LIVRE PREMIER. LA PALESTINE
Le Midrasch 1 * nomme trois endroits dans lesquels Adrien avait placé des postes pour arrêter desfuyards, ce sont: Hamtlian, Kefar Lekitia et Betli-El de Juda. Nous croyons pouvoir identifier ces trois localités avec les endroits d ’Emmaüs, Kefr Liikyeh* (près Noba) et le Beth-El en Judée. En effet, la Galilée étant occupée par les légions romaines, en même temps que Jérusalem, il ne restait aux fuyards que les chemins vers le Jourdain ou vers l'intérieur de l’Idumée où nous les trouvons effectivement dans la province de Gabalène. La plaine de Reth-Rimmon, où, selon le Midrasch, Adrien fit massacrer les juifs, est peut-être la plaine de la ville de Rimmon, au sud de la Palestine3. Ce récit duMidrasch est fort admissible; on avait promis la liberté aux juifs qui s'étaient rendus; on leur ordonna de se réunir dans la plaine de Reth-Rimmon, là on les massacra; peu d'entre eux échappèrent et parvinrent sans doute dans la province de Gabalène, cette même Gabalène qui sera déserte, dit le Midrasch 1 , à l’époque messianique. Les lieux funestes aux juifs furent en partie abandonnés par eux ; peut-être leur défendit-on le séjour dans ce pays, et la Galilée hérita des privilèges de la Judée. Le tribunal suprême avait été précédemmet transféré à Ouscha, en prévision de la guerre, comme on le verra dans notre partie historique.
njTS, Estaol et Çarah sont des villes appartenant à la tribu de Juda3 et plus tard à DanB. La der-
1 Midrasch EUa , n, 3. «pm *\S‘ P'Z) "031 jnOn
î Cf. la carte de M. Van de Velde.
sjosuè, xv, 32; Zacharie, xiv, 11.
i Cf. ci-dcssus, p. 100.
SJosué, xv, 33.
B Ibidem, xix, 41.
116 LA GÉOGRAPHIE I>It TALMfP
nière était le lieu natal de Samson 1 qui est enseveli entre ces deux villes4. Elles sont situées, selon Eusèbe1*, vers Nicopolis, à dix milles au nord d’Eleuthéropolis. Les Talmuds * signalent ces deux endroits comme deux montagnes que Samson aurait déracinées et broyées. Nous n'avons pas besoin de répéter qu'il faut prendre ces affirmations dans un sens légendaire.
Vf?, Lehi est un endroit dans le pays des Philistins11. Le mot Lehi signifie « mâchoire » et Lehi portait ce nom, à cause de la source qui jaillit de la mâchoire d’âne avec laquelle Samson frappa les Philistins1'. On l’appelle aussi Ramath Lehi. Aquila et Symmachus traduisent Lehi par S-.a-fév. Josèphe7 connaît cet endroit sous le même nom. Glycas8 raconte que de son temps on montraitdansun faubourg d’Eleuthéropolis cette source, sous le nom zrrf j Sia-'ivsç. Antonin le martyr9 a mentionné également la même source à Eleuthéropolis.
Quelques talmudistes 10 croient que cet endroit est a | .pelé Makhthesch, ils s’appuient sur le verset biblique 1 1 : Dieu fendit une des grosses dents (srccn) de la « mâchoire. » Voilà une déduction bien puérile; nous la signalons pour montrer aux lecteurs qu’il ne faut accepter les données géographiques du Talmud qu’avec une extrême réserve.
'Juges, xnt, 1.
* Ibidem, xvi, 31.
3 Ono?n., s. v., Esthaul.
* Tal, de Bal).. Sctah, 9 b.
s Juges, xv, 9.
'•Ibidem, 17.
* .isf.,V, vin, S, 9.
8 Annal., u, 164.
9 Cf. Roland, Paleslina, t. II, p. 87 2.
10 Bcreschitk rabba, chap 48.
'•Juges, xv, 19.
§ 4. — Le# ville** ver» le «ud-oufit, sud cl »ud-c*l de Jérusalem.
TU' "©Z, Kefar Aziz, ville ' où vivait R. Ismaël contemporain de R. Akiba. Un autre passage talmudique - nous apprend que R. Ismaël demeurait près de la province d’Idumée ; Kefar Aziz se trouve donc vers le sud de la Palestine. Nous avons vu :t qu’une partie de l’Idumée, la province de Gebalena, était habitée par les Juifs.
On mentionne dans les Talmuds un endroit appelé Ouza ou Ouzaah '. La liturgie de Kalir 5 parle de la destruction de Kefar Ouziel , ville où se trouvait une station de prêtres. Nous hésitons à identifier ces dernières villes avec Kefar Aziz, bien que R. Ismaël fût de
* Mischna, KUatm, vi, 4. On mentionne dans la même mischna un endroit Bdk Magutnya P’Z) qui était ou une partie
de Kefar Aziz, ou tout près de ce dernier.
-Mischna, Kethouboth, v. 8.
3 Cf. ci-dessus, p. 67.
1 Nliy r*N yriiT, Tal. de Bab., Ncdarim, 38 b. DNIipfp) JlïïniT» même Tal., Yoma, 47 b. 11 est possible qu’Ouza et Ouzaah signifient la ville de Gaza.
5 Eleazar Hakalir est mentionné par Saadyah (X” siècle) comme un liturgiste très-connu. On est presque d’accord que cet Eléazur vivait au moins avant la clôture du Tulmud do Babvlone (cf. Hacarmel , 4° année, p. 67). Il a composé une élégie pour le neuf Ab (jour de la destruction de Jérusalem), dans laquelle il mentionne plusieurs villes où se trouvaient des postes de cohanim. Celte élégie commencepar les motspi^nnSltZn HIw’ HZ’N et est tirée, comme M. Rappcport ( Erekh Afillin, p. 191) le fait bien observer, d'un ancien Midrasch perdu pour nous comme tant d’autres.
118 I.A UKOORAPIIIE DI,' TAI.MLTI
la famille des cohanim 1 et même, selon quelques savants4, fils d’un grand Pontife.
poi, Rimmon était situé au sud de Jérusalem. « En ce jour, dit le prophète3, tout le pays deviendra une lande inculte, depuis Geba jusqu’à Rimmon. vers le sud de Jérusalem.» Geba représente ici, d’après M. deRaumer4. le nord de la Judée, et Rimmon le sud, comme, dans le dicton : « Depuis Geba jusqu’à Beer Seba. » Ce Rimmon appartenait primitivement à la tribu de Juda5, et plus tard à celle de Siméon0. Eusèbe’ le place à seize milles au sud d’Eleuthéropolis. Les Talmuds8 disent que Geba et Rirnmon sont des lieux rocheux. On croit pouvoir l’identifier9 avecüm-er-Roumamim, entre Eleuthéropolis et Beer Seba ; dans le voisinage on voit des sources , raison pour laquelle cet endroit est appelé aussi En- Rimmon10.
Il ne faut pas confondre ce Rimmon avec un autre auprès duquel nous avons placé" la plaine de Beth- Rimmon ou Yadaïm, qui fut témoin des massacres de Bettar. Nous savons que le mot Rimmon « grenade » entre dans la nom de plusieurs villes en Palestine. La plaine de Beth-Rimmon doit plutôt se chercher près de
t Tal. de Bah., Holin, 49 a.
* M, Katzenellenbogcn dans le Hacarmrl, 4' année, p. 29».
3 Zacharie, xiv. 10. Ce passage est difficile et les septante diffèrent de notre texte.
*Palastina, p. 219.
5Josué, xv, 32.
'‘Ibidem, xix, 7; I Paralipomènes. iv, 32.
• Oncm. s. v. Eremmon.
8Tosiflha, Solia, ch. 11.
‘J M. Van de Velde, Mémoire, p. 344 tONéhémie, xi, 29.
«Cf. ci-dessus, p. 100.