I. p. Vidal de la Blache. art. cit
PEUPLEMENT DU GLOBE : l LXATIOX
d'isolement, tels que la Chine et le Japon féodal, semblables en cela à de vastes îles, ont recouru aux mêmes pratiques pour enrayer l'accroissement, quand les causes naturelles n'y suffisaient pas'. Gela est vrai de Tlnde autant que de la Chine et de l'ancien Japon.
En Chine, toutefois, une sorte de « soupape de sûreté » a été ouverte de tout temps : il s'agit des épouvantables guerres civiles qui ont dévasté périodiquement l'empire. Elles sont mentionnées dans les annales chinoises avec une sorte de régularité qui permet de les comparer aux lois naturelles. Elles sont souvent accompagnées du massacre des habitants de provinces entières, sans distinction d'âge ni de sexe. Il est bien significatif qu'il s'y passe des épisodes de suicides collectifs, demi-libres, demi-contraints, qui entraînent dans la mort les femmes de tout un pays, comme il arriva dans la région de Xankin en i858, pendant la révolte des Taï-Pings. Dans cette suppression du principal agent de l'accroissement de lespèce, on ne peut s'empêcher de voir les eflFets d'un déterminisme rigoureux, supérieur même aux caprices de la cruauté humaine.
Il parait certain que ce va-et-vient du peuplement, chez les nations des deux plus anciens foyers de concentration du globe, est contenu entre des limites assez étroites. Les traces des cataclysmes s'effacent vite ; les vides sont rapidement comblés. Pour l'Inde comme pour la Chine, la masse agricole demeure numériquement assez stable à travers l'histoire. Jamais elle ne s'est accrue comme a fait la population de l'Europe depuis cent ans; jamais non plus elle n'a connu des phases de dépeuplement prolongé comme celle qui. après la chute de l'empire romain, a éclairci la population de la '< zone des ruines >/ de l'Ancien Monde, de la Mauritanie à l'Iran.
Voici une dernière et importante analogie entre l'Inde et la Chine. Leurs peuples ne subissent pas. malgré leur nombre, l'impulsion d'un instinct d'expansion énergique semblable à celui qui pousse les foules dEurope à une émi-
I. Miss E. Semple, IiifUiences of geootjphic environment, London and New-York. 1911. p. 67.