LIVRE PREMIER. I.A PALESTINE
aujourd’hui sous le mémo nom presque au point où le Jourdain sort du lac de Tibériade. De Kefar Yama on se dirige vers Aznoth-Tabor qui se trouve, selon Eusébe non loin de Sepphoris dans la grande plaine. De ce dernier point on se rend vers Houkok, représenté par le village de Yakouk i *, qui se trouve encore à une certaine distance à l’orient du lac île Tibériade. 11 est donc impossible que Zabulon touche ce lac.
L’erreur de l’évangéliste peut cependant s’expliquer fort naturellement, si Ton veut bien considérer que saint Matthieu parle ici de l’accomplissement des prophéties d’Isaïe, appliquées à Jésus, et qu’il faut dans l’intérêt de sa thèse que Capernaüm se trouve aux contins de Zabulon et de Nephthali. Saint Matthieu accommode ici la géographie aux besoins de la cause, comme nous l’avons vu faire en maintes circonstances aux talmudistes, quand ils veulent interpréter dans un sens préconçu quelque verset biblique. Saint Matthieu certes représente le mieux la tradition juive parmi les évangélistes. Pourquoi, en voulant établir le caractère messianique de Jésus, n’aurait-il pas suivi un système qu’il avait dil voir pratiquer très-souvent dans les écoles agadistes ?
C’est un grand tort, selon notre avis, de dresser la carte de la Palestine comme l’a fait M. de Raumer3, d’après la seule indication de l’Évangile, sans tenir compte des données bibliques, surtout quand elles sont confirmées par les passages talmudiques *.
1 Ouomasticon, a. v. 'AÇ*« M.
* Robinson, Bibl. researckts , t. III, p. 81. On mentionne dans le Tal. de Uab. ( Pesahim , 13 b) un docteur de Houkok, nNpIpn pnV
3 Palastina, 4° éd., Leipsik, 1800.
1 M. Ewald est dans le vrai en disant ( Geschichte des voûtes
Un passage talmlu^iqne, donne les noms portés à l’époque du second Temple par quelques villes appartenant. selon la Bible, à la tribu de Ncphthali. La plupart de ces lieux se trouvent, d’après notre opinion, dans le pays de la vallée ; c’est pourquoi nous citerons ce passage ici, malgré qu’il commence par des endroits qui font partie de la Galilée supérieure.
Les sept villes dont nous allons parler se trouvent énumérées dans Josué, xix, 33 : « Leur territoire est Mehélef, Mealon, Beçaananim et Adami, Hanekeb et Yabnéel jusqu’à Lakoum. »
*]Tr, Hélef est, d’après le passage du Talmud en question, le nom par lequel à son époque on désignait Mehelef de la Bible. Hélef est inconnu at^ourd’hui, mais il semble se trouver, comme les deux endroits qui suivent dans le verset biblique, dans la Galilée supérieure.
}VTN, Ayalon est le Méalon biblique, également inconnu.
CHptK’JJN, Beçaananim est rendu dans le Talmud par Agnia de Kedesch « le bassin de Kedesch. » Kedesch, ville des Lévites et en même temps ville * de re-
IsraH, 3* éd., t. II, p. 211) que Nephthali habitait tout l'ouest des deux lacs de Merom et de Genezareth. Nous ne sommes pas de l’avis de M. Ewald au sujet du mot rni!T21 (Josué, xix, 34) qui, en effet, ne donne aucun sens, car Juda n'avait aucune possession dans le pays ironsjordanique. M. Ewald veut fïPJT3 pour le mot rmrrsv Nous croyons que le texte portait p-pR T21 el qu’un copiste, par inadvertance, plaça le R deux fois, ce qui a produit p~l’RRT2V Les Masorètes qui n’étaient plus certains du sens de ce mot, ont ajouté un autre R encore-j. voilà comment nous lisons maintenant p""R RIlRCluu lieu de p-|’R T21 * bord du Jourdain » Le premier R de RHR’21 est en effet annoté par la Masorah. Les Septante n’ont point ce mot ; ou y traduit : *»1 6 ’lop54v»j4 *Xt.
t Tal. de Jcr., Afeguillah, i, 1.
-Josué, xx, 7.
fugc, se trouvait, d’après Josèphe à la frontière de Nephthali et du pays de Tyr. Les Apocryphes * l’appellent Kedesch de Nephthali pour le distinguer des deux autres Kedesch en JudaI * 3 * et en Issachar *. Robinson 5 a trouvé un Kedes à l’ouest du lac Houleh. Le pays était probablement marécageux et tirait son nom Beçaananim de NJÎS2 6 « marécage, » ce que le Talmud rend par K’iJN « bassin 7. »
pan, Damin est le nom talmudique de Adami. On pourrait peut-être l'identifier avec Danieh 8, au sud de Kurn Hattin, dans le pays de la vallée.
NtTPX, Hanekeb de la Bible se rend par Çaidatha. Serait-ce le Belh-Saïda des Évangiles8?
KD1 "D-, Yabuéel se traduit par Kefar Yamah. Josèphe 1(1 mentionne un bourg Yamnia, en Galilée, qui pourrait être identique avec Yabneel de la Bible ; nous avons vu 11 que le Yabnéel en Judée se change également en Yamnia. On trouve un village de Kefr Yamah entre le mont Tabor et le lac de Tibériade, qui est peut-être identique avec le Kefar Yamah du Talmud.
D’pib , Loukim ou Loukis est le Lakoum de la Bible ; endroit inconnu.
I Ant., XIII, xv, 6.
* Tobie, i, 2. Kion îj N'c?0*X(.
îJosué, xv, 23.
4 1 Paralipoménes, vi, 57.
5 Robinson, Bibl. researchet, t. III, p 367-369.
6 Cf. ci-dessus, p. 138.
1 On peut expliquer lemotN”3JN par « jardin» ou environs, comme le mot X’jJ (ci-dessus, p. 21), Cf. M. Rappoport, Erekh Mil lin, p. 14.
* Robinson, l. c., t. II, p. 369.
® Marc, vi, 45 ; vm. 22.
Guerre , II, xx, 6.
U Cf. ci-dessus, p. 73.
LA OEOUKACHIE DL’ TALMLlI
5 ». — la f.aliléi' ■upérlrurr.
rr::n ter, Kefar Hananyah est la ville frontière entre la Galilée inférieure et la Galilée supérieure. Nous l’avons identifiée avec Kefr Anan On fabriquait ù Kefar Hananyah *, d’après le Talmud, des pots de terre noire (ordinaire). Les habitants de cet endroit étaient en majeure partie des marchands3 de pots. « Amener des marchands de pots à Kefar Hananyah 1 * correspond à notre proverbe « porter de l’eau à la rivière. » Les Talmuds connaissent encore des endroits, Kefar Hanina, Ketbr Hanin s et Kefar Hanan B, qui sont des variantes du nom de Kefar Hananyah.
rrrri', Akhbara, endroit où R. Yosé bar Abin tenait son école1. Les habitants sont désignés dans les Talmuds par benè A khbara*. D’après un passage du Midrasch, on élevait des faisans à Akhbara B. Josèphe 10 mentionne un endroit de ce nom en Galilée supérieure, qu’il avait fortifié lui -même. Le village d’ Akhbara" au sud de
r Cf. ci-dessus, p.
S Tal. de Bab., Baba Mecia, 74 a.
3Tal. de Jér., Maastrulh , il, 3.
1 Beresckith rabba, ch. 86. X'”n ICrZ C'YT?
5 Ibidem, ch. 6.
* Ibidem, ch. 9. « R. Samuel bar Nahman raconte : J’étais porté sur l’épaule de mon grand-père quand il alla de sa ville vers Kcfer Hanan, en passant par Beth Sclieun. »
1 Tal. de Jér., Theroumoth, x, 7.
8 "Z- Tal. de Bab., Baba Mecia, 84 b.
* Cf. ci-dessus, p. 190, n. 5.
r° Guerre, II, xx, 0 ; '.V/xiift, Vita, 37 .
H.Ritter, Erdkunde, t. XVI, p. 771.