LIVRE SECOND. PAYS HORS DE LA PALESTINE
quelconque des passages talmudiques où se trouve le nom d’ Africa. Nous mentionnerons tous ces passages sans formuler aucune conclusion, laissant au lecteur la liberté d’en tirer telle conjecture qu’il lui plaira.
Le Targoum rend le mot Tarschisch1 par Africa; ce qui se rapporte certainement à la partie de l’Afrique, au delà de Carthage, presque en lace de l’Espagne.
Ailleurs, le Targoum de Jérusalem, ainsi que le Midrasch*, traduisent Gomer3, peuplade japhétique, par Afriki. Africa devrait nécessairement représenter ici un pays en Asie. Quelques savants veulent y voir la Phrygie ‘, d’autres l'Ibérie*. Mais la leçon du Midrasch est-elle positive1’’, et le talmudiste ne peut-il pas vouloir traduire simplement Gomra 7 « charbon » par une analogie d’un nom facile, Afriki «habitant des cendres, » de la racine êfer . cendre 8 ?
* Les Septante rendent ce mot par K«p/r,«i>v ; la Vulgale par Carthaginoises. Cf. Wincr, loc. cit., t. Il, p. 603.
* Genèse, x, 2.
:t Bereschith rabba, ch. 37.
1 M. Happoport, Brekh Millin, p. 487; mais nous avons vu (ci-dessus, p. 313) que le Talmud écrit le nom de la Phrygie
M. S. Cassel, magyarische Alterthilmer, typ. III, p. 270etsuiv.; M. Harknvy, dans le Zeitschrift de M. Gcigcr (année 1 867, p. 34 et suiv.). Nous ne voyons pas pourquoi les talmudistes n'auraient pas choisi plutôt l’orthographe Kp'-nj? du mol connu igjy pour désigner l’Ibérie.
6 Nous verrons (ci-dessous, p. 422) qu’ Africa se trouve seulement dans le Midrasch et non pas dans les Gucmares.
7 i cf. Buxtorf, lex. toi., a. v.
* Quelques savants veulent trouver dans la peuplade de Gomer « les Citnmeriens » qu’Homère (Odyssée, xi, 14-19) mentionne comme un peuple enveloppé dans les ténèbres et le brouillard, et chez lequel Hélios n'envoie pas ses rayons. Peut-être trouveraiton une analogie quelconque entre le peuple « enveloppé de té-
LA GÉOGRAPHIE DU TALMl'D
Nous avons vu 1 que le Talraud fait aller les dix tribus en Afrique. « Sanhérib promet au peuple d’Israël un pays comme le leur; ce pays, dit le Talmud, est « Africa *. » Dans ce mémo passage, on veut encore expliquer Africa par Ibérie. Nous ne croyons pas que les docteurs en Babylonie aient eu des connaissances géographiques des pays presque inconnus à cette époque. En outre, on raconte que R. Akiba se rendit en Afrique3, d’où il rapporta une expression tirée de l’idiome du pays, au moyen de laquelle on expliqua un mot biblique. Si « Africa » signifiait, dans le voyage de R. Akiba, l’Ibérie et Ziphrin*, le promontoire Zophirium (en Pontus), ce docteur aurait pu renseigner ses disciples sur la population des dix tribus en Ibérie. Pourquoi R. Akiba, voyageant partout où il y a des communautés juives, ne serait-il pas venu en Afrique, en face de la côte espagnole, où se trouvaient des communautés à l’époque talmudique5, et où elles se sont maintenues jusqu’à l’époque des Ovéonim (dixième siècle), à KaïrowanB, à Fez et ailleurs?
Ce qui est plus étonnant, c’est que dans des passages purement agadiques, quelques savants donnent au mot
Bèbres » et le peuple de « charbon » ou de « cendres. » Nous ne croyons pas que la racine xNo; ou cintu « cendre » se trouve dans le nom de < Cimmcrius. » Les Cimmeriens habitaient une partie de l’Asie mineure et auraient pu être connus des talmudistes.
* Cf. ci-dessus, p. 372.
* Tal. de Jér., Sctebitik, vi, 1. «pnON u omtO pt<
3 Cf. ci-dessus, p. 300.
I Cf. ci-dessus, p. 391 .
3 Les Juifs faisaient le quart de la population de Cyrèno (I Macch., xv, 23; Josèphe, c. Ap., II, 4). Il y avait à Jérusalem une synagogue des Juifs de Gy rêne (Actes, II, U); vj, 9).
6 M. Kappoport, op. cil., p. 180.
LIVRE SECOND. PAYS HORS DE LA PALESTINE 41)3 « Africa » une signification authentique, au lieu de le considérer comme une expression vague de l’agadiste. « Guirgassi, dit un agadiste1 *, avait confiance en Dieu, et émigra en Afrique, quand Josué le somma de quitter le pays. »
Dans un autre passage on dit - : « Les enfants d’Afrique se sont présentés devant Alexandre le Grand pour disputer la Palestine aux Juifs, disant que leur père était Chanaan, et possesseur de ce pays. » Comment peut-on supposer que l’agadiste ait pris le rôle d'historien, en faisant allusion à la colonie phénicienne de Carthage, descendant de Chanaan 3, ou aux Ibériens 4, qui se disent être la postérité du roi David et de sa famine Bath Sebaî L’agadiste, dans le dernier passage, veut probablement parler de la dispute entre les Samaritains et les Juifs5, à l’époque d’Alexandre le Grand, et ne se souciant pas de parler ouvertement contre les Samaritains, dans la crainte d’attiser leur haine contre les Juifs, il se sert de l’expression vague : « les enfants d’Africa. »
Alexandre le Grand est souvent le sujet de la légende talmudique. On lui fait tenir une conversation avec les sages de l’Orient ; « Entre autres questions, il » leur demande par quel chemin il pourrait se rendre » en Africa. Les sages lui répondent qu’il serait ar-
i Tal. de Jér., Schebiith, vi, 1. rT-prfT P j'DKlTI TO’O Wf
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S Mcgnillath Taanilh, ch. n; Tal. de Bab., Sanhédrin , 91 b.
3 M. Rappoport, op. cil., p. 184.
l M, Harkavy, art. précité, p. 36. Vouloir trouver dans le nom Qéorgcü (nom du peuple aborigène d’Ibérie], c’est pousser plus loin l’Agadah que l'agadiste lui-même.
8 M. Munk, la Palcttinc, p. 483.
LA GEOGRAPHIE DU TAl.Ml'ü
» rèté par les « montagnes pleines de ténèbres 1 . » » Mais comme il insista, on lui conseilla de prendre » des mules libyennes, qui ont l’habitude de marcher » dans l’obscurité. Attache, ajoute-on, des cordes2 au » point de départ, et déroule-les, afin que tu saches » par quel chemin revenir. Après avoir suivi le conseil » des sages, il arriva ainsi au royaume des femmes 3 » auxquelles il voulait taire la guerre. Ces femmes lui » dirent : Si tu nous lues, tu auras tué des femmes; si » nous te tuons, le grand roi aura été tué par une » femme. Apportez-moi du pain, leur dit-il; elles lui » apportèrent du pain en or sur une table en or. » Mange-t-on donc de l'or chez vous? leur demanda- » t— il. Mais si tu avais voulu manger du pain ordi- » naire, tu aurais pu rester dans ton pays, lui répondit- » on. Quand Alexandre quitta cette ville des femmes, il » écrivit sur la porte de la ville : Moi, Alexandre, j’étais » un insensé, et j’avais besoin que les femmes m’ap- » prissent comment vivre. »
Peut-on douter que l’agadiste ne veuille parler ici d’une contrée peu connue4? On racontait les expéditions
l Toi. de Bab., Thamid, 31 b : Vayikra rabba, cli. 37 et Pesiklha (rase.) sect. IN “lir :
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••• nrm ]1ipc n’ricip ppeîi ’pnoK ncri mn- Celte agadah est aussi ancienne ( peut-être même plus ancienne) que celle du Tnlmud de Babylone.
* Rappelle le fil d’Ariane.
:l Le royaume des Amazones n'est pas seulement sur la mer Noire, mais aussi en Libye. N'oublions pas que Carthage fut fondée par une femme.
• Le mot x^j'Dlp dans la Pesiktha militerait pour l’idée de M. Rappoport ( Erekh Milliu, p. !8o) qu' Alexandre, d’après la lé-