Oasis de Djaraboub, aux lisières Orientales de la Libye
2. C'est un jeu d'esprit amusant, mais de peu de valeur, que celui auquel se livre Ratzel en comparant la chaîne d'oasis sur la route de caravanes du désert, entre Tripoli et le Bornou, à la chaine d'îles et de postes fortifiés de l'Angleterre sur la route de l'Inde, entre Gibraltar et Aden [Polit. Geog., p. 340). Et que dire de cette affirmation? : « On peut dire de chaque île, comme de chaque oasis, qu'elle est destinée par sa nature à une existence politique indépendante » (Polit. Geng., p. 341). C'est pousser bien loin le goût des rapprochements.
CONDITIOyS PRIMAIRES
Pour légères et superficielles que soient leurs racines dans le sol, elles existent, sous la forme des oasis dans les déserts, et, dans les steppes, sous la forme des zones de parcours des troupeaux, avec points d'eau.
Après la fixation au sol et l'appropriation de celui-ci aux besoins des hommes, une autre condition primaire de la formation des Etats est donnée par le minimum de densité numérique des hommes groupés sur le sol. Il faut qu'il y ait, entre les hommes composant un groupe, des relations constantes de proximité, pour que naissent les besoins et l'organisme de la sécurité collective. Ces relations ne sont possibles que si les familles, cellules sociales élémentaires, ne sont pas trop éloignées les unes des autres, ou, en d'autres, termes, si le territoire présente une suffisante densité de peuplement.
On ne peut donner une expression chiffrée unique de cette densité nécessaire à Téclosion des Etats. Car le minimum varie selon la facilité des relations entre les individus et entre les familles. Dans les pays de plaines rases, sans obstacles, le long de rivières navigables ou à travers des cols montagneux largement ouverts, les relations pourront s'établir et se maintenir aisément à grande distance, et le minimum exigible sur une surface donnée pourra être très faible. Dans les pays où la rigueur du climat, les aspérités du sol, les marécages insalubres ou les insondables forêts équatoriales rendent pénibles, à l'état primitif des sociétés, les relations à grande distance, le minimum nécessaire de densité politique sera plus élevé.
Il y a là une condition» de base qu'il est impossible de préciser autant qu'il serait désirable, au moins dans l'état actuel de la science. Elle ne pourra être précisée davantage que le jour où l'étude comparée, pour chacune des grandes régions terrestres, des genres de vie et des formes revêtues par les besoins de protection et de défense nous permettra de fixer les valeurs minima de la densité politique.
Ainsi, un groupe d'hommes amorphe et inconsistant prend une figure d'organisation dès qu'il est fixé au sol et pourvu
L'ÉTAT ET LE TERRITOIRE
d'un minimum numérique de densité. Cependant, cela ne suffit pas pour fonder les formes et la conscience élémentaires de la société politique. Il y faut autre chose : la contiguïté de groupes différents, ennemis, rivaux ou alliés, et capables eux aussi de se transformer en Etats. L'Etat « se pose en s'opposant ». Il n'y a, dit Ratzel, aucune partie du corps politique et même aucune partie de Thumanité qu'il soit possible de considérer isolément '. C'est pour cette raison que dans l'analyse de la formation des sociétés politiques, la notion géographique de leur position prend une part prépondérante : car la position ne donne pas seulement le signalement individuel des Etats, tiré de leur place dans une région déterminée du globe; elle les définit par rapport à leurs voisins ; elle les définit aussi par rapport aux Etats plus lointains, jusqu'aux extrémités du monde habité, depuis qu'un échange continu d'hommes, de produits et de pensées existe entre toutes les parties du globe. Comme nous le verrons en étudiant les frontières, les rapports de contiguïté se précisent davantage au cours de l'histoire, à mesure que les germes d'Etats incomplets avortent, que les petites sociétés se fondent dans les grandes et que l'organisation intérieure des grands Etats se complique en se perfectionnant. Les contiguïtés des groupes s'inscrivent d'abord géographiquement comme des zones en quelque manière neutralisées, puis comme des lignes de démarcation enchevêtrées et escortées d'enclaves, puis comme des frontières linéaires au tracé précis et relativement simple. Dans tous les cas, aucune société politique véritable ne se forme jusqu'au jour où le besoin psychologique de la sécurité collective se fait sentir dans son entier, c'est-à-dire jusqu'au jour où les hommes sentent la nécessité de mettre à l'abri leurs personnes, leurs familles et le produit de leur travail contre les ennemis possibles du dehors, aussi bien que contre ceux du dedans. Cela ne se conçoit qu'avec la coexistence de groupes capables de faire