PRÉFACE XXXI
pourrait comparer le Tnlmud, ou doit nécessairement répondre qu’il n’a de rapport avec aucune de celles qui nous sont parvenues. Pour les détails, on trouve certainement quelques ressemblances dans des ouvrages très-différents : Ainsi, saint Ambroise, par exemple, a la même subtilité que les docteurs du Talmud pour l’application des versets bibliques aux sujets agadiques ou mystiques; les traités des sacrifices ne sont pas sans analogie avec les Brâhmanas; la finesse recherchée des traditions ressemble à la Sounna. Mais le Talmud pris dans son ensemble, est un monument unique en son genre. Une analyse en serait impossible, et l’on pourrait plutôt dire ce qu’il n’est pas que ce qu’il est. Il suffit d’en traduire la première page venue pour comprendre avec quelle irrégularité étonnante il a été composé. Je dis étonnante, car dans une même page il contient souvent des axiomes et des observations sur dos matières absolument différentes et complètement étrangères les unes aux autres.
Quant à la langue talmudique, composée de plusieurs idiomes, elle est tantôt trop concise pour un développement logique, et d’autres fois trop surchargée de particules pour que la phrase puisse être suffisamment serrée. La véhemence orientale dans la dispute et la discussion, où le mot de bonne foi n’a guère de sens, ne cherchant que des contradictions systématiques, c’étaient là des éléments inconciliables avec une sérieuse méthode. Puis les attaques personnelles, qui ne sont pas rares dans le Talmud, devaient nécessairement aussi transporter la discussion sur un autre terrain. N’oublions pas non plus que, dans la rédaction du Talmud (si toutefois nous pou-
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vons nous servir de ce mot de rédaction), on admettait sans examen toute sentence prononcée par qui que ce fût. Nous trouvons ainsi les idées les plus justes et les plus élevées à côté des absurdités les plus choquantes.
Mais, pour prendre le bon côté des choses, c’est peutêtre la grandeur d’un livre que cette impartialité, et l’on ne voit vraiment pas une raison suffisante d’attaquer l’œuvre dans son ensemble, parce qu’il a plu à tel docteur, sous l’impression du moment, de se montrer ardent et intolérant envers les païens, ou parce qu’on a inséré dans ce vaste ouvrage des formules de sorcellerie ou de magie apportées par quelque autre rabbin de son pays natal.
Longtemps encore le Talmud restera un fond inépuisable de notions précieuses sur un long espace de sept ou huit siècles (ISO a v. J.-C., 170 ap. .J.-C.). sur des peuples divers et sur des coutumes les plus opposées. Le Talmud, comme nous l’avons vu, est le travail de sept à huit siècles et un recueil de notions apportées de tous les pays. L’Agadah, par les proverbes, les paraboles et les formules magiques, servira plus d’une fois à faire des études comparatives. La philologie sémitique ne peut se passer de ce trésor où figurent tant d’idiomes; on peut même dire que le Talmud serait aussi d'une certaine utilité pour la philologie aryenne. On a retrouvé des mots talmudiques dans différentes inscriptions sémitiques, « mais, comme M. Renan le remarque le dépouillement lcxicographique et l’analyse grammaticale de la langue talmudique, d’après les principes de la philosophie moderne, sont encore à (aire. » « On ne peut nier.
• Histoire générale des langues sémitiques (3'éd.), p. 233.