LIVRE PREMIER. LA PALESTINE
règle*. Les Galiiéens vouaient leurs biens directement à Dieu et ne les donnaient pas aux prêtres*. Pourrait-on voir là un indice du peu d’importance que les- Galiiéens attachaient à la famille sacerdotale? Les poids et les mesures différaient aussi dans ces deux pays : Une saah en Judée en valait cinq dans la Galilée1 * 3; cinq
scia en Judée en faisaient dix en Galilée *.
Il n’y a pas de doute que la Judée n’ait eu une certaine suprématie sur la Galilée. La corporation sacerdotale et la grande école des docteurs se trouvant au centre de la Judée, ses habitants étaient plus versés dans la science religieuse que les Galiiéens. La Galilée était toujours considérée comme étant en état de guerre : les sicaires 3 5 * y commettaient plus de crimes qu’en Judée. Quoi d’étonnant que l’étude de la tradition y fût négligée! Les Talmuds disent expressément que la science de la tradition no se conservait guère parmi les Galiléens®. Ceux-ci, dit le Talmud, ne terminaient jamais leurs études chez le même maître, voilà pourquoi leurs notions étaient confuses. La Galilée n’avait probablement que des maîtres ambulants et non pas des écoles fixes comme la Judée. Les Galiiéens ne pouvaient jamais s’élever à une discussion dialectique pour résoudre une question par voie de comparaison 7. Nous comprenons donc pourquoi les Galiiéens tenaient à leurs an-
1 Ibidem, cl', ci-dessus, p. 52. .
* Mischna, Nedarim, il, 4; Tal. deBab., Sabbath, 127 b.
s Tal. de Bab., Baba Batbra, 122 b.
'Mf'me Tal., Hulin, 137 b.
5 Tosiflha, Guiltin, ch. 2. Cf. sur la loi des Sicaires, M. firaetz, Gesckickte der Juden (2* éd.), t. III, p. 325 et 334.
'>Tal. de Bab., Eroubin, 53 a.
7 Ibidem. Nous croyons comprendre de telle façon les mots
ciens usages, et qu’un de leurs compatriotes avait pour maxime de n’ajouter ni retrancher un iota 1 dans la loi mosaïque. En Judée, en effet, les écoles de différentes nuances faisaient souvent, selon les nécessités, de3 changements pour certaines pratiques religieuses.
C’était surtout la mauvaise prononciation * des Galiléens qui les rendaient presque ridicules aux yeux des habitants de la Judée, On ne distinguait pas les lettres gutturales entre elles en Galilée. « Les habitants de Beth- Schean, de Haïfa et de Tibaon confondaient dans hur prononciation le Ain (y) avec le Alcpli (n); c’est pourquoi on ne pouvait les admettre pour réciter les prières à haute voix au nom de la communauté 3. » Les Talmuds citent des exemples de cette prononciation défectueuse 4 : « Un Galiléen demanda un jour un Amr (idn) ; on lui répondit : fou de Galiléen, que demandes-tu? est-ce un âne pour monter dessus ("'en), du vin pour boire ("ion), un habit pour te couvrir (icy) ou une brebis pour l’égorger pCN) ? » Avec une pareille prononciation les Galiléens n’avaient probablement pas le courage de se rendre aux écoles de la Judée, et encore moins de se mêler aux subtiles discussions que les Talmuds nouspré-
asfcz obscurs du Tolmud : t\T3CCL’ WCCOD Cl1?),’) foî N^l- Cf. la Zeitschrift de M. le D' Geiger, t. V, p. 432.
* Saint Matthieu, v, 18.
2 Cf. M. Hcnan, Vie de Jésus (13* éd.), p. 217.
3 Toi. de Bab., Megvillah, 24 b N^rCTin Î'N
peM p-npæ ’;cc puce n7i non n’3 «Si jk» rva
■pO^N i1iT,pbl Les Samaritains commettaient probablement la même foule; ils confondent encore aujourd’hui les lettres gutturales, malgré qu’ils parlent l'arabe où ces lettres sont bien distinctes dans la prononciation.
* Tal. de Bab., Sroubin, S3 b. t;N1 7”!Np Him ^3 NlPim
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