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AIRES DES CRÉATIONS LYONNAISES

)'après V Atlas linguistique et des recherches personnelles.

ToijfJouse.

Limite de l'aire caya -truie l/Aire lyonnaise minima) , LimilesfO.et N.E.) du type latin «ulgaire. ^ a,>eq

Lacrimusa = lézard qrisi |„Ill,5i,__ Limifes ( E.et NE) du type, lalin vulqair^e. tenn'e"

Anevoliu = orvet. J "'"j»-"">--» -

Limite occidentale de Teta brebis lAirc lyonnaise maxima).

îjincia (bas Languedoc), OÙ la colonisation était importante lors de l'arrivée de César ; la Provence actuelle, soumise à l'influence de colonies grecques, n'a joué qu'un rôle secondaire jusqu'au jour où elle fut latinisée à son tour. Le principal courant remonta naturellement le Rhône et la Saône, d'où il se subdivisa en branches latérales gagnant à l'ouest la Loire, la Seine, au nord la Meuse, le Rhin, à l'est l'Helvétie ; un autre courant, moins important, se dirigea sur Bordeaux par le col de Naurouze et la Garonne. Dans cette répartition, l'ouest et le Massif Central étaient sacrifiés : c'est dans ces contrées, en effet, qu'ont le mieux survécu ou le plus longtemps résisté les éléments celtiques.

Les deux principaux centres de romanisation en Gaule furent d'abord Narbonne, colonie fondée en 118 avant Jésus-Christ et longtemps métropole sociale de la Gaule romaine, — puis Lyon, promu au rang de capitale politique par sa situation géographique et qui l'emporta sur Narbonne comme centre galloromain dès le II® siècle, et surtout au iii^. La primauté de Lyon atteint son apogée à la fin de l'empire romain et sous les Mérovingiens, pour décliner peu à peu devant la rivalité de nouvelles métropoles méridionales, Toulouse d'abord qui a supplanté Narbonne (beaucoup plus tard Avignon, Bordeaux, Marseille), — et surtout devant le développement de Paris qui conquiert la suprématie avec les Capétiens. En latin vulgaire, Lyon a plus d'une fois formé des créations spéciales, distinctes de celles de Narbonne. A l'heure actuelle, on peut encore distinguer parfois dans les patois la répartition du type narbonnais et du type lyonnais, qui n"a guère varié depuis l'époque romaine : la limite remonte le Rhône jusqu'en amont du confluent de la Cèze, gagne les Cévennes, coupe le Velay à l'est et laisse le Forez et la vallée de la Loire à l'influence lyonnaise, qui s'étend à l'est sur la Suisse et déborde parfois en Piémont, tandis que

Narbonne commande le bassin de la Garonne et presque tout le Plateau Central ; plus au nord, la délimitation est difficile à opérer, à cause des influences ultérieures, parisiennes surtout, qui ont brouillé la répartition primitive. Ainsi, pour le nom de l'orvet, la forme narbonnaise du latin vulgaire *analoliu s'oppose à la forme lyonnaise *anevoliii (1) ; pour le lézard gris, l'aire langura, qu'on trouve également en haute Italie et dans la sphère d'influence narbonnaise, a été coupée par l'émergence d'une aire lyonnaise lacrimusa, métaphore populaire (2) dont l'existence est attestée, comme la précédente, par Polemius Silvius, écrivain lyonnais du v^ siècle.

L'application du mot latin fêta (femelle qui a mis bas) à la brebis exclusivement est encore un phénomène lyonnais : mais l'examen de l'aire de ce mot, qui atteint au sud-ouest le bassin de la Garonne, montre que l'expression du terme coïncide avec l'apogée de Lyon, à une époque où Narbonne était déchue (3). Au contraire une aire formée à une époque postérieure de plusieurs siècles, alors que l'influence de Lyon avait beaucoup décliné, celle de caya, truie, est beaucoup plus restreinte et n'englobe, grosso modo, que la Bresse, le Lyonnais, le Forez, le Vivarais, le Dauphiné (sauf le bassin de la Durance) et la lisière de la Savoie. C'est l'aire minima, après l'aire maxima, de l'influence lyonnaise (4). La carte cijointe permet de les comparer.

En Espagne, M. A. Griera a reconstitué (5) l'existence, pendant la période romaine, de deux courants

(1) On trouve ce dernier type sous la forme anabutio chez Polemius Sylvius. La finale semble représenter oculus, œil (le mot signifiant « sans œil »).

(2) Signifiant « museau pointu » [l-acri-mus-a).

(3) La phonétique prouve que cette aire était constituée dans son ensemble au vin* siècle.

i4) Pour plus de détails sur les mots précités, je renvoie à mes Essais de gftoyraphte linguistique.

(5) L'esludi de la llengua, Barcelone, 1916.

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principaux : le courant gallo-romain, qui venait du nord-est, le long de la Méditerranée, par Barcelone jusqu'à Valence, et le courant africain, qui remontait d'Afrique en Andalousie et en Gastille. De là proviendrait la divergence très ancienne entre le catalan, dontles dialectes.jusqu'à Valence inclus, se rattachent très nettement au provençal.et le castillan, qui constitue avec l'andalou une autre famille bien distincte.

Les colonies germaniques sont loin d'avoir exercé une influence égale aux foyers de romanisation : c'étaient en général des masses amorphes de colons ruraux, qui s'amalgamaient peu à peu avec la population agricoleindigène et qui s'orientaientautour d'un centre social préexistant où l'influence romaine était prépondérante, La diffusion des mois germaniques s'est donc opérée plutôt par infiltration, en faisant tache d'huile.

Le grand nombre, la dispersion, le mélange des colonies appartenant aux diverses peuplades germaniques, comme aussi l'insuffisance des documents historiques relatifs à leur répartition originaire, rendent très difficile la reconstitution des aires wisigothiques, franques, burgondes, etc.

De nombreux indices nous permettent toutefois de présumer que les Francs étaient surtout massés, au nord, en Normandie (sauf le Bocage et le Perche) et en Picardie jusqu'aux confins des Ardennes. Nous avons vu (1) que la barrière linguistique du normanno-picard constituée aux vii'-viii^ siècles ne pouvait guère recevoir d'autre explication. M. Bruneau, de son côté (2), a relevé des coïncidences frappantes entre certains caractères linguistiques actuels et

(2) La limite des dialectes wallons, champenois et lorrains en Ardenne.

l'habitat des anciennes colonies germaniques. M. Jud enfin a montré comment des mots franciques, tels que sou (du blé), qui a remplacé bren (mot gaulois) au XV* siècle dans la région parisienne, étaient cantonnés pendant le moyen âge dans la région normanno-picarde (1).

Dans le Midi, on peut espérer retrouver l'aire de certains mots d'origine wisigothique. L'une d'elles, qui est assez curieuse et que je compte étudier prochainement, est celle du mot lue, montagne, terme qui n'existe plus guère que comme nom de lieu sous diverses variantes (<wc, tauch, tusse, truc...), et dont la répartition coïncide assez exactement, en France, avec l'extension maxima du royaume wisigothique (2).

L'histoire des mots burgondes sera sans doute plus facile à retracer, car l'habitat de cette peuplade a été plus nettement délimité et fut fixé dès le début. Le Glossaire de la Suisse romande nous fournira à cet égard de précieux matériaux. Les phénomènes sont d'ailleurs plus aisés à étudier pour la Bourgogne transjurane (Suisse romande actuelle), socialement plus isolée, que pour la Bourgogne proprement dite, tiraillée, par la suite, entre diverses influences.

La petite colonie wisigothique du bas Allier, renforcée plus tard par un élément francique, a laissé dans l'Auvergne, le Gharollais, le Bourbonnais, le Berri et jusque dans la Marche un certain nombre de mots germaniques caractéristiques, dont j'ai étudié quelques types (3). Bien que Grégoire de Tours n'ait pas précisé l'emplacement exact de cette colonie, des noms de lieux à suffixe germanique comme i/aringrwes et la reconstitution du foyer d'expansion des mots parla méthode de géographie linguistique permettent

(1) Ci-dessus, p. 152.

(2) Pour la racine germanique du mot. cf. Revue de philologie française, 1920, p. 86.

(3) Romania, t. XLIV, p. 252 et suivantes. Pour amaza, fourmi, voir mes Essai» de géographie linguistique, p. 77 et suivantes.

de situer cet habitat dans la basse Limagne, sur les confins du Bourbonnais, dans la région dite encore le « marais », que les colons goths ont dû assainir et défricher. De tous ces termes d'origine germanique, le plus curieux est le nom de la fourmi, dont; le radical maz, mazde {mayde, mouide) ou mazade est le même que celui de l'allemand ameise : le mot s'est étalé sur le Bourbonnais et le Berri (où fourmi l'a refoulé récemment) ; pourvu de divers suffixes, il s'est propagé dans le Charollais, le Forez, le Lyonnais ; agglutiné à l'ancien suffixe germanique -idi (devenu -ede), il a remonté l'Allier, contournant le massif des Puys et des Dômes, se heurtant à l'est aux hauteurs du Livradois, et remontant en éventail le long de la Rue, de l'Alagnon, du haut Allier. C'est l'aire maxima d'expansion du germanique limanien. Au contraire un mot à aire très réduite, comme bri, bouillon, qu'on ne trouve qu'en quelques points au nord-est de Clermont, nous ramène au foyer d'expansion des mots.

De nombreuses régions ont été soumises, d'une époque à l'autre, à des influences diverses, suivant les vicissitudes du démembrement, de l'agrégat des <( pays », des regroupements politiques et sociaux, et en raison des facteurs économiques.

Le catalan, on l'a vu dans les pages précédentes, est un rameau provençal, par suite des relations étroites qui existaient entre la Provincia, Barcelone et Valence à l'époque romaine. Une cassure politique et sociale se produisit, au nord du Roussillon, au début du moyen âge. Les pays catalans vécurent longtemps une vie à part, à laquelle leur langue doit d'avoir conservé un remarquable archaïsme, perdu depuis longtemps par le provençal. La réunion avec la Castille, qui forma l'unité politique et sociale de l'Espagne, a placé, depuis la fia du xv* siècle, la

Catalogne et Valence sous l'influence castillane, influence dont le mouvement autonomiste actuel cherche à les dégager.

L'Auvergne fut soumise successivement à trois influences. Elle fut romanisée d'abord (par la double voie de l'Allier et do la Gère-Alagnon) par Narbonne et non par Lyon, comme le prouve la répartition géographique entre les formes narbonnaises et les créations lyonnaises du latin vulgaire (1); pendant tout le moyen âge, elle resta sous l'hégémonie intellectuelle et linguistique du midi toulousain (et non provençal). L'influence de Lyon, cheminant par Roanne et Thiers (2), s'affirme depuis le xv* siècle environ jusqu'à la fln du xviii^ : c'est surtout par Lyon que Clermont, puis l'Auvergne, a appris le français, ainsi que le témoignent notamment les mots de français régional fuyard (hêtre), larmuse (lézard gris), notoirement lyonnais et qui n'ont pas leurs similaires dans les patois auvergnats. La fermeture des fabriques de soie à Lyon pendant la Révolution, qui provoqua l'arrachage de tous les mûriers de la Limagne, marque la fin de la période lyonnaise. Avec le xix*" siècle, de nombreux facteurs sociaux, comme l'émigration, et spécialement le chemin de fer, ont placé désormais l'Auvergne sous l'influence directe de Paris.

A l'époque moderne, l'étude des centres de francisation et de la diffusion du français est particulièrement suggestive, et présente de nombreuses analogies avec le processus de romanisation aux premiers siècles de notre ère.

Le français de Paris a agi de très bonne heure sur

(1) Ci-dessus, p. 182. Dans les mots cités, orvet, lézard gris, etc, l'Auvergne a toujours le type narbonnais.

(2) Voir p. 31 la carte « jument » pour la propagation de la forme cavala, venue de Lyon vers le xvf siècle.

la basse Loire, d'Orléans à Nantes, région habitée par la Cour pendant une grande partie du xvi^ siècle, — comme aussi sur la Champagne et la Bourgogne septentrionale. La Normandie, qui avait vécu longtemps une vie à part avec une dynastie indépendante, a mieux résisté jusqu'au xix* siècle, ainsi que la Picardie, où l'esprit particulariste des vieilles communes était très puissant.

Dans la région franco-provençale, Lyon fut gagné d'assez bonne heure et devint bientôt un important foyer de francisation. Ce fut ensuite le tour de Genève, d'où le français rayonna sur la Suisse romande, d'abord dans les cantons protestants de Vaud et de Neuchâtel, ensuite à Fribourg, enfin dans le Valais. De Lyon, le français gagna les Etats primitifs de la dynastie de Savoie : Savoie, vallée d'Aoste, vallée de Suse. En Suisse romande, le français a remplacé directement le latin dans les actes publics : les premiers actes publics en français remontent au milieu du XIII® siècle. Le français n'était alors, dans cette région, qu'une langue de chancellerie, dont la connaissance et l'usage étaient des plus restreints. Sa diffusion véritable ne commença qu'avec la fin du XV* siècle et fut fort lente : dans les familles des grandes villes le français ne triompha, à Genève, qu'au milieu du xviii" siècle, à Neuchâtel et à Lausanne environ cinquante ans plus tard, puis dans les petites villes et enfin à la campagne. « Le procès de francisation a duré six à sept siècles dans les villes ; il s'ac complit en 30 à 40 ans à la campagne (1) ». Le patois avait disparu beaucoup plus tôt à Lyon : c'est sur ses vestiges que se forma, au début du xviii' siècle, le canut des ouvriers en soie, qui est un des premiers exemples de création d'un français régional, spécialisé, celui-ci, en un langage de métier.

(1) L. Gauchat, Langue et patois de la Suisse romande, dans le Dictionnaire géographique de ia à'wisse (Neuchâtel, Attinger).

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