LIVRE PREMIER. LA PALESTINE
sentent, et qui avaient sans doute déjà eu lieu au temps de Hillel et de Schamaï. « Les habitants de la Judée, dit le Talniud, 1 qui mettaient un soin particulier à la prononciation, retenaient mieux la tradition, tandis que chez les Galiléens elle ne prit point racine. La Mischna ne nomme que trois docteurs galiléens : R. Yosé et ses fils, R. Eliézer et R. Hanina 4. Il n’y avait donc pas de vie littéraire en Galilée ; tous les produits de la littérature biblique étaient sortis du sud. La première Halahha qui forme la base des livres talmudiques est une œuvre d’imagination des écoles de Jérusalem et de Darom (sud j. Ce n’est que la rédaction de la Mischna et du Talmud de Jérusalem qui fut faite en Galilée et encore par d’anciens disciples des écoles du sud. La Galilée était un pays admirablement accidenté : avec des hauteurs pittoresques, comme le Tabor et le Carmel, des plaines magnifiques couronnées d’oliviers, et des points de vue variés sur le bassin du lac de Tibériade dont les rivages étaient parsemés de villes, de villages et de bourgs, comme le dit le Talmud 3, et comme nous le savons par les Évangiles. Dans ce milieu poétique, loin du Temple, objectif principal des discussions minutieuses et d’un formalisme rigoureux, les esprits, croyons-nous, devaient bien plutôt se porter vers les paraboles et les légendes.
M. Geiger va plus loin : Il soutient1 que c’est un Galiléen, R. Yosé, qui a créé l’exégèse légendaire connue sous le nom d ’Agadah. Sans doute, comme le fait
• Ibidem.
4 Cf. les savants articles de M. Lœw sur la Galilée, dans le Ben Hananyah, année 1864, col. 20-22, 38-40 et 81-83.
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4 Dcr Ortenl, t. IV, p. 432. 1 1
186 LA GÉOGRAPHIE DU TALMtJD
judicieusement observer M Lœw ' , Josèphe nous donne déjà des explications agadiques; il n’en est pas moins vrai que ce même R. Yosé le Galiléen* est réputé dans les Talmuds comme agadiste. Un passage talmudique ferait supposer qu’on s’occupait en Galilée de la science purement mystique. « Un Galiléen 3 étant venu en Babylonie, on lui demanda d’enseigner la science de la Mercabah *. » Mais ce passage se rapporte à une époque postérieure et i'on n’en peut tirer des déductions pour le temps de Jésus que sous toutes réserves.
C’est avec les mêmes réserves qu’il faut appliquer les passages talmudiques où un Galiléen traite du messianisme5, ce qu’un savant anonyme6 veut donner comme caractéristique de l’état des esprits en Galilée, à l’époque de Jésus. La résurrection du corps, d’après le mémo savant, serait également une conception galiléenne. « Les morts qu’Ezéchiel avait ressuscités, dit R. Eliézer 7, dis de R. Yosé le Galileen, sont montés vers la Palestine, se sont mariés et eurent des enfants. » Ce savant anonyme prétend même attribuer aux Galiléens l’idée de la
1 Ben Hananyah, 1864, col. 83.
- M. Geiger [Urschrift der Bibel, p. 158) prétend que ce R. Yosé était également le champion de l’ancienne Halakha, en opposition avec R. Akiba qui introduisit des innovations selon les besoins du temps. Celte recherche, qui n’entre point dans le cadre de notre travail, confirmerait notre opinion citée ci-dessus, p. 184, que les Galiléens étaiont les stricts conservateurs de l’ancienne tradition.
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* L’explication des visions des prophètes, et notamment celle d'Ezéchiel, est désignée par le nom de Ma'asé Merkabah ou récit du char (céleste). Cf. M. Munk, Guide des égarés, t. I, p. 9, note 3.
•r>Tnl. de Bab., Sanhédrin , 113 fl; Haguiga, 25 a.
R Der Orient, t. III, p. 691 et pass.
7 Tal. de Bab., Sanhédrin, 82 b.