LIVRE SECOND. PAYS HORS DE LA PALESTINE
der à Rabbi quelle sorte de jeûne ils devaient fixer pour obtenir du ciel la pluie, dont ils sentaient le besoin, au mois de Tamouz (juin', c’est-à-dire, après que le Tigre était déjà grossi par la neige. Ces digues et écluses établies sur les deux fleuves entravaient souvent la navigation*. C’est pour ce motif qu’on se servait pour faire les transports par eau d’une espèce de paniers en saule (le bois étant très-rare dans ce pays), de forme oblongue et revêtus d’une peau dure. Deux hommes habiles maniaient ces singuliers bâtiments. On les fabriquait en Arménie*, et aussi à Hipparenum, d’après le Talmud*. Arrivé à Babylone, on vendait la cargaison et on détruisait le canot; la peau en était rapportée au point de départ sur un âne, (pie l’on emmenait d’avance sur le canot; le retour ne pouvait se faire en remontant le fleuve, à cause de la rapidité de son cours.
L’Euphrate, nous l’avons dit, avait été dérivé de son lit, d’abord pour empêcher les inondations, et ensuite pour amener l’eau dans ce pays chaud que nous connaissons sous le nom de la Chaldée. Ce pays est actuellement privé des eaux de l’Euphrate (les anciens ouvrages ont disparu sans laisser presque de traces), et forme un vrai désert. Les auteurs grecs et latins rapportent que l’Euphrate était forcé, grâce à des digues, de traverser les pays du côté-ouest sur trois points et de revenir, après une journée, à un même endroit, appelé Arderikka. On nomme le Pallacopas et le Naarsès se dirigeant vers la Chaldée 1 * 3 4.
Le Talmud connaît également cette dérivation de
1 Tal. de Bab., Guitlin, 73 a ; il y est question du canal royal.
*Mannert, loc. cit., p. 273.
3Tal. de Bab., Baba Mena, 84 a. 'Hpl
* Mannert, loc. cit., p. 233 et suiv.
l.A OEUOKAPHIE DU TALMUD
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l’Euphrate et nomme les points où elle s’opérait. « Quand on voit les beautés de la nature, on doit réciter la bénédiction suivante : Béni soit celui qui a fait la création. » On ajoute dans le Talmud : « Celui qui voyait autrefois Perath au-dessus du pont de Babel, pouvait réciter également celte bénédiction (plus bas l’Euphrate n’étant plus tel que la nature l’avait formé); mais à présent que les Perses y ont fait des modifications, on ne peut taire cette bénédiction qu’en voyant l’Euphrate au-dessus de Schabor. R. Yoseph dit : au-dessus d'Ihi Dakira'. » Le pont de Babel pourrait être à la place où le Pallacopas se jette dans les lacs formés par lui-même, à la frontière de l’Arabie4. Schabor est sans doute la ville de Sipphara de Ptolémée, où le Maarsès sort de l’Euphrate et coule en ligne parallèle avec celui-ci sur une longeur de plusieurs milles; son lit est presque constamment aujourd’hui à sec ; mais le courant redevient navigable quand les eaux grossissent 3. La dérivation près d’Ihi-Dakira est sans doute le canal que les Arabes font commencer à Hit, et qui est identique, comme nous le verrons, avec Ihi Dakira. Le Talmud confirme les idées des indigènes ; il a plus d’autorité ici que les auteurs grecs et latins : ceux-ci donnent une description de la Mésopotamie, d’après ce qu’ils en ont entendu dire, ou tout au plus après avoir fait un trèscourt séjour dans le pays. Nous croyons que les renseignements du Taimud sur la Mésopotamie , quelque vagues et incertains qu’ils soient, seront d’une grande
1 Tal. de B., BeraUoth , 59 b, *jrc TD1N taït tOÏÎK ÎTC HNlin
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- Mannerl, lue. cit., p. 2üS.
3 Ibidem, p. 2U6.
LIVRE SECOND. PAYS HORS DE LA PALESTINE 337 utilité pour de futures explorations de ce pays si curieux, théâtre de la première lutte entre le monothéisme et le paganisme.
Le Talmud 1 mentionne une dérivation pour le Tigre également : « En voyant le Tigre au pont de Schcbeslhana, on peut réciter la bénédiction susdite. » Nous ne sachions pas qu’un auteur grec ou latin parle d’une dérivation de ce fleuve.
Canaux.
L’intérieur de la Babylonie proprement dite était traversé par des canaux, dont quelques-uns auraient plutôt mérité le nom de fleuves. La construction de ces canaux y était plus facile, car les deux fleuves commencent à se rapprocher l'un de l’autre dans ce pays. Ces canaux, qu’on désigne dans le Talmud par Nahar -, servaient d’abord de moyen de communication entre les grandes et importantes villes situées sur l’Euphrate et le Tigre ; ils devaient en second lieu suppléer à l’absence de la pluie, excessivement rare dans ces régions, comme nous l’avons déjà dit. Un des plus grands de ces canaux était le Nahar Malha.
Le canal royal, entre l'Euphrate et le Tigre, est appelé
1 mdem, n'r N72 nnj? iro toïn tcno’ücn n7:n rwnn
* Beaucoup de noms composés avec Nahar appartiennent à des localités qui se trouvaient sans doute sur un canal du même nom; nous compterons la plupart de ces noms parmi les villes, comme nous l’avons fait, pour la Palestine, aux noms composés avec le mot Alu.
par les auteurs grecs et latins le « fleuve royal1, » en syriaque et par les talmudistes, Nahar Malkha ou Malka. Nous nous servirons de la dernière dénomination. On l’appelait fleuve, grâce à ses proportions considérables ; Ptolémée 1 le nomme un des trois fleuves de la Babylonio. 11 ne dit point où il commence, mais il le fait couler vers le sud-est, et ajoute qu’en tro la tête de ce canal et son embouchure dans le Tigre il y a peu de terre ferme (peu de distance). Pline dit que le « fluvius regius » se joint au Tigre près d’Apamée 3. Cette dernière localité se trouvait non loin du Schat-el-Arab, et jusqu’à ce point s’étendait la Babylonie talmudique1. Ptolémée place Séleucie sur le canal royal ce qui nous ferait croire, avec Mannert, que Séleucus N'icator, en fondant la ville non loin du Tigre, établit une communication plus directe entre Séleucie et le Tigre. Les traces de cet embranchement du canal royal vers le Tigre, furent encore remarquées par l’empereur Julien, quand il passa par ce pays. « Immédiatement après la séparation de l’Euphrate et du Nahar Malka, Julien traversa un pays sillonné de canaux, et à l’emplacement de l’ancienne Séleucie on remarqua le lit d’un canal, alors à sec et encombré de pierres ; ce canal était à trente stades du Tigre, et est appelé par Ammien, Naarmalcha.
' Fluvius regius ; on l’appelle aussi Armalchar ; cf. Mannert, loc.cit., p. 251.
1 1bidem, p. 25t.
3Nous ne comprenons pas pourquoi M. Forbiger ( Handbuch der alloi Géographie, t. II, p. 615) dit que le canal royal sc joint au Tigre près d'Apaméa d’Assyrie ; en ce cas il devait aller vers le nord-est, ce qui n’est guère possible.
' Cf. ci-dessus, p. 325.
s D'après Pline [II. AT., vr, 2G (30), ce canal se réunirait au Tigre auprès de cette ville, chose impossible, Séleucie étant à quelque distance du Tigre.