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LA DIPHTONGUE AU DANS LA BASSE-AUVERGNE

D'après une enquête personnelle.

Limite septentrionale extrême de la conservation du son au (âoul

lllllllllill Réaion où est conservée la diphtongue au (âoul Intacte ou ébranJée. + Ilot? d' , Ld«-ï dl

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y voir une première altération de cette dernière diphtongue, dans les patois rebelles à l'évolution vers œu, et qui a dû faciliter, sinon toujours précéder, la monophtongaison en o. A noter aussi que sur la lisière du domaine aou il se manifeste une tendance à la contraction, par la voie aou > ao > o. Il faut remarquer également que l'unique ou première voyelle du type oou, œu — o, œ, peut être ouverte ou fermée, ce qui complique la répartition des formes, tout en aidant à expliquer l'évolution. Dans la carte ci-jointe, nous n'avons pas tenu compte de ces deux séries de variables, pour ne pas compliquer le schéma.

Enfin et surtout on ne doit jamais perdre de vue que les évolutions phonétiques ne constituent pas un mécanisme d'une régularité absolue : les transformations sont troublées presque partout, plus ou moins, par des éléments externes — influences du français, actions spéciales à tel ou tel mot, etc. — qu'il faut avoir sans cesse présents à l'esprit, sous peine de trébucher dans des « mirages (1). »

Que conclure d'un ensemble de faits aussi complexes? Il apparaît d'abord que les patois de la haute montagne, les plus reculés, se révèlent les plus archaïsants et que l'action du français, ici comme ailleurs, a emprunté les grandes voies géographiques, en remontant des plaines aux vallées. Mais en dehors de ces considérations élémentaires, on ne saurait méconnaître le rapport qu'il y a entre le changement de aou en œu dans la basse Auvergne et le phéno-

(1) Remarquons aussi que la présente carte ne s'applique qu'à au tonique. L'au de chausir (choisir) se comporte ditt'éremment de Vau de chaiisa : ainsi l'aire de oeû (qui ici passe à û) est beaucoup plus vaste à l'atone et réunit les trois plateaux précités, englobant, outre les patois qui ont (jeii, m à la tonique, un certain nombre de ceux qui ont o. Le rapprochement des deux cartes coniirme ainsi l'unité primitive des aires toniques œû, ce et apporte de précieux enseignements pour l'évolution régionale de la diphtongue.

mène beaucoup plus général qui a transformé u latin (= ou) voyelle indépendante, en û [u français) dans toute la Gaule romane et l'Italie du nord-ouest vers les x^-xi^ siècles. Le fait que cette transformation a atteint, dans une partie de l'Auvergne, l'w élément de diphtongue ne tendrait-il pas à établir que cette région — étant donnée l'origine celtique du phénomène général — avait reçu une colonisation gauloise particulièrement dense? Ce qui peut appuyer encore cette hypothèse, c'est que l'évolution au > œû ne se rencontre ni dans la haute montagne, où les Celtes n'ont pas pénétré, ni dans les basses vallées où ils ont été submergés plus tard par la colonisation romaine, puis germanique, et où les patois restent attachés aux types aou et oou jusqu'au jour où ils tombent dans l'attraction du français. Le phonème œû, ce s'observe sur Ips plateaux moyens où abondaient les oppida et habitats celtiques (Gergovie, Tallende, Corent, Coudes, etc.). Ce n'est là encore, répétons-le, qu'une hypothèse, qu'on doit envisager avec la plus grande prudence. Mais elle suffît à donner un aperçu de ce que peut contenir en germe une carte phonétique (1).

Le tableau de la variabilité du langage ne serait pas complet si l'on ne rappelait, pour l'achever, les divers langages qui peuvent se superposer et s'influencer réciproquement sur un territoire donné.

Nous ne reviendrons pas sur la segmentation en raison des milieux sociaux, qui s'ajoute, sur un autre terrain, à la segmentation géographique, et dont nous avons déjà parlé (2). Mais en dehors de ces

(1) On pourra prendre aussi, comme exemples d'une grande variété phonétique, les caries du Petit Atlas phonétique du Valais roman de M. Gilliéron.

variétés plus ou moins accentuées produites par la profession, Fàge ou le sexe, le milieu social, etc., il est bien rare qu'un seul type de langage soit parlé — j'entends même : parlé couramment ~ dans une localité donnée. Ce n'est guère le cas, dans l'Europe occidentale de notre époque, que pour les grandes villes avec une zone environnante plus ou moins vaste, qui, pour le français, s'étend très loin. Si l'on s'en tient à la conscience linguistique des sujets parlants, qui est le meilleur critère d'ordre social, les patois ne commencent à l'ouest que dans la Sarthe et le Bocage normand, au nord en Picardie, à l'est en Lorraine, au sud dans le Berri. La vaste région centrale n'offre plus, sur les débris des anciens parlers détruits par la langue de la capitale, qu'un français régional, charriant plus ou moins d'alluvions indigènes selon les lieux ou les individus. Sans doute le bourgeois parlera ici une langue plus voisine du parisien que le paysan; mais l'un et l'autre ont conscience de n'employer qu'un même idiome, avec des gradations et des nuances. Ni l'un ni l'autre n'est bilingue, et si le villageois peut éviter certains termes ou certaines formes jugés vulgaires ou grossiers (tout comme l'ouvrier de la ville), lorsqu'il est en bonne compagnie, c'est toujours de la même langue qu'il se sert, et il n'en connaît pas d'autre.

Au contraire, si l'on s'éloigne davantage, le bilinguisme devient la règle. L'indigène parle patois et français, comme ailleurs patois et italien, ou patois et allemand classique. La connaissance des deux langues varie d'ailleurs à l'inlini suivant les lieux et les époques : la langue littéraire était d'abord l'apanage d'une minorité cultivée (comme c'est encore le cas dans certains coins du sud italien et la majeure partie de l'Espagne); puis les paysans la comprirent peu à peu, ensuite la parlèrent, enfin l'écrivirent; à son tour l'usage des patois abandonne peu à peu les classes cultivées et est déjà sorti des milieux

ruraux eux-mêmes dans certains cantons suisses, qui retournent ainsi au monolinguisme par une voie un peu différente de celle qu'ont suivie les environs des capitales.

Sur les frontières, les limites politiques des nations, pour des raisons d'ordre historique et social, ne coïncident pas toujours exactement avec les zones d'influence des langues littéraires. Ainsi le français, qui fut pendant longtemps la langue officielle de la dynastie de Savoie, au moins pour ses possessions occidentales, a, de ce fait, débordé sur l'Italie. De même le français était fort répandu en Alsace avant l'annexion de 1870. Comme chaque Etat s'efforce d'enseigner sa langue à ses nationaux ou à ses sujets, il arrive dans ce cas que la population de régions frontières devient trilingue, au moins en partie : sur la frontière italienne on parle couramment patois, français et italien ; nombre d'Alsaciens-Lorrains parlent à la fois l'alsacien, le français et l'allemand.

La situation linguistique se complique encore dans certains pays, du fait de l'existence de langues régionales, conditionnées, comme en Italie, par la présence de grandes métropoles, jointe à une unification politique tardive. Le vénitien, le milanais, le génois, le turinois se sont progressivement répandus sur toute la sphère d'action politique et sociale de la métropole, se superposant aux patois dès que ceuxci apparaissaient nettement distincts. La vitalité de ces langues régionales reste très grande : le piémontais de Turin est encore la langue la plus usitée par la bourgeoisie de Turin et du Piémont (1). 11 en

(i) On s'est demandé (M. Rousselot, M. Léo Spilzer), si en recueillant les patois corses M. Edmont n'avait pas été influencé par la langue régionale, le toscan, ce qui expliquerait l'uniformilé remarquable des parlers qu'il a recueillis, en contradiction avec la situation ori/graphique du pays. M. Gilliéron a répondu (Généalogie..., p. 2). La question reste a élucider sur place. Cf. p. 1.^2.

résulte pour les zones frontières un polyglottisme des plus curieux. Dans la vallée d'Aoste, par exemple, le paysan parle couramment quatre langues : patois, piémontais, italien et français (ce dernier appris à l'école comme l'italien, parce qu'il est nécessaire pour l'émigration) ; dans certains coins de la vallée (Gressonney), le patois est germanique. Ce polyglottisme est ici la chose la plus naturelle du monde et s'acquiert sans effort et sans gêne, ce qui est la meilleure réponse aux objections formulées contre la dualité de langues internationales vivantes.

Naturellement ces divers langages exercent les uns sur les autres des influences réciproques, qui ajoutent à la complexité des matériaux à mettre en œuvre par la géographie linguistique.

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