REGRESSION DES POINTS DE DÉPART
tion du Steppe et celle de TOcéan. Contemporaine de la première, elle comporte les mêmes éléments que la seconde.
Comme nous l'avons vu, les mouvements humains le longdès lisières littorales n'étaient pas en général des mouvements de masses, mais des mouvements d'infiltration : ils ne comprenaient que des groupes fractionnés et peu nombreux. La migration océanique, modelée sur la migration des lisières littorales, conserva longtemps le même caractère. Malgré les progrès de l'art de la navigation, elle ne remua pas de grandes masses, tant que les plus gros bateaux de charge ne purent dépasser un port de quatre ou cinq cents tonneaux, c'est-àdire du xv^ au xix' siècle. La médiocrité des courants migrateurs fut, il est vrai, compensée quelque peu par leur durée. L'insuffisance de l'outillage, par rapport aux forts courants d'appel de matériel humain qui commençaient à s'établir, se révéla par la densité incroyable que réalisaient les négriers dans leurs transports d'esclaves à fond de cale, des marchés de la Guinée aux plantations de Virginie et des Antilles.
Les faibles groupes d'infiltration transportés par la colonisation libre au delà des mers se recrutèrent pendant trois cents ans, en dehors de la poussière des déclassés venus d\m peu partout, chez les peuples maritimes de l'Europe, notamment chez les Anglais, les Hollandais, les Portugais, les Espagnols et les Français, et en particulier dans les pays les plus proches de la mer et chez les classes de la population adonnées aux métiers maritimes. Ainsi, cette période historique fut celle où la population française eut un développement assez vigoureux pour essaimer au dehors; mais les provinces de France qui contribuèrent à l'émigration furent presque exclusivement des provinces côtières, Normandie, Haute-Bretagne, Poitou, Saintonge et Gascogne. Encore les paysans de ces terres de l'Ouest qui devinrent des émigrants cédèrent à l'action d'une volonté directrice plutôt qu'à un mouvement spontané. Le peuplement rural du Canada français a pour base presque unique les quatre mille Normands, Poitevins et Saintongeois envoyés sur les bords du Saint-Laurent par
PEUPLEMENT DU GLOBE : MOUVEMENT
Colbert, au début de son ministère; sitôt que la puissante volonté de Colbert cessa d'agir, Témigration rurale s'arrêta, et la population française du Canada n'augmenta plus que par son énergie prolifique. De même, la colonisation anglaise n'aurait peuplé les côtes de l'Amérique du Nord que de boucaniers, de marins et de traitants, si les persécutions religieuses n'y avaient pas jeté les puritains du Mayflower et ceux qui suivirent. Encore à la fin du xviii^ siècle, il fallut des convicts pour commencer le peuplement de l'Australie. Les Espagnols seuls réussirent à faire passer un assez grand nombre des leurs au delà des mers, grâce à la durée de leur domination. Pourtant les courants de migration transocéaniques n'atteignirent vraiment, au premier âge colonial, que quelques catégories professionnelles localisées d'une manière assez étroite. Ils entamèrent à peine la -grande masse rurale de l'Europe, solidement fixée à la glèbe.
Au xix' siècle, tout changea en peu d'années. L'infiltration transocéanique devint un mouvement de masses, le plus considérable par lui-même et le plus grand par ses conséquences que présente l'histoire. L'accroissement de la population, la diffusion des capitaux, le désir du bien-être, et par-dessus tout la création des voies ferrées et la puissance nouvelle de l'outillage maritime aux points de vue de la capacité et de la rapidité du transport, agirent comme courants d'appel sur des foules sans cesse accrues, et les entraînèrent au delà des mers. De llnde, de la Chine et du Japon des masses d'hommes ont commencé à sortir et à essaimer au loin. En Europe, le mouvement ne pouvait demeurer confiné aux étroites bases géographiques des siècles précédents, non plus qu'aux catégories professionnelles du premier âge colonial. II s'est donc étendu, en surface, vers l'intérieur du continent ; en profondeur, il a gagné les couches sociales les plus nombreuses et jusqu'alors les plus rebelles, celles des masses rurales fixées au sol. La première grande tranche d'émigration fut donnée surtout, de 1820 à 1880, par les pays anglo-saxons et germaniques. A partir de 1880 se manifesta un nouveau recul des