LIVRE PREMIER. LA PALESTINE
fond avec la Schefélah de la Bible 1 . Nous parlerons de la situation physique de ces deux dernières plaines quand nous arriverons à la division physique des provinces de la Palestine.
La plaine de Sharon. Le mot Sharon, qui signifie lui-même « plaine, » est employé pour désigner trois différents territoires, savoir :
1° La plaine au delà du Jourdain, habitée par la tribu de Gad2.
2° Le pays compris entre le mont Thabor et le lac de Tibériade, d'après Eusôbe et saint Jérôme 3.
3° La grande plaine sur la côte de la mer Méditerranée, qui s'étend depuis Lydda jusqu'au mont Carmel, d’après saint Jérôme4.
J .a beauté de cette plaine superbe, couverte de champs fertiles et de prés fleuris, a déjà été célébrée par la Bible qui n'en parle qu’en termes magnifiques et qui réunit dans le même sentiment d’admiration et la plaine et le mont Carmel5. Quand le Cantique des Cantiques0 veut peindre l’état éblouissant de la jeune épouse, il ne trouve pas de meilleure comparaison que celle des fleurs de Sharon. Pour donner une image saisissante de l’immense désolation de la patrie en ruine, le prophète met sous nos yeux la plaine de Sharon changée en un désert. * Le pays est en pleurs et languit; le Liban est confus
i Josué, xi, 16.
*1, Chroniques, v, 16.
3 Otwmasticon, a. v. Saron : Usque in præsentem diem regio inter montem Tabor et stagnam tiberiadis Saronas appellatur.
'Reland, Paleestina, t. I, p. 180, 370.
5 Isaïe, xxix, 2.
* Cant. des Cantiques, il, 1.
et coupé; Sharoa est devenu comme une lande, et Basan et Carmel sont vides1. »
Le prophète veut-il, au contraire, parler de la restauration du pays, il se sert* des mots : « Sharon redeviendra un pâturage pour les brebis. » Saint Jérôme 3 dit que le pays entre Lydda, Joppé et Jamnia, est bon |>our le pâturage. Les Talmuds 4 prétendent que les veaux pour les sacrifices provenaient, pour la plupart, de la plaine de Sharon. Aujourd’hui encore on trouve au sud de Césarée, dans la plaine de Sharon, de plantureux pacages couverts de trèfle et de fleurs de différentes espèces3. On cultivait aussi la vigne dans ce pays ; les Talmuds disent qu’on prenait le vin de Sharon mêlé d’un tiers d’eau6 . On le conservait dans des vases d’une espèce particulière.
La Mischna 7 parle des cruches de Sharon dont dix sur cent, dit-elle, étaient mauvaises. Ces cruches étaient faites d’une espèce de terre argileuse d'une qualité inférieure probablement. Le pays fournit, comme toutes les vastes plaines, peu de pierres de construction; les briques dont on se servait pour bâtir les maisons devaient donc être faites avec la même argile inférieure. Elles ne résistaient pas suffisamment aux intempéries des saisons, aux vents des côtes exposées à la mer, ni aux longues pluies de l’hiver. Les reconstructions étaient un fait général 8 et très-connu ; aussi les habitants ne jouissaient
< Isaïe, xxxixi, 9.
* Ibid,., lxy, 10.
3 Commentaires sur Isaïe, ch. 33 et SS.
* Tel. de Bab., Menuhuth , 87 a.
5Monro, A sumnur ramliein Syiïa, l. I, p. 7S.
Tal. de Bab., Sabbat A, 70 a.
1 Baba bathra, vi, 2.
* Tal. de Jér. Sot ah. vin, 7; Tal.de Bab., mime traité , 43 a et 44 a.