I. Cmsab., de Bello Gallico, I
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essentielle que leur pose le déterminisme géographique est celle de la subsistance. Ils vont là où ils peuvent passer, mais surtout là où ils peuvent manger. La durée des longs parcours et rimpossibilité d'emporter pour la masse émigrante les vivres nécessaires orientent les foules en mouvement vers les zones où elles ont chance de trouver de quoi vivre le long de leur route.
Ces zones sont avant tout les steppes à graminées, c'est-àdire les terres à climat faiblement humide, situées généralement sur la lisière des déserts, où les peuples trouvent assez d'eau pour eux-mêmes et assez d'herbe pour leurs troupeaux, et où la forêt, réduite à quelques bouquets d'arbres, n'est pas assez dense pour empêcher les mouvements de masses. Dans l'ancienne Europe, la zone des steppes comprenait la Russie méridionale, la Pologne, la Galicie et la Hongrie. Et c'est par là que toutes les invasions passèrent. Aussi Ratzel n'a-t-il pas tort de considérer le steppe comme la zone de mouvement par excellence [Beivegimgsgebiet) \ iMais cela ne s'applique qu'à une histoire aujourd'hui périmée, qui ne se répétera pas dans l'avenir (§ i), précisément parce que les zones de mouvement s'étendent aujourd'hui à presque toute la terre habitable.
Les grandes migrations historiques qui ont précédé la répartition actuelle de races de TAncien Monde ont donc été des migrations dépeuples pasteurs et cultivateurs temporaires, qui vivaient sous la tente, emmenaient des troupeaux avec eux et défrichaient légèrement le sol pour une station d'une saison, par brûlis des herbes et culture superficielle et extensive"-. Ainsi, par leur genre dévie, ces peuples migrateurs répondaient d'une manière précise à notre définition habituelle des Nomades. C'est une raison de plus de penser que le Nomadisme est un
1. Fr. Ratzei, Politische Géographie, 2*» Aufl., 1903, p. 244.
a. Il faut insister sur ce point, que les Nomades ne se contentent jamais des ressources fournies uniquement par la vie pastorale. « Qu'il ait existé des nomades se suffisant, exclusivement, avec la chair, le lait et le poil de leurs troupeaux, c'est possible ; mais on n'en a jamais vu de semblables dans les temps historiques. » (L. Cahun, Introduction a l'histoire de l'Asie, p. 49-50.)
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état social non seulement involontaire, mais temporaire dans beaucoup de cas. Nous appelons Nomades des peuples en voie de migration ; nous avons souvent pris pour une situation permanente et pour un ca'ractère ethnique propre à un peuple ou à une tribu, ce qui n'est pas autre chose qu'un état de transition entre la fixation au sol ancien et la fixation au sol nouveau. Mais plus nous progressons dans l'étude des peuplades errantes qui subsistent encore, bien que fort diminuées, sur les lisières désertiques de l'Ancien Monde, plus nous nous convainquons que le Nomadisme est un état de contrainte. Sauf quelques rares exceptions, aucun grand groupe d'hommes ne mène la vie errante par suite d'un choix délibéré de ce genre de vie. Tous les groupes humains aspirent à se fixer ; tous ceux qui sont maintenus dans le Nomadisme le sont contre leur gré. Parfois, les Nomades essaient de subjuguer des groupes de sédentaires qui leur opposent, par leurs armes et par leur cohésion, une résistance heureuse; aussi la zone de mouvement des lisières désertiques est-elle pleine de chocs continuels ; bien qu'atténués maintenant par l'extension des sociétés politiques modernes jusque sur ces lisières, les chocs se font encore sentir.
Pour les sociétés comme pour les individus, une destinée perpétuellement vagabonde, sans but et sans espoir de fixation, paraît une chose monstrueuse et presque impossible à concevoir. La légende du Juif- Errant ne représente-t-elle pas une pareille destinée comme un châtiment céleste, et comme le pire de tous? Quelques groupes qui ont paru aiguillonnés, dans les grandes zones de fixation du globe, par une sorte de prurit de mouvement perpétuel, ont soulevé aux siècles passés l'horreur et le mépris des sédentaires de l'Europe ; aujourd'hui nous les étudions comme des curiosités ethnographiques et sociales, tant leur déracinement permanent les distingue du reste des hommes : tels sont les Gitanes, Tsiganes, Zingari ou Bohémiens/.
Un seul mobile de psychologie collective explique, à certaines époques, le déracinement en masses et parfois sans but conscient de groupes sédentaires et même de peuples entiers. C'est le cas des fièvres
I. Sur les Gitanes ou Zingari, voir Paul Lacroix (bibliophile Jacob). Mœurs, usages et costumes au moyen âge et à l'époque de la Renaissance, p. 489-516.
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religieuses qui ont accompagné les périodes d'essor ou de crise des grandes croyances. Les mouvements d'individus ou de masses dont elles donnent le signal ont souvent des objets positifs qui s'inscrivent sur la carte, soit, comme l'expansion arabe, pour convertir le monde entier, soit, comme les croisades, pour conquérir des lieux sacrés ; mais l'exaltation religieuse peut conseiller aussi la vie errante et sans but, comme elle conseille en certains cas la vie solitaire. Depuis la réforme lamaïque, une partie notable du clergé tibétain et mongol mène constamment la vie errante. En Europe, la grande crise du xni'^ siècle donna le signal d'une sorte de tourmente de mouvement, avec ou sans but défini : « Des frissons d'une émotion délirante, dit Lea, couraient d'un pays à l'autre, éveillant les populations de leur léthargie pour leur inspirer des tentatives aveuglément héro'ïques et irréfléchies, — croisades qui blanchirent les sables de la Palestine sous les ossements des chrétiens, excès sauvages des Flagellants, courses vagabondes et sans but des Pastoureaux »^ On comprend pourquoi les Eglises, à mesure que leur hiérarchie s'affermit, canalisent cette fièvre de mouvement vers les grands pèlerinages. Aussi, outre leur grande valeur religieuse et sociale, des points comme Rome, Jérusalem, Canterbury, Saint-Jacques de Compostelle, La Mecque, Lhassa et Bénarès ont offert ou offrent encore un intérêt spécial au point de vue géographique.
Il fallait citer ces exceptions. Mais elles n'infirment pas la règle, au contraire. D'une manière générale, le Nomadisme est un état violent et transitoire. Il est une phase particulière des grands mouvements de migration. C'est dans ce sens, en l'encadrant dans les faits qui l'entourent et qui l'expliquent, qu'il faut réformer notre conception traditionnelle du Nomadisme et des Nomades-.
D'Europe en Asie, les grands faisceaux de parallèles suivis au cours des âges historiques par les migrations de masses, depuis les centres de fixation de la Chine et de Tlnde jusqu'à ceux du bassin de la Méditerranée et de l'Europe atlantique, se trouvent sur les « Terres des Herbes » découvertes, faciles à parcourir, bonnes aux déplacements des troupeaux autant
1. H. -G. Lea, Histoire de l'hiquisition au moyen âge, trad. franc., Paris, 1900, I, 66.
2. Pour corriger ce que ces vues peuvent avoir de trop absolu dans la forme sous laquelle nous les présentons, tout en laissant intacte la vérité qu'elles expriment, il est bon d'indiquer que le Nomadisme pastoral, qui peut représenter transitoirement un état d'équilibre non imposé, arrive plus vite que tout état au point de refus du peuplement : car nul état économique et social n'a besoin d'autant de terre pour aussi peu d'hommes. A partir de ce moment, qui se produit de fort bonne heure pour toutes les sociétés nomades, le Nomadisme devient un état de contrainte d'où les peuples cherchent plus ou moins consciemment à sortir.
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qu'à ceux des hommes, entre le steppe mongol et la Puszta hongroise. Nul obstacle montagneux sur cette piste, sauf les Carpathes qu'il est possible de tourner, et le rebord septentrional du grand plateau d'Asie où s'ouvrent une large brèche et un col plus étroit qui sont deux passages historiques des plus connus, la Porte de Dzoungarie et la passe de Terek Davane. De grands fleuves barrent la plaine ; mais, largement étalés sur les terres plates, ils manquent en général de profondeur, et ceux qui se déroulent dans la zone d'assèchement, du Balkhach à la mer d'Azov, sont pauvres en eau.
La terre de parcours s'étend aussi de la Méditerranée au plateau asiatique, au Sud de la mer Noire, du Caucase, de la Caspienne et de THindou-Kouch, sur un sol plus accidenté que les grands steppes du Nord. Toutefois, l'orientation générale du relief ouvre assez largement, entre les plis montagneux, les routes d'Ouest en Est ou en sens inverse. Lorsque les passages se resserrent entre les faisceaux montagneux ou entre les montagnes et la mer, comme aux Portes de Cilicie, sur ces points se produit une sorte déconcentration d'histoire; dans leur voisinage se mutiplient les champs de bataille \
Ces vastes zones de mouvement et d'instabilité excessive ont paru défavorables, par leur nature même, à l'établissement des grands Etats. Les empires qui s'y fondèrent furent toujours des colosses aux pieds d'argile, règle qui s'est encore vérifiée pour le dernier venu, l'empire russe, malgré les chances nouvelles de continuité et de permanence que donne aux États l'outillage moderne de la circulation. Mais il est intéressant de remarquer que malgré son insécurité chaotique, la zone des steppes fut une grande voie commerciale d'Europe en Asie, précisément parce qu'elle était une zone de parcours. La route des migrations, tant au Nord qu'au Sud de la Caspienne, fut en même temps la route de la soie dès les premiers siècles de l'empire romain. La métropole commerciale de Dioscurias, sur les bords du Pont-Euxin, était la Babel des langues du monde ancien. Au moyen âge, aux temps de l'empire mongol, les comptoirs vénitiens et génois du Don et de la Crimée entretinrent un courant d'échanges actif. On sait ce que l'Occident dut au contact entre le monde chrétien et le monde musulman, au temps des croisades.
I. Issus, Antioche, Nézib, au voisinage des Portes de Cilicie.
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La route des épices fut longtemps une route de steppes et une route côtière exploitée conjointement par les Arabes et par les "Vénitiens, d'Aden à Alexandrie. Il fallut la découverte de la route maritime vers l'Inde par le Cap, à la fin du xv*" siècle, pour enlever à la zone de migrations sa valeur commerciale. Et dès que cette valeur disparut, les chocs entre les masses humaines en mouvement sur la zone diminuèrent de gravité et de fréquence. Au fracas des batailles succéda pendant trois siècles une sorte de léthargie, à laquelle ont mis un terme le canal de Suez et les chemins de fer asiatiques : car ces nouvelles voies ont rééquipé à la moderne la vieille zone de mouvement et de migrations de l'Ancien Monde ; elles lui ont-donné une vie nouvelle.
Les zones de mouvement et de choc de l'Ancien Monde se sont prolongées vers le continent africain comme vers l'Europe. Mais les voies des migrations se détachent moins nettement sur le sol africain, à cause de l'inféi^iorité générale de la civilisation et de l'insuffisance des traditions écrites. Il faut aussi faire la part de causes générales de mouvement qui n'apparaissent pas entre l'Europe et l'Asie : la recherche du sel qui a souvent poussé les tribus nègres vers la mer, sur la périphérie de l'Afrique ; et inversement, le commerce des esclaves qui a conduit vers l'intérieur les traitants arabes. Cependant, les directions générales du mouvement semblent suivre les mêmes règles qu'entre l'Asie et TEurope.
« La zone critique, dit Haddon, est la région du Nord-est, en face de l'Arabie du Sud. C'est ici que la plupart des peuples durent entrer en Afrique, le reste venant le long de la limite Nord de la mer Rouge. Au Nord, le désert coupé seulement par la vallée du Nil les arrêtait; au Centre, la forêt équatoriale les arrêtait aussi, puisque c'étaient des pasteurs. Deux routes demeuraient ouvertes : la route de l'Ouest entre le désert et la forêt par le Soudan, la route vers le Sud le long des montagnes de l'Est »'.
Cette seconde route est celle de la côte. C'est avec raison que Haddon met en lumière la valeur de la lisière côtière de l'Afrique orientale comme voie de migrations. Les lisières