VALEUR CROISSANTE
tion subie par sa frontière du Nord-est en 1871. Cela montre combien les frontières modernes, loin d'être un organe adventice surajouté à l'Etat, sont devenues une partie essentielle de l'organisme politique. Dans les pays d'Europe à évolution politique avancée, un Etat se définit aujourd'hui par sa frontière, aussi bien que par son territoire. On ne saurait donc exagérer la valeur de ce ruban de sol sillonné de chemins de fer et hérissé de forteresses.
Il résulte de la valeur sans cesse accrue de la frontière que toute pression tentée d'un côté pour déplacer la ligne de démarcation appelle de l'autre côté une contre-pression d'une énergie égale et une résistance obstinée. Le temps n'est plus oh les conquérants taillaient en plein drap et à grands coups de ciseaux dans la carte d'Europe et d'Asie; aujourd'hui, aux ambitions conquérantes s'opposent des résistances armées et organisées, qu'aucun génie militaire ne réussira à dompter au point où furent domptées les résistances d'autrefois. Il semble bien que l'épopée de Napoléon ait été, au moins pour le vieux continent, la dernière des grandes chevauchées conquérantes \ Les Empires qui « se fondent à cheval » sont pour jamais dans les limbes du passé. La moindre oscillation de la frontière exige maintenant des luttes longues et acharnées. Ainsi la valeur accrue des frontières de tension entraîne comme conséquence leur stabilité croissante. Cette stabilité ne ressemble pas à l'inertie absolue où se figent les frontières mortes : c'est, plutôt qu'une stabilité vraie, une sorte d'équiUbre instable où se neutralisent provisoirement les forces opposées. Toutefois, cela suffit pour donner aux frontières, au point de vue historique, une sorte de fixité qui, à mesure qu'elle se prolonge, rend la tâche de plus en plus malaisée aux Etats qui s'efforcent d'empiéter sur leurs voisins.
I. Ce fut Terreur capitale de Guillaume II de croire que lui et son peuple étaient de force à la rééditer.