‹ La géographie du TalmudChapitre 170 sur 219 · LIVRE SECOND. PAYS HORS DE LA PALESTINE · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. PAYS HORS DE LA PALESTINE

La Babylonie, seconde patrie des Juifs, n’occupait pas moins l’attention des talmudistes que la Palestine. S’il s’agissait de fixer les limites de ce pays pour les dîmes et les autres prélèvements ’, on devait le faire en Babylonie, à cause des nombreux descendants des familles juives qui y étaient constamment restées depuis la captivité, et de beaucoup d’autres qui étaient venues s’y établir plus tard. Le soin que prend Esdras 4 de séparer les Juifs de leurs femmes païennes, nous apprend qu’une partie des captifs n’étaient pas restés fidèles à la loi mosaïque, et qu’ils s’alliaient volontiers aux nations voisines. Les rabbins possédaient un « livre de généalogie 3 » dans lequel on inscrivait des faits historiques, mais principalement la généalogie des familles. On savait, ou l’on prétendait savoir, dans quelles localités les Juifs ne contractaient pas mariage avec les païens ; ces endroits étaient comptés comme Babylonie, et on fixe la frontière de ce pays pour indiquer jusqu’où le sang juif était resté pur de tout mélange. Nous verrons qu’en Babylonie, comme en Palestine, la fixation de cette frontière varie selon les différentes écoles et les différentes époques.

Pour mieux faire ressortir cette pureté des familles en Babylonie, nous citerons des passages talmudiques,

1 Cf. ci-dessus, p. 10 et 22.

- E'dras, x, 2, 3; Tal. de Bob., K iddousckin, G’J b, T'K

iTp; ràcr nxrjœ ij? bzzz tmj? nby ab « Esdros n’avuit pas quitté Babel jusqu’à ce qu'il l’eût rendue pure comme de la farine. »

3 Tal. de Bab., Pesahim , G2 b. On y dit : « Depuis le jour où ce livre fut caché, lu valeur des docteurs est devenue plus faible » C’crn inr trtrn j'Cnv "OC uur evc- Ce livre a dû jouer un grand rôle ; Hérode le lit brûler. On sait combien on tient chez les peuples orientaux aux arbres généalogiques ; saint Matthieu commence par là son Évangile.

I,A GEOGRAPHIE Di; TALML1)

dans lesquels on subordonne même la Palestine à la Babylonie, au point «le vue généalogique des Juifs. « Tous les pays sont comme la pâte (entremêlée) comparés à la Palestine 1 ; mais ce pays l’est par rapport à la Babylonie. » On lit dans un autre passage* : « Babylone est toujours considérée pure, jusqu’à ce qu'il se présenie un motif pour lequel on doit la déclarer impure. Les autres pays, au contraire, sont regardés comme impurs, jusqu’à ce qu’il y ait évidence pour pouvoir les déclarer purs. » Avons-nous besoin de dire que cette fierté des familles en Babylonie, produisait une grande jalousie entre les écoles de ce pays et celles de la Palestine? A l’époque de Rabbi, dit le Talmud s, on voulait assimiler la Babylonie à la pâle relativement à la Palestine.

D’après la tradition juive, les plus anciennes synagogues se trouvaient à Nehardaa *. Loin du Temple, les Juifs de ce pays devaient en effet avoir un centre quelconque, et des usages religieux, dont l’uniformité formait un lien | uissant entre les différentes communautés. Les Babyloniens communiquaient toujours avec leurs frères en Palestine et envoyaient des subsides pour le Temple r'.

1 Tal de Bub., Kiddovschin , 71 a. ;‘~x7 DCT rUTN bs

Ï231? nO'V pjfl. L’expression nC'i’ « I,aie (levain), » est

très-souvent employée dans ce sens dans les Évangiles; cf. saint Motthicu, xvi, 6, 11; saint Marc, vin, 15.

*Même Talmud, 71 4.

3 Ib dem. 'ïK'V ptO HDT TOP «rpS’Tl 'D’2

l Le roi Yechonyah, dit-on, arnait construit, avec les matériaux du Temple do Jérusalem, la synagogue de Sckufyatkib , dans le voisinage de Nehardaa. Elle était certainement très-ancienne, puisqu'un deuxième siècle on prétendait que la majesté divine (nrrcr) y résidait; cf. M. le D' Fiïrst, Kultur- vnd Litcralurgesckicktc der Juden in Asten. Leipsik 1849, t. 1, p. 8.

■ Josèphe, AM., XVIII, ix, 1, 9.

Quelques-uns d’entre eux se rendirent en Palestine pour y étudier la loi. On dépendait en Babylonie de la mère patrie, principalement à cause de la fixation des fêtes par l’intercalation du treizième mois des années embolismiques. Bientôt on attribua aux écoles babyloniennes la supériorité sur celles de la Palestine, et on n’accorda aux habitants de ce dernier pays que le mérite d’observer le règlement de la dîme. « R. Ismaël bar Yoseph demanda 1 * * 4 * * à Rabbi : Pour quelle bonne action Dieu laisse-t-il vivre les Babyloniens? Pour l'étude delà loi, lui répondit-il. Et les Palestiniens? Pour les dîmes. Et les habitants des autres pays? Parce qu'ils observent les sabbaths et les fêtes. » Cet avantage des Babyloniens dans l’étude de la loi humiliait les Palestiniens. Ceuxci les appellent fiers et pauvres, et disent que leurs études ressemblent aux ténèbres *.

Les Babyloniens sont stupides, dit-on en Palestine8; car ils mangent du pain avec du pain *. A la fin l’Euphrate l’avait emporté sur le Jourdain. La fatale issue de la guerre de Bar-Coziba amena un grand nombre de Juifs dans le pays entre l’Euphrate et le Tigre. Nehardaa et Soura rivalisèrent avec Ouscha et Tibériade; nous trouvons à la fin du second siècle des communautés et des écoles dans toute la Mésopotamie, jusqu'à Nisibe. C’est grâce à cette dispersion que nous rencontrons quelques données géographiques sur ces pays et sur les noms des villes, que nous ne trouvons pas dans les au-

i Tel. de Bab., Menahoth, 85 b.

*Tal. de Bab., Sanhédrin , 24 a.

* Même Talmud, Pesahim, 34 b.

4 fbid., Beçah. 17 a. NOn;3 KCHl prtCI ’NffCE ’K722; cela se

rapporte probablement à leur pauvreté: ils ne mangent que du

pain.

teurs grecs et latins. Beaucoup d’entre elles n’existent réellement plus, et les anciens noms ne se sont pas conservés dans la Mésopotamie aussi exactement qu’en Palestine. Le pays entre l’Euphrate et le Tigre exige encore une exploration plus minutieuse', avant qu'on puisse se permettre d’identifier tous les noms de localités que nous allons énumérer, et qui sont rapportés par les Talmuds.

La Dabylonie, d’après le Talmud, est située au nord de la Palestine *, et se trouve enclavée entre l’Euphrate et le Tigre généralement parlant. A l’est de ce dernier fleuve se trouve un canal appelé Naliar-Youani, point où Samuel porte la frontière de la Babylonie; ce canal est probablement identique avec le Nahr-Avan. Rab étend le nom de Babylonie, vers l’est, jusqu'au Nahr- Azek‘, qui est peut être la rivière actuelle de Konyilun, marquée sur les cartes.

De ce côté, nous trouvons Elcm et Gabianè, où le Talmud déclare que la race juive a subi des mélanges: « Mesa est morte; Madaï, malade; Elam (et Gobaï; prêt

* Les exploratirns du colonel Chesnev sont, sans deute, d’une grande valeur pour la topogruphic de la Mésopotamie, mais elles se bornent généralement aux cours de l'Euphrate et du Tigre; de sorte que l’intérieur du pays est encore assez peu connu.

-Tul. de Bub.. Baba bathra. ‘T* b ; la situation de ce pays relativement a la Palestine est plutôt nord-est-est; mais le docteur a besoin de cette position vers le nord pour arriver à une interprétation agadique. Les Babyloniens, quand ils parlent de lu Palestine, l’appellent le pays vers l’ouest. »

3 Tul. de Bab., Eroubtn, 22 b. XC7 \STiC TIC il"’ rppc 'Ci 722

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'Même Talmud, Ktddouschin , 71 a.*iy "CN* 21 722 NT) '271 “y

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