E. RiSLER, Géologie agricole^ I, p. 12b et suiv
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GEOGRAPHIE ALJMEATAIRE
noir animal des raffineries et Ton répandit aussi sur les terres du phosphate de chaux sous forme d'os calcinés. Mais les réserves d'os s'épuisaient rapidement, et Ton pouvait craindre que bientôt l'agriculture n'eût plus de phosphates à utiliser, lorsqu'on découvrit les phosphates minéraux. Les gisements naturels de phosphate fossile ou de phosphorite aujourd'hui reconnus, sont très abondants et très nombreux, et les traite- 'ments des phosphates et superphosphates sont si bien étudiés et si variés, que le cultivateur peut être rassuré sur la question du phosphore. En ce qui concerne les phosphates, le territoire français, et surtout ceux de la Tunisie et du Maroc sont favorisés entre tous.
L'histoire agricole du phosphore et des phosphates coïncide exactement avec le xix*" siècle ; l'histoire agricole de la potasse et des sels de potasse remonte un peu plus haut, et cependant, les problèmes en semblent aujourd'hui moins définitivement élucidés. Les cendres des végétaux contiennent toutes de la potasse. Les terres dépourvues de potasse sont infertiles, mais presque toutes les terres végétales ont quelque teneur en potasse. L'emploi des sels potassiques est, par ailleurs, très précieux en des terrains pauvres, comme ceux des plateaux crayeux de la Champagne. En outre, certaines cultures, comme celles du blé ou des légumineuses, bénéficient beaucoup plus que d'autres des sels de potasse. Enfin les engrais potassiques peuvent être fournis avec une abondance très suffisante par les résidus des distilleries, par les eauxmères des marais salants ou par les cendres de varechs. La découverte des immenses richesses en sels de potasse dans la Haute-Alsace à Nonnenbruck a produit ce double effet, de mettre à la disposition de l'agriculture des quantités nouvelles de potasse, et d'assigner à une partie du territoire de notre Alsace reconquise une extraordinaire valeur économique.
Les terres arables ont besoin d'autres matières, telles que la chaux, mais nous n'insisterons pas sur ces marnages et ces chaulages, qui constituent quelques-uns des plus anciens usages agricoles du monde européen et méditerranéen. La
REVOLUTION CULTURALE
chaux SOUS forme de marne, de tangue, etc., a été donnée depuis de longs siècles au sol cultivé. La chaux sert d'abord, p our une part, à Talimentation de la plante et surtout de la plante jeune, mais la plus grande partie de la chaux est surtout utile par ses effets multiples : elle améliore les conditions physiques de la terre, en même temps qu'elle active certaines réactions chimiques. La chaux est encore plus un amendement qu'un engrais. Elle nous permet d'établir nettement la différence entre les deux termes. On appelle amendement toute substance qui est destinée à améliorer la culture ou les conditions de la terre, tel le plâtre pour la culture des légumineuses. On réserve le nom d'engrais à toute matière complémentaire qui manque au sol et qui est destinée à être plus ou moins directement assimilée par la plante.
Ainsi, les terrains naturels sont de très inégale valeur et très inégalement prédisposés à telle ou telle culture. Il ne s'agit pas seulement de leur restituer les corps emportés par les récoltes, il faut encore les compléter et les améliorer. Il ne s'agit pas non plus d'attendre du hasard, c'est-à-dire du repos de la terre, une amélioration lente et confuse. Il faut travailler nous-mêmes à cette amélioration. 1^2^. jachère a eu sa raison d'être ; dans l'ignorance où Ton était des phénomènes complexes et parfois contradictoires dont la terre était le théâtre, il était bon qu'on laissât à cette terre le soin, et par conséquent, le temps de donner libre jeu à ces phénomènes naturels ; la jachère, par exemple, pouvait grandement seconder le recouvrement de l'azote perdu; aujourd'hui, nous avons en notre puissance le secret de rendre à la terre tout l'azote qui lui est nécessaire ^
De la doctrine de la restitution, il reste des principes vrais. Quand on connaît les éléments qui sont nécessaires à la formation et au développement de certaines plantes, comme le blé, il est exact qu'on peut les
I. On doit éviter que la terre ne reste jamais nue et découverte, surtout dans nos climats et surtout en automne. Lorsque, par exemple, nos récoltes de céréales sont emportées, on doit tâcher, par des cultures dérobées de légumineuses, de préserver la terre contre le ruissellement et les infiltrations qui pourraient, à cause de la solubilité des azotates, entraîner de si précieuses quantités d'azote.
GÉOGRAPHIE ALIMENTAIRE
élever dans un bocal d'eau claire sans qu'elles aient jamais touché le sol. à condition de mettre dans ce bocal les minéraux qui leur permettent de vivre. Mais ce procédé ne peut être généralisé, car il n'est certes pas le plus pratique. La doctrine de Liebig, fondée sur de très belles expériences de laboratoire, ne peut plus, sous sa forme rigoureuse, expliquer et dominer toute la réalité. La terre, cette créatrice mystérieuse et infatigable, agit autrement; l'intervention des micro-organismes est un auxiliaire incomparable sur lequel ne comptaient point les partisans de la théorie absolue et brutale de la restitution 1
Il importe de le constater et de le rappeler ici. Tous les progrès de l'agriculture n'ont été rendus possibles que par l'usage de la balance et la pratique de Vanalyse. C'est Lavoisier qui a établi par la balance le principe de la conservation de la matière et qui a fait de la balance l'outil indispensable à tout laboratoire de chimie : la balance de précision est devenue la condition même de toute analyse. Et l'analyse, l'analyse des matières organiques, cette méthode imaginée au xix*^ siècle, solidement établie par les travaux de Jean-Baptiste Dumas, a permis de décomposer les corps les plus complexes en éléments simples et de pouvoir, dès lors, les alimenter, les compléter, les développer ou même les reconstituer de toutes pièces au moyen de ces éléments simples volontairement mis en présence et combinés. L'analyse a été la préface nécessaire de la synthèse organique. C'est encore par l'analyse qu'on reconnaît les aliments qui manquent à la terre pour telle ou telle culture : c'est par l'analyse des terres qu'on est parvenu à organiser vraiment la culture scientifique et intensive.
Au reste, l'analyse, méthode de laboratoire, doit être complétée et pour ainsi dire vérifiée par l'épreuve expérimentale, directement appropriée aux faits de la culture, le champ d'expériences. On tente expérimentalement, dans des carrés de terre variés ou analogues, des essais dosés et réguliers, et l'on corrige les enseignements théoriques et les conclusions toujours un peu hypothétiques d'une analyse par les données réelles que fournit la consultation de la terre elle-même.
Au terme de tous les grands travaux accomplis depuis cinq quarts de siècle nous devons considérer les plantes comme de véritables appareils qui nous servent à fabriquer ces produits complexes et essentiels que nous appelons fécule, amidon, huile, sucre, ou des produits moins essentiels, mais précieux aussi : morphine, quinine... Ces appareils de synthèse fonctionnent depuis longtemps à la surface de notre globe, mais nous ignorions les véritables lois de leur fonctionnement.
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MEILLEURE ECONOMIE
Nous sommes devenus aujourd'hui des mécaniciens experts, capables de seconder la marche normale de ces machines vivantes, de réparer les malheurs produits par des accidents ou des maladies, et même de développer, en dehors des conditions traditionnelles, celles de ces plantes dont les produits nous paraissent répondre à nos besoins primordiaux. Rien ne vaut pour Thomme ou pour l'économie de la terre ces appareils de synthèse dont la direction et l'utilisation raisonnées ont si profondément modifié les rapports réels entre les êtres vivants et le cadre naturel de leur vie et de leur activité.
Tel est ce bouleversement radical, telle est cette révolutionréelle, en toute vérité créatrice, qu'il faut prendre en très exacte considération, si Ton prétend atteindre à une conception supérieure et à une supputation approximative des chances d'entente ou de lutte qui peuvent désormais exister entre les divers groupes humains à la surface de notre planète.