CHAPITRE HI
LA SAMARIB.
Cette province, ainsi que nous l'avons vu *, n’est pas comptée dans les Talmuds parmi les provinces de la « Terre d’Israël. » Elle est considérée comme une zone de terre, séparant la Galilée de la Judée, sous le nom de pays des Couthéens *. L’appréciation des docteurs talmudiques sur les habitants de la Samarie varie suivant les époques. Tantôt on les considère comme israélites pour les pratiques religieuses : leurs demeures et leurs bains sont purs; en outre on leur attribue plus de minutie dans l’observance de certaines règles religieuses3 qu’aux Israélites proprement dits; tantôt ils sont complètement exclus de la communauté d’Israël, leur pain même est impur. « Autrefois, dit R. Siméon4, les Couthiim étaient plongés dans de fausses croyances (tout en observant la loi mosaïque), tandis que maintenant ils n’ont aucune idée de la loi. » Les deux nations3
< Cf. ci-dessus, p. 56.
* Tal. de Jér., Schckalim, i, B. On oppelle les habitants de Samarie "~CÜ ; Bcreschith rabba, ch. 32, 90.
3 Même Talmud, Pesahirn, i, 1 . .
* Ibidem.
3 Le nom « Samaritain» est déjà une injure; cf. Évangile selon saint Jean, vm, 48.
LA GEOGRAPHIE DP TALMl'D
s’accablaient réciproquement d’injures. « Mon âme liait deux peuples, dit Jésus, fils de Sirach et un troisième qui n'est point un peuple : ceux qui se tiennent dans la montagne de Samarie, les Philistins et le peuple insensé de Sichem. » Cette haine semble prendre son origine à la séparation des deux royaumes de Juda et d’Israël; elle s’envenima par suite de la résolution des Samaritains1 2 de ne plus monter au Temple de Jérusalem et de construire leur sanctuaire du montGuerizim.
Il serait difficile de préciser les différentes époques où les Juifs traitaient les Samaritains comme frères, et celles où ces deux nations se renvoyaient mutuellement les accusations d’idolâtrie , de mensonge et d’autres vices3 4. On ne pourra tirer des déductions certaines pour ce sujet que si l’on parvient à se fixer sur l’époque où les différentes Halakhoth concernant les Couthéens, ont été formulées; questions ardues qui n’entrent point dans le cadre de notre ouvrage. Nous voyons, d’après les récits des Evangiles ', qu’à l’époque de Jésus, les Samaritains étaient tout à fait en dehors de la communauté juive : on évitait leur société, on no prenait point de repas avec eux, et nul juif ne logeait chez un Samaritain. En allant de la Galilée en Judée, les juifs évitaient de passer par le territoire de Samarie5. Les Samaritains, de leur côté, rendaient aux juifs leurs mépris et leurs taquineries. Ils allumaient, raconte la
1 Ecclésiasto, l, 26 et 27.
zjosèphe, Ant., XII, v, 5.
3 Ibid., ix, 14, 3; Tal. de Jér., Abodah Zarah , v, 4.
4 Saint. Matthieu, x, S ; les Gentils et les Samaritains sont mis sur le même rang. Saint Luc appelle le Samaritain « étranger » (iXXoT£yr|S;.
SCL Wiuer, Bibl. realiccertcbuch (3* éd.), t. II, p. 372.