALE
j'ai commencé. On ignorait que le foin renfermât de Tazote^ » Il faudra surtout se rappeler où Ton en était au siècle dernier, avant les travaux de Lavoisier. De toutes les expériences entreprises depuis lors et de toutes les recherches poursuivies sur la combustion d'abord, puis sur les fonctions de respiration et d'assimilation chez les animaux et les végétaux s'est dégagée une nouvelle conception du monde de la vie. En somme, les êtres vivants peuvent être divisés en deux groupes : ceux qui empruntent l'énergie dont ils ont besoin aux combustions dont ils sont le siège et ceux qui l'empruntent aussi au soleil dont ils fixent l'énergie lumineuse sous forme d'énergie chimique, grâce à la chlorophylle de leurs tissus ; ces derniers décomposent l'acide carbonique de l'atmosphère, retiennent le carbone et dégagent l'oxygène. De très nombreux végétaux sont des êtres à chlorophylle, et le plus grand nombre des êtres à chlorophylle sont des végétaux". En tout cas, la très grande majorité des plantes cultivées rentrent dans ce groupe d'êtres vivants; ainsi l'homme, par la culture, raffermit ou développe des organismes qui, aux dépens de l'acide carbonique de l'air, lui fournissent cet oxygène indispensable à sa propre vie et à la vie des animaux.
Nous venons de dire que les êtres à chlorophylle, sous l'influence des rayons solaires, réduisent l'acide carbonique de l'air. Il convient d'ajouter que les plantes ont besoin d^eau pour produire cette assimilation du carbone et que Tacide carbonique et l'hydrogène de l'eau entrent en combinaison pour former des hydrates de carbone. Donnez de l'eau aux plantes et assurez-leur une insolation suffisante, les plantes acquièrent le carbone qui leur est nécessaire.
Les plantes assimilent encore l'azote, mais le problème de l'assimilation de l'azote est bien plus complexe que celui de l'assimilation du carbone, et il a donné lieu à de longues
1. Paroles rapportées par P. -P. Dehéraix, L'enseignement agricole à propos d'un décret récent (Revue des Deux Motides, 15 septembre iSqS, p. 343).
2. Il convient de ne pas oublier ici que les champignons, plantes thallophytes si nombreuses, n'ont pas de chlorophylle, ni que certains animaux, comme l'ont prouvé les beaux travaux du professeur Giard, possèdent, par contre, de la chlorophylle.