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et violentes discussions. Il fut reconnu que « presque tous les végétaux contiennent des azotates, au moins pendant une certaine période de leur végétation : aussi bien les Dicotylédones que les Monocotylédones et les plantes des autres classes (Mousses, Fougères, Equisétacées, etc.) ; aussi bien les plantes terrestres que les plantes aquatiques, aussi bien les plantes annuelles que les plantes vivaces, et les arbres même (Pin, Prunier, Poirier)' ». L'on savait, d'autre part, que les substances mélangées et combinées qui constituent ce que nous appelons d'un terme peu précis, mais courant, Vhumus des terres arables, contenaient aussi de l'azote; bref on fut amené à conclure que les plantes tiraient du sol l'azote nécessaire et qu'il était bon d'approvisionner le sol de matières capables d'y introduire de l'azote.
En fait, on s'était déjà efforcé de donner à la terre des engrais azotés: sulfate d'ammoniaque, nitrate de soude, dont le succès avait été manifeste. Mais c'étaient des engrais chers et rares, et l'on pouvait toujours craindre d'avoir bientôt épuisé les stocks disponibles. Jusques à quand, par exemple, pourrait-on approvisionner la France de cette réserve précieuse de nitrate de soude que les cultivateurs de l'Ancien Monde devaient envoyer chercher sur les côtes occidentales ou sur le haut plateau bolivien de l'Amérique du Sud ?
Depuis une trentaine d'années, le problème de l'azote s'est trouvé admirablement éclairci et élucidé. Les observations et expériences successives de Berthelot, Hellriegel, Wilfarth, Schlaesing et Muntz, Winogradsky, Schlaesing fils et Laurent, etc., ont révélé comment et pourquoi certaines familles du monde végétal ont la merveilleuse propriété de puiser l'azote dans le grand réservoir d'azote, inépuisable et gratuit, que constitue l'air atmosphérique". Les hommes aujourd'hui
1 . Berthelot et André, Sur l'existence et la formation des azotes dans le règne végétal. Deuxième mémoire : Les azotates dans les végétaux ; leur présence universelle {Annales de chimie et de physique, 6» série. 1886, t. VIII, p. 31).
2. Depuis plusieurs siècles, on avait observé, en certains pays, que certaines cultures, succédant à des cultures de céréales, étaient des cultures améliorantes. C'est pourquoi, dans le Delta du Nil, par exemple, on avait la coutume de semer, après la récolte du blé ou de
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essaient d'en faire autant et fabriquent des nitrates avec l'azote de l'air. Très grande découverte, d'une portée agronomique, économique et même politique incalculable !
Par ailleurs, pour que la nitrification se produise, il importe de toute nécessité que la terre soit librement ouverte à la circulation de l'air et de l'eau, et que cette terre soit pourvue des matières que les ferments doivent transformer. Une fois ces conditions remplies, l'enrichissement de la terre en azote, puis l'assimilation de l'azote par les végétaux se produisent avec cette précision admirable et compliquée de l'économie naturelle que rien n'a mieux révélé que l'étude des infiniment petits. Et l'animal qui se nourrit de la plante et qui, tout en étant inapte à prendre à l'air l'azote indispen-
Torge, cette variété de trèfle qui se nomme le hersim. Et c'était en vertu de cette même observation, qu'au xviii» siècle, dans toute l'Europe occidentale, on s'était mis à cultiver la luzerne ou le sainfoin après le blé ou l'avoine, et même à enfouir la récolte dans le sol sous forme d'engrais vert. L'introduction de ces cultures de légumineuses pouvant fournir de très beaux fourrages et rendant à la terre une partie de la force perdue fut une innovation décisive, empiriquement découverte. Elle a été l'un des principaux facteurs du progrès a-gricole, avant même que l'on ne se doutât de la fonction mystérieuse et féconde dont ces plantes sont l'occasion et la condition. En 1886, un Allemand, Hermann Hellriegel, s'inspirant des découvertes pastoriennes,^vait tenté d'expliquer cette action bienfaisante de la culture des légumineuses. Ces plantes, luzerne, sainfoin, lupin, etc., n'agissent point par elles-mêmes ; mais c'est sur ces plantes que se développent les agents utiles. Sur leurs racines, des nodosités se forment, qui sont produites par des infiniment petits, des microorganismes, des bactéries, et ces bactéries exécutent le travail compensateur de fixer l'azote de l'air et de l'emmagasiner à nouveau dans la terre. Dans la réalité, comme l'ont montré des recherches plus récentes, le phénomène est bien plus délicat, car le travail se trouve divisé en trois sortes de ferments figurés qui correspondent chacun à une phase spéciale tout en se trouvant collaborer à une même œuvre finale : a) un ferment ammoniacal agissant sur la matière organique pour en dégager l'ammoniaque ; h] un ferment uitreux brûlant l'ammoniaque et l'amenant à l'état d'acide nitreux ou de nitrite, quand il agit en présence de bases salifiables ; c) un ferment nitrique complétant l'action oxydante du précédent et transformant les nitrites en nitrates. (Voir P. -P. Dehérain, Traité de Chimie agricole, p. 404). De plus, il semble que chacune des légumineuses ait ses bactéries attitrées qui travaillent pour elle et avec elle. Si vous semez du lupin après du trèfle, il se peut que les lupins ne se développent point, parce qu'ils ont trouvé dans la terre les bactéries du trèfle et non les leurs. Que faudra-t-il faire pour rendre le lupin florissant et agissant ? Il suffira de traiter la terre comme on traite un animal sur lequel on veut faire la culture d'un microbe : on l'inoculera, c'est-à-dire qu'on l'arrosera avec de l'eau dans laquelle aura séjourné de la terre chargée des bactéries du lupin, ou, plus simplement encore, on répandra à la volée, sur la terre à ensemencer, de la terre prise dans un beau champ de lupin, et l'infiniment petit, ainsi semé, se multipliera, se développera, prendra à l'air l'azote nécessaire et le rendra assimilable à la plante. Le jour est prochain où l'on vendra ces microbes en tubes fermés, comme on vend de la levure de bière, de la présure, des sérums ou du vaccin. Si les essais tentés jusqu'ici avec la nitr'agine n'ont pas été aussi satisfaisants qu'on l'espérait, il n'y a pas à douter que la voie ouverte et déjà suivie n'aboutisse à d'heureux résultats.
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sable, exige des aliments azotés, va, en somme, par ce détour si ingénieux, puiser dans Tair même, qui est la seule source indéfinie d'azote et qui est déjà pour lui le grand réservoir d'oxygène, les provisions d'azote dont son organisme a besoin.
Tous les microbes fixateurs d'azote ne vivent dans le sol qu'aux dépens des matières carbonées, et celles-ci résultent de l'action des cellules de chlorophylle. Ainsi, une étroite solidarité s'établit entre les fixateurs d'azote et les fixateurs de carbone. Entre le carbone et l'azote, empruntés tous deux à l'air atmosphérique, l'un par les végétaux, l'autre par les bactéries, il existe une étroite communauté d'origine et de destinée. Ils forment les éléments constitutifs de tout humus.
Le problème de l'azote et la question des azotates nous amènent à reconnaître un fait capital : les végétaux ont la faculté de se nourrir d'éléments minéraux ; ils s'assimilent les sels de la^ terre; tel est le grand principe qui a été définitivement mis en lumière durant le xix" siècle et qui est devenu l'un des fondements de toute la science agronomique moderne. Quelques esprits, étonnamment sagaces, avaient prévu et prédit l'énoncé de cette vérité, maisf.c'est à Liebig qu'on doit de l'avoir formulée et démontrée ^
Quelles sont ces matières minérales qui sont indispensables à la vie des végétaux ? Outre les éléments dont nous avons déjà parlé, il faut que la plante trouve à sa disposition, dans la terre-, des phosphates, des sels de potasse, des sels de chaux et quelques autres sels, par exemple des sels de magnésie.
I. Lavoisier, on le sait, avait eu Tintuition de ce fait. Bien avant lui, Bernard Palissy avait écrit, sur l'assimilation du « sel de la terre » par les plantes des lignes surprenantes d'exactitude. On les trouvera publiées dès juillet 1878 dans la Revue des questions scientifiques (Bruxelles) par A. Proost, Hist. de Li doctrine de la restitution, p. 12 et 13 ; on peut lire aussi le cliapitre curieux : Un précurseur de Lavoisier et de Liebig dans L. Grandeau, htudes agronomiques, 6» série (1890-91), Paris, Hachette, 1892, p. i-io. A coup sûr. Liebig, généralisant et exagérant ses idées, a erré sur des points importants : il a cru que la composition de la plante (et non du sol) devait indiquer à elle seule les éléments à restituer au sol : trouvant, d'autre part, un stock quasi indéfini d'azotes combinés dans les terres arables, il a proscrit les engrais azotés ; il s'est opposé à Lawes et à Boussingault, méconnaissant le rôle des cultures améliorantes ; il a enfin constitué cette théorie de la restitution, aujourd'hui reconnue trop absolue. Mais Liebig n'en reste pas moins un des maîtres de l'agronomie moderne : il est bien vrai que les végétaux possèdent ces deux prérogatives connexes d'avoir besoin pour leur alimentation de matières minérales et de transformer ces matières minérales en matières organiques.
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Le phosphore est un des aliments de toutes nos plantes cultivées, et les terres trop pauvres en acide phosphorique sont des terres infertiles ; telles sont, notamment, les terres qui recouvrent les zones de roches granitiques etgneissiques, les terres de la Bretagne ou du Limousin. A ces terres, ajoutez des phosphates et les terres, si maigres, couvertes de genêts et de bruyères, donnent des rendements supérieurs aux terres arables moyennes. A la différence de Tazote qui est en perpé-* tuelle transformation et en perpétuel renouvellement dans la terre, produit par Faction bienfaisante des micro-organismes, mais aisément emporté parles eaux ruisselantes et filtrantes, le phosphore reste fidèlement enchâssé dans le sol, et c'est le végétal seul qui, en se développant, en mûrissant et en devenant lui-même la nourriture des animaux, l'enlève à la terre et l'emporte. Voilà comment certaines terres, la fameuse terre noire (tcherno{ion) de la Russie \ les terres du Vésuve ou de TEtna et généralement les terres volcaniques ' riches, par leur nature originelle, en phosphore, peuvent, durant des années, fournir des récoltes florissantes, sans qu'aucune restitution d'acide phosphorique leur ait été jamais faite. Au reste, cette quantité inhérente aux terres favorisées doit toujours avoir une limite, et un jour viendra, s'il n'est déjà venu, où Lappauvrissement progressif devra être réparé. Avec le phosphore, le cultivateur peut savoir à quoi s'en tenir, et la terre étant, par ailleurs, suffisamment pourvue des autres éléments et aliments, en particulier d'azote, il peut traiter le sol à coup sûr, sachant la proportion originelle d'acide phosphorique, la proportion qu'en emporte la récolte et, par suite, la dose qu'il doit ajouter et qui sera compensatrice des récoltes faites.
La compensation s'opère au moyen des phosphates ; ce fût au début du xix*^ siècle qu'on devina et expérimenta la valeur agricole des os et de la poudre d'os ; puis on utilisa le
1. SiBiRTZEV, Etude des sols de la Russie [Mémoires présentés au Congrès géologique international, V) Saint-Pétersbourg. 1897, p. 102, 104 et suiv.