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LA PALATALISATION DE C DEVANT A LATIN DANS LA GAULE ROMANE

D'après VAllas linguistique et divers travaux (1).

langues non romanes louSi)., basquc;à 10. .breton; au NO.anglais; au N.

flamand ; au N E cl E, allemand )

Rcqions où C (k) devant a latin sesl conservé (Canter. cantg)

■*' esi devenu tch ou tchv (tchanta )

d? ts (tsanta )

__ ordinaire ou interdcntal .

. st istanla).

ch ( chanter, chanta).

" limite septrnirionale el mcridionak de la conservation de Clkldcvanl

a latin .

Vu l'échelle très ré<furfe,i/n-^pu elre tenu compte despeilts liais phonelK^ues, ni des pârlen a sér/es mixtes .

(1) Enquêtes de A. Thomas sur la Creuse, de l'auteur et de B. Petiot sur le Puy-de-Dôme, de l'abbé Devaux sur le Dauphiné septentrional, de Ch. Roussey inédite) sur la Franche-(Jomtc ; Dictionnaire savoyard de Constantin et Désormaux, etc. La limite du norraanno-picard a été tracée d'après Joret et Grœber.

s'y montra réfractaire; par contre, elle s'étendit très loin dans les autres directions, entama le provençal (Limousin, Auvergne, Velay, etc.) et déborda largement sur les Alpes. Ce phénomène, qui a amené can /a?' à chanter, vacca k vache, etc., affectait essentiellement c placé devant a. De nouveau l'évolution s'est scindée, suivant les régions, en deux types : tch, son de l'ancien français (pron. tchanler...) conservé au sud, mais réduit à ch en français moderne; ts, conservé dans de nombreux patois limousins, auvergnats, francoprovençaux, changé parfois en st, ou s (généralement interdental). La carte ci-jointe montre la répartition actuelle, de prime-abord assez capricieuse, des trois phonèmes tch, ts (et ses dérivés s, st), ch. Ici encore, on a longuement épilogue sur le rapport entre ts et tch. La géographie linguistique, confirmant comme dans le cas précédent la théorie de M. Paul Passy, a levé tous les doutes : l'inspection de la carte permet de reconstituer à première vue, comme pour la carte centum, l'existence d'une ancienne aire homogène tch (1), dont les débris se retrouvent dans les contrées les plus archaïques, comme les Vosges et le Jura du Nord, les hautes Alpes, le haut Forez, le Gévaudan, la haute Marche, tantôt adossée à la région provençale du k, tantôt contiguë à la vaste zone du ch. Le son ts s'est développé dans les vallées : bas limousin, Limagne, région de Lyon et de Genève; dans le bas Forez, le Lyonnais et le Viennois, il a été refoulé récemment par une violente poussée du ch français, qui coïncide exactement avec la région industrialisée depuis le xviii^ siècle.

Reste à élucider une question des plus intéressantes : celle de la barrière normanno-picarde. On a remarqué depuis longtemps que la limite entre ch

(1) Avec sa variante tchy, qui représente une étape antérieure et que nous n'avons pas notée sur la carte ci-jointe, à cause de la trop petite échelle de celle-ci.

picard et s [c doux) français [chent, cent) et celle entre k (cl picard et cli français (canter, chanter) coïncidaient, à très peu près, sur tout leur parcours. On a d'abord pensé qu'il existait une corrélation phonétique entre les deux phénomènes : à l'examen, il n'en est rien. En posant le problème suivant les méthodes nouvelles, les faits apparaissent sous un nouveau jour.

Que s'est-il passé en effet? Lors de la première palatalisation qui a amené k a tch (série centum) — mettons au v® siècle — le phénomène a gagné toute la Normandie et la Picardie sans y rencontrer aucune zone d'arrêt. Au contraire, quand, un peu plus tard, se propage, venant aussi du sud-est, le changement de tch en /s, celui-ci se heurte aune barrière; le barrage arrête aussi l'innovation. A; > tch de la série cantare, qui arrive de la même direction. Or ces deux phénomènes ont dû être k peu près contemporains; le second s'est produit aux vii*-viii* siècles. Plus tard, la barrière linguistique est tombée, puisque nous voyons des palatalisations modernes comme tchuré (pour curé) gagner la Normandie.

Le problème se précise donc : pourquoi, aux alentours du VII" siècle, s'était-il formé une digue linguistique (allant, grosso modo, de Granville à Mons par Evreux et Beauvais), qui n'existait pas deux siècles plus tôt et (|ui a disparu dans la suite? Cette barrière, — fait plus curieux, — en dehors peut-être du Bocage normand à son extrémité occidentale, ne correspond à aucune frontière géographique naturelle, ni à aucune grande division politique et sociale de l'époque (1). Pieste une hypothèse, celle d'une frontière ethnique, constituée par une forte colonisation franque et saxonne massée au nord-ouest de cette ligne : à l'histoire delà vérifier. Après l'assimilation,

(1) Elle coupe plusieurs diocèses ou anciens papi. Rappelons que la Normandie ne fut constitU'.'c que beaucoup plus lard, en 911.

forcément assez lente, de cet élément allogène, la barrière aurait naturellement disparu. Notons, en tout cas, qu'à partir de l'époque où les Germains ont fusionné avec les Gallo-Romains (ix* siècle environ), les parlers de France se sont montrés rebelles, pendant des siècles, aux phénomènes de palatalisation (1), qui ont recommencé à l'époque moderne.

La géographie linguistique est en voie de renouveler complètement l'étude des conditions qui ont présidé à la romanisation de l'Europe occidentale au cours des premiers siècles de notre ère.

A côté de la distinction primordiale, depuis longtemps acquise, en latin classique et latin vulgaire, voici qu'elle met en- relief une autre opposition, chronologique cette fois, entre deux couches successives : latin païen et latin chrétien. Le christianisme est une révolution qui a transformé complètement le langage. Nous avons vu (2) comment le latin vulgaire, à partir du iv^ siècle, remplaça par exemple, sous l'influence du christianisme, saturni-dies par sabbatidies (samedi) et plebs, au sens de communauté d habitants, par parocAia; de même parabolare a. remplacé fabulare iparler;. Les nouveaux venus sont souvent empruntés au grec, voire à l'hébreu; comme on le voit par les exemples précédents, on les rencontre dans des mots usuels de toute sorte, ce qui prouve que la transformation s'est étendue bien au delà de la langue religieuse.

On remarquera enfin que naalgré la puissance du

(1) A tel point qu'un mot savant comme pallium, introduit vers le ix' ou x* siècle, ne mouille pas son / comme pa/ea (paille) le fit en latin vulgaire, mais opère la métathèse pâlie, païle, d'où poêle (dans : cordons du poêle).

christianisme naissant, les mots du latin chrétien n'ont pas eu, en moyenne, une force d'expansion aussi grande sur tous les points que ceux du latin païen : plebs n'a pu être éliminé de l'Italie du Nord et de la Rhétie (on va voir pourquoi) ; sabbati-dies n'a pas gagné la Grande-Bretagne; parabolare n'a pu chasser de la péninsule ibérique fabidare, qui s'est conservé dans l'espagnol hablar. portugais fallar. Cela tient à ce que l'unité romaine fut brisée à partir du V' siècle, au moment où le christianisme atteignait à son apogée; les relations étaient coupées avec la Grande-Bretagne, pour ne reprendre que plus tard.

Le latin chrétien lui-même ne présente pas une unité parfaite, ni chronologique, ni géographique. Les premières communautés chrétiennes, dans le monde occidental romain, furent d'abord surtout helléniques, de langage comme de traditions. Le latin chrétien qui se forma aux ii*-iii^ siècles dans les régions méditerranéennes, était donc farci de termes grecs comme ecclesia, parochia, pentecoste, presbyter, baptisma, etc. Au fur et à mesure que le christianisme, s'étendant vers la Gaule du Nord, la Rhétie, la Pannonie, s'éloignait de la Méditerranée où le grec était plus ou moins compris, il devenait nécessaire de traduire en langue courante les termes de la langue religieuse : ainsi ecclesia fut traduit et remplacé par basilica (d'origine grecque aussi, mais adopté depuis longtemps par le latin), parochia par plebs, pentecoste par quinquagesima. Ce latin chrétien de seconde formation a prévalu dans l'église de Rhétie, d'où les formes romanches actuelles : baselja, église ; plaif, paroisse; Tschunqueisma, Pentecôte, etc. En Gaule, par la suite, ce fut au contraire le latin hellénisé de l'église de Lyon, plus puissante, qui l'emporta sur le latin religieux reformé des églises de Tours et de Reims ; mais celui-ci a laissé des traces dans des noms de lieux de la France du Nord,

relatifs à des sanctuaires vénérés, comme la Basoche, Baseuche, etc., qui représente basilica (1).

Il y a longtemps que les romanistes ont dû renoncer au dogme, longtemps en faveur, de l'unité du latin vulgaire au point de vue géographique. Les divergences qui se sont accusées plus tard dans le développement original de chaque groupe roman, existaient en germe, dès l'origine, dans chaque province. On remontera à leurs débuts et à leurs causes en reconstituant les étapes et le processus de la romanisation.

La romanisation de la Gaule, de l'Espagne, etc. fut beaucoup plus complexe qu'on ne le croyait jadis. Ce n'est pas tout de dire qu'elle s'effectua par l'organe des colons, des commerçants, des légionnaires : encore faut-il savoir comment ceux-ci étaient répartis. Le rôle des légions, massées presque toutes sur les frontières, fut presque nul pour la romanisation à l'intérieur ; il fut au contraire capital pour l'exportation des mots latins en germanique, en celtique de Grande-Bretagne, etc., comme pour l'importation des termes germaniques en latin : les légions, avec les commerçants qui gravitaient autour d'elles, furent le grand instrument déchanges linguistiques entre le latin et ses voisins.

A l'intérieur, la romanisation s'opéra en suivant les grandes voies de communication et en rayonnant autour des centres de colonisation, centres commerciaux, politiques, religieux, créés et surtout développés aux bons endroits ; les campagnes ne furent gagnées que très tard.

Eu Gaule, la romanisation commença par la Pro-

(1) Cf. Jud, Problème... et Zur Geschichte... (Voir à la Bibliographie).

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