‹ La géographie de l'histoireChapitre 66 sur 216 · I. A.-C. Haddon, The Wanderings of Peoples, p · texte numérisé non relu

I. A.-C. Haddon, The Wanderings of Peoples, p

PEUPLEMENT DU GLOBE : MOUVEMENT

tretien, comme nous le verrons plus loin (chapitre viii), une double transformation se produit dans les migrations : d'abord, elles se désarticulent et se décomposent en groupes ou en fractions de groupe non organisés, car sur les sols policés la nécessité de la protection et de la sécurité collectives ne se fait plus sentir, et Ton voit la horde, la tribu et la caravane concentrées et armées pour la défense se transformer en foules d'émigrants désarmées et sans lien ; ensuite, Toutillage des communications établies affranchit les groupes en mouvement de la nécessité du passage par les routes naturelles commodes. C'est cette seconde conséquence que nous avons à étudier ici. Elle nous montre au cours des âges le déclin graduel du déterminisme géographique de la route, d'abord tout.puissant; elle nous montre aussi Tarticulation, la complexité et Textension croissante des zones de mouvement et de passage. Celles-ci, après n'avoir compris au début de l'histoire que quelques bandes terrestres et côtières et quelques lisières maritimes, ont gagné de proche en proche ou gagneront sous peu toute l'étendue habitable de la planète.

Les régions du globe qui ont longtemps arrêté les grands mouvements de groupes, et qui par conséquent ont enrayé les invasions pacifiques ou guerrières, sont les grands massifs montagneux, les déserts dépourvus de points d'eau, les forêts, les marais et les grandes étendues océaniques. Pour bien se faire une idée de la manière dont ces obstacles réduisaient le nombre et la largeur des zones de passage ouvertes aux foules en mouvement, il faut se figurer, au moins sur le continent historique de l'Eurasie, centre unique de l'histoire humaine pendant plusieurs millénaires, un paysage terrestre très différent de celui que nous connaissons, non seulement à cause de l'absence du réseau de routes auquel nous sommes habitués, mais surtout à cause de l'extension ancienne des forêts et des marais. L'aménagement du sol, fruit du travail de vingt siècles, a supprimé à peu près les grands marais des zones tempérées ; l'infranchissable forêt primitive, VUru^ald, a été éclaircie, démembrée et disloquée par le défrichement,

VOIES DES MIGRATIONS

du cercle polaire jusqu'aux abords des tropiques ; les morceaux qui restent, même les plus grands, coupés de routes et de chemins, ne sont plus des obstacles, mais plutôt des centres d'attraction pour les masses fixées au sol (chapitre v, §4).

Autrefois, les conditions étaient tout autres. Sur le sol non aménagé par la civilisation et par les États, les groupes en marche se heurtaient à la forêt, au marais, au désert et à la montagne comme à des obstacles infranchissables. Ils étaient donc étroitement déterminés vers quelques directions, au détriment des autres ; ils avaient des zones de passage, toujours ou à peu près les mêmes, où ils se succédaient au cours des âges historiques, tandis que les groupes faibles qui voulaient éviter le contact des forts se réfugiaient au cœur des montagnes comme les tribus du Caucase, derrière des marais comme les Bataves, au fond des forêts ou à l'extrémité des presqu'îles et dans les îles, comme les Celtes de Bretagne, de Galles, d'Ecosse et d'Irlande. La carte des anciennes zones d'obstacles se superpose exactement à celle des zones de refuge.

Le récit de César montre bien à quelles conditions naturelles était subordonnée la migration guerrière des Helvètes. Et c'est le calcul de ces conditions qui permit au général romain de refouler leurs masses où il voulut :

« Les Helvètes, dit César, avaient deux routes pour sortir de chez eux : une par le pays des Séquanes, entre le Jura et le Rhône ; elle était étroite et difficile, les chars pouvaient à peine y passer un par un ; un mont très haut la dominait, très peu de gens suffisaient pour interdire le passage. L'autre route passe par notre Province ; elle est beaucoup plus facile et plus commode, car entre le territoire des Helvètes et celui des Allobroges, qui venaient d'être pacifiés, coule le Rhône, que l'on traverse par plusieurs gués » '.

Mais la question qui se pose pour les peuples migrateurs des premiers âges historiques n'est pas seulement, ni même principalement, celle de la facilité du passage ou des routes à suivre pour éviter les embûches. Pour ces peuples, la question

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