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MEILLEURE ÉCONOMIE DES RICHESSES ET DES FORCES NATURELLES

Cependant, le laboratoire a révélé les richesses et les énergies cachées de la terre, mais la terre n'est pas le laboratoire, et l'esprit critique qui se développe dans le laboratoire doit aboutir à une meilleure intelligence des conditions générales qu'impose la terre.

A un certain moment, durant le siècle dernier, on peut concéder que l'agronomie s'est faite trop abstraite et paraissait s'éloigner un peu trop de l'agriculture courante, mais grâce aux découvertes lesplus récentes, grâce à l'organisation et à la diffusion de l'enseignement agricole, et grâce enfin au développement des syndicats agricoles, il s'est opéré un rapprochement plus grand et plus étroit entre l'homme descience qui fait des essais et le cultivateur qui, trop souvent, n'a ni le loisir ni les moyens de tenter des innovations de pure curiosité. Il semble que l'homme comprenne mieux aujourd'hui

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que le vrai progrès consiste en une interprétation habile et méthodique, mais docile aussi, des forces que la nature lui fournit gratuitement et souvent à discrétion.

User des agents naturels et rétablir entre eux la connexion la plus profitable, tel est l'idéal qui doit présider aujourd'hui à l'exploitation de la terre. Des forces bien diverses, mais chacune à leur tour trop négligées, reconquièrent, auprès des savants comme auprès des praticiens, toute leur valeur propre, et Ton s'efforce, par des méthodes plus précises, d'assurer à chacune de ces forces le maximum d'utilité et de faire rendre à chacune le maximum d'effet.

L'eau est une richesse incomparable ; elle est la condition de toute culture et de toute vie ; là où il n'y a pas d'eau, il n'y a pas de végétaux et l'homme ne peut vivre. Les végétaux consomment un volume d'eau qu'on a peine à imaginer; l'évaporation qui se produit sur les parties aériennes de la plante a été mesurée : on estime à plus d'un million de kilogrammes l'eau ainsi rejetée durant leur croissance entière par les orges ou les blés qui couvrent un hectare, à plus de deux millions de kilogrammes l'eau rejetée par un hectare d'avoine. Toute terr© végétale doit donc être arrosée et doit permettre aisément la circulation de l'eau '.

Par un mécanisme admirable, l'eau qui est en perpétuelle circulation dans les mers et sur les terres, est changée en vapeur sous l'influence de la chaleur solaire. L'eau liquide est sans cesse ramenée, par la pesanteur, dans les cavités superficielles de l'écorce terrestre où elle forme les grandes nappes marines ; mais l'eau, sous forme de vapeur, est, en partie du moins, sans cesse rejetée à nouveau sur les parties saillantes de la surface de la terre. Si la terre est vivante et si la terre porte des êtres vivants, c'est grâce à ce va-et-vient

I. « Les déserts ne sont tels que par manque d'humidité. Ce n'est pas le soleil qui les frappe de mort; ce n'est pas la mer qui les a dépouillés de leurs plantes, ce n'est pas le sol infécond qui se refuse à produire : c'est le climat qui les condamne à la stérilité. Qu'ils soient de roc, d'alluvions ou de sable, peu importe, si le ciel ne leur verse pas l'eau nécessaire. Otez à un pays fertile quelques centimètres de pluie annuelle, et vous aurez une steppe ; encore quelques centimètres de moins et vous aurez le désert ». (Schirmer, Le Sahara. Paris, Hachette, 1893, i vol. in-S", p. 23.)

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indéfini de Teau et de la vapeur d'eau, à cette lutte ininterrompue entre la chaleur solaire et l'attraction terrestre.

Sur Tensemble du globe, les grandes zones de culture, qui sont aussi les grandes zones de civilisation, correspondent à des zones climatiques ; ce sont les zones des pluies : pluies tempérées et températures modérées dont bénéficie notamment notre Europe occidentale et centrale ; pluies saisonnières, pluies de moussons, dont bénéficient certaines régions tropicales, celles qui sont devenues précisément de grands foyers de population (voir chap. v et vi). Les terres à céréales, les terres à blé, et plus encore les terres à riz, ont d'abord à compter avec l'eau.

Mais il ne suffit pas que l'eau soit donnée aux habitants et aux cultivateurs d'un pays ; il ne suffit pas que les pluies, les sources ou les fleuves leur apportent la première cause de fertilité. C'est à eux de savoir tirer de cette eau le parti le meilleur, c'est à eux de l'aménager. Or, il s'est souvent rencontré que l'homme apprécie cette richesse souveraine là surtout oh elle lui est le plus parcimonieusement accordée : dans les régions pauvres en eau, dans les zones arides et surtout dans les déserts, l'eau est l'objet de soins exceptionnels, et dès qu'elle apparaît, qu'elle tombe ou qu'elle jaillit, elle est recueillie et distribuée avec autant de méthode que de joie. Il faut avoir visité une oasis, ou contemplé, du haut des falaises libyque ou arabique, cette longue oasis qui s'appelle l'Egypte et qui doit toute sa vie aux eaux du Nil, pour comprendre la valeur et la puissance de l'eau \

Partout, sur la terre, on cherche aujourd'hui à faire ce qu'ont su faire les premiers peuples historiques qui vivaient sur les confins ou sur la bordure des vastes territoires désertiques de l'Ancien Monde. La population du globe s'accroissant tous les jours, en même temps que les ambitions et les appétits des peuples, il faut gagner des terres cultivables sur les régions naturellement arides ; le moyen de conquête est

I. Voir Jean Brunhes, L'irrigation dans la péninsule Ibérique et dans l'Afrique du Nord. Paris, G. Naud, 1903, et Massori, 1904.

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l'irrigation. Et sur tous les points du globe, toutes les grandes œuvres actuelles de colonisation se trouvent liées à de vastes entreprises d'irrigation : dans le Far West américain comme dans le Sud-Algérien et Tunisien, en Egypte comme en Australie, dans rinde anglaise comme dans TAsie centrale russe. Par une coïncidence qui n'est pas sans raison, le rôle de l'eau est aussi de mieux en mieux compris dans nos pays à nous. L'aménagement rationnel des eaux de pluie, des eaux jaillissantes et des eaux courantes est de plus en plus l'objet des préoccupations et des soins de nos cultivateurs ; on les recueille et on les met en réserve, puis on dispose le- sol à les recevoir ; enfin, on les distribue selon la mesure et aux époques convenables. Certaines provinces de France, comme le Limousin', ont donné depuis longtemps l'exemple; et l'exemple est aujourd'hui suivi en plus d'une région. L'eau ne coule plus à l'aventure dans les herbages ou dans les champs : elle est recueillie et « conduite ». Ou bien elle sert d'engrais comme dans le Nord, en recouvrant la terre durant de longues semaines d'une couche perpétuellement renouvelée; ou bien elle est destinée à l'irrigation proprement dite, comme dans le Centre et le Midi de la France; ou bien elle est employée, par la submersion des terres, à des traitements de guérison ou de sauvegarde. L'eau commence à obtenir, dans l'ordre des intérêts agricoles, la place prépondérante à laquelle elle a droit. Mais c'est encore un simple commencement. Les irrigations doivent être partout propagées et organisées. C'est une œuvre générale qui s'impose, une œuvre d'imminente nécessité. L'eau est le premier des biens agricoles. Au moment oh l'industrie utilise l'énergie des chutes d'eau, l'agriculture doit se soucier plus que jamais de ne perdre aucune goutte de cette force vivifiante-.

1. Voir J.-A. Barral, L'Agriculture, les prairies et les irrigations de la Haute-Vienne. Paris, Imp. Nationale, 1884, gr. in-S", 771 p. et XII planches hors texte, ouvrage très remarquable, plein de renseignements précis, publié par le Ministère de l'Agriculture de France.

2. La distribution et l'organisation de l'eau en vue de l'irrigation a une contre-partie : la captation et l'organisation de l'eau en vue du dessèchement. Il s'agit toujours de donner à la terre la quantité d'eau qui lui est nécessaire et qui lui suffit ; l'excès n'est pas meilleur

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Une autre force naturelle semble rentrer en orâce : le vent. Le vent a été un précieux auxiliaire au temps où l'homme était moins gâté qu'aujourd'hui et avait à sa disposition de bien plus faibles sources dénergie ; dans toute notre Europe occidentale, en Hollande comme en Espagne, les grandes ailes des moulins à vent se dessinent encore partout sur l'horizon : c'est au vent, en effet, que nos pères demandaient le plus souvent la force nécessaire pour moudre leurs grains '. Et c'est au vent seul que l'homme avait recours pour s'aider à naviguer. Le siècle de la vapeur et de l'électricité avait fait négliger et presque oublier cette force du vent. C'est, il est vrai, une force capricieuse et irrégulière, mais c'est une force gratuite et inépuisable. De nos jours, on revient au vent. On associe, par exemple, à une machine à vapeur destinée à élever Teau en vue de l'irrigation un moteur à vent; ce moteur économiserait-il, pendant quatre-vingts jours seulement, la houille que doit brûler la machine à vapeur, c'est un bénéfice net pour l'exploitation ; et les moteurs à vent qui couvrent les grandes plaines du Dakota, dans le centre des Etats-Unis, se multiplient aussi en France, en particulier dans quelques départements du Sud-Est". De même, la marine à voiles, loin de disparaître, se développe ; les voiliers perfectionnés s'assurent, par la présence d'une machine à vapeur ou d'un moteur à essence, contre les caprices exagérés des courants atmosphériques. Sur la mer comme sur la terre, l'homme s'avise de reprendre à son profit cette force momentanément dédaignée : un nouvel âge du vent va commencer.

que la disette. Entre les entreprises d'irrigation et celles de dessèchement, il y a des rapports nombreux. On sait les travaux qui ont été exécutés sur le territoire français dans la Dombes (voir L. Gallois, La Domhes, Annales de Géographie, I, p. 121-151) ; en Sologne (L. Gallouédec, La Sologne, Ajinales de Géog., I, p. 579-389) ou encore en Vendée (D. Zolla, Les Polders de la Vendée, L' Lllustration, 26 février 1899, p. 122 et 125, avec figures, cartes et croquis). On connaît les grands travaux exécutés en Hollande; nous signalerons seulement : Mûller, Das Wasserzvesen der Niederlandischen Provin:^ Zeelatid. Berlin, W. Ernst, 1898, i vol. in-8'>, 612 p., avec un Atlas de X planches.

1. Les moulins à vent de Hollande sont aujourd'hui presque uniquement destinés au dessèchement.

2. Il est beaucoup de pays où les moteurs à vent servent à élever l'eau qui est nécessaire pour les cultures maraîchères ; peu de régions sont aussi caractéristiques à ce point de vue que les environs immédiats de Dresde et l'île de Guernesey.

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