‹ La géographie littoraleChapitre 3 sur 13 · LA BAIE DU MONT SAIIVT MIC · texte numérisé non relu

LA BAIE DU MONT SAIIVT MIC

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jS L ÉROSION LITTORALE

terres reconquises par les endiguements depuis le XVI* siècle (i). Dans ce chiffre figure le dessèchement de la mer de Harlem, un des grands travaux contemporains. Les conquêtes progressives sur la mer atteignent une moyenne de trois hectares par jour depuii^ le commencement du siècle.

Les digues monumentales de Zéelande, à l'embouchure de l'Escaut, qui protègent l'île de Walcheren, s'étendent sur une longueur de 3.800 mètres et s'élèvent au point le plus bas à 7 mètres au-dessus des plus hautes mers; elles remplacent la snîutinn de continuité dans la ligne des dunes du rivage, sorte de rempart naturel élevé par la mer. Ces digues, situées près de West-Cappel, protègent le point le plus saillant de la Zéelande, expose aux rudes assauts des tempêtes d'hiver.

On a élevé au Helder des digues monumentales, destinées à con:^erver intact le seul port en eau profonde de ces côtes; elles s'étendent depuis Nieuw-Diep jusqu'au fort de Prince, sur une distance de 10 kilomètres. Leur hauteur atteint 12 mètres audessus du niveau de la mer et leur profondeur est située à 20 mètres en contrebas des basses mers, se prolongeant sous les eaux en formant un angle de 40®. Elles sont construites en blocs de granit apportés de Norwège, en pierres calcaires provenant de Belgique, et la base est soutenue par des blocs de rochers. La partie supérieure couverte de terre gazonnCe, porte une route d'où l'on peut contempler l'œuvre des ingénieurs; ce rempart qui surgit des eaux est entrecoupé d'épîs transversaux en fascines couvertes de pierres s'avançant à 2Ljo mètres sous la mer.

Un bras du Rhin dont le nom semble attester la décadence : le Vieux Rhin, le seul bras qui ait conservé son nom au milieu deiF Bouches de l'Escaut, véritable estuaire du fleuve, se perdait au commencement du siècle dans les sables amoncelés derrière la chaîne des dunes, depuis une violente tempête que la tradition faisait remonter à 839. Une partie de Teau parvenait à sïeooler jusqu'à la mer, tandis que l'autre croupissait au milieu des marais. On ouvrit en 1807 un canal par lequel elles se déchargèrent à marée basse. L'entrée de ce canal est garantie

(t> Staring.

par une sorte de forteresse cyclopéenne, dont toutes les assises sont fondées sur pilotis. Un triple système d'écluses s'échelonne dans le canal pour parer aux inconvénients de Tensablement et de la rupture des portes: celles-ci, multipliées les unes derrière les autres, sont manœuvrées par un puissant mécanisme. Dans les moments de fureur de la mer, on fait des concessions en ouvrant les premières portes, pour permettre aux vagues de s'y épanouir en brisant. A marée basse on ouvre tout le système des écluses, permettant ainsi aux eaux accumulées de s'échapper en entraînant les sables amenés à la marée haute.

Les abords du territoire français faisant face à TOcéan ne sont pas aussi menacés que les Pays-Bas; sauf quelques points situés près des embouchures, une ceinture de rochers noirs et de hautes falaises blanches protège ses contours contre les érosions d'une mer souvent agitée. Le budget a été grevé de 256 millions pour l'exécution de travaux d'art et de protection dans une période récente embrassant les vingt dernières années, pour nos 195 ports, grands et petits, tant sur les côtes de l'Océan que sur celles de la Méditerranée. v^

Notre littoral sablonneux des landes de Gascogne est défendu ^^

naturellement par une épaisse chaîne de dunes, sans laquelle le ^;^|

sol à peine élevé au-dessus de la mer aurait été envahi. La protection des dunes manque là comme partout ailleurs où s'ouvre l'estuaire d'un cours d'eau quelconque. Les remous perpétuels de ;^^

la marée interdisent toute fixation des bancs et ensuite des ^il

dunes. Dans le voisinage de l'entrée de la Gironde, où les cou- '^

rants s'ajoutent à l'impulsion des vents dominants, on s'est o'j

efiForcé de combattre la destruction de la péninsule de Grave, qui forme la protection naturelle de l'estuaire. Depuis la pointe j

de la Négade jusqu'à celle de Grave la base des dunes est affouillée - ^^

et la limite de haute mer tend à se modifier tous les ans ; la mer ";

a emporté une bande d'une largeur de plus de 5«x) mètres dans certains endroits, sapant sans discontinuer les rives de l'isthme -

sablonneux. S'il était détruit, la mer se précipiterait à travers l'ouverture sans cesse élargie, inondant les plaines du Palus de Soulac, anciennes terres conquises sur l'estuaire et aujourd'hui cultivées. La péninsule de Grave serait transformée en île et la rade du Verdon, si appréciable pour la navigation, recevrait les

6o l'érosion littorale

sables d'alluvion des dunes. En outre le régime des courants de l'ouverture de la Gironde étant changé, la passe dite du nord, accessible aux plus grands navires, serait obstruée.

On oppose à cette destruction permanente des digues ou épis perpendiculaires à la direction de la côte et espacés de quelques centaines de mètres, depuis la pointe de la Négade jusqu'à Textrémité de la péninsule. Ces épis en maçonnerie ont une vingtaine de mètres de large et plus de cent mètres de long depuis les limites de la basse mer. L'extrémité est clayonnée; leurs faces latérales sont protégées par des fascines remplies de galets et des alignements de pieux destinés à briser l'élan des lames et empêcher les afifouillements. Par leur position, ces épis amortissent le courant littoral, soit dans' un sens, soit dans un autre, et de plus l'espace réservé entre deux épis parallèles et consécutifs, se transforme en un bassin d'épanouissement où l'interférence des ondulations arrête leur violence. A la Pointe de Grave, on a construit une série de digues encore plus considérables. La jetée de l'anse du Fort, longue de 120 mètres, a été protégée par des blùcs artificiels de béton dont chacun cube plusieurs mètres. Cet entassement de blocs le long des remparts en maçonnerie brise les lames et empêche l'afiFouillement des murs fondés sur le sable. Plus de vingt millions ont été dépensés depuis un demi-siècle pour défendre cette péninsule et cependant la victoire ne reste pas toujours aux ingénieurs, qui voient quelquefois les travaux de plusieurs années emportés par une tempête.

Probabilités comparées. — La destruction s'opère perpétuellement sans arrêts sur toutes les côtes des continents, entamant rapidement les côtes basses et respectant plus longtemps les côtes protégées par des rochers. Si la Hollande n'avait pas été défendue par la main des hommes, nous verrions à la place un bras de mer, d'où émergeraient quelques bas-fonds, pénétrant dans l'Europe du Nord. Si les côtes de l'Armorique n'étaient pas composées de rochers de granit, la péninsule qui termine la France aurait été emportée.

La superficie de notre territoire est de 536,408 k. carrés (i)etle

us D'après le général Périer. C. Rend. Acad. des Sciences, 29 janv. 1894.

l'érosion littorale 6i

développement des côtes sur l'Océan, la Manche et la mer du Nord est de 2,075 ^i^- Dans les évaluations de la superficie on a admis une fluctuation moyenne d'environ 30 kilom. carrés pour les conquêtes de la mer et autant pour les atterri ssements qui paraissent les compenser.

En prenant un type des progrès de l'érosion, par exemple celui des falaises friables de la Manche, on est amené à une approximation de la transformation qu'ils peuvent opérer. Les circonstances diverses agissant sur ces masses de craie détruisent sur certains points en moyenne une tranche de o'"5o*» de largeur par an, surtout par voie d'éboulements; ce facteur a été accepté par plusieurs spécialistes autorisés. En admettant que la désagrégation se poursuive régulièrement dans la suite des temps, il en résulterait qu'une tranche de 10 mètres d'épaisseur serait détruite en 50 ans; en mille ans la falaise aura reculé d'un kilomètre. S'il en était ainsi depuis l'embouchure de la Seine, Rouen serait atteint dans 30,000 ans et Paris dans 100,000 ans. Périodes considérables par rapport à la durée insignifiante de la vie humaine, mais très appréciables pour les horizons géologiques où la supputation du temps est infinie.

The i^rcy man j>ath (Côte occidentale d'Ecosse).

Les grains de sable. — La molécule arrachée au granit du rocher, insignifiante par elle-même, mais agglomérée en masses énormes, concourt à la formation de nouveaux rivages ; résultat des forces érosives, elle les transforme en atterrissements destinés à combler le vide qui en est la conséquence.

Le grain de sable porte dans sa nature môme l'indication de sa provenance; l'examen microscopique révèle ses caractères; il permet de reconnaître à quelle roche il appartient, et par conséquent de déduire le trajet parcouru par ce témoin infiniment petit de l'érosion ; les formes, les arêtes de la surface indiquent les vicissitudes de son transport. Si les arêtes sont vives, anguleuses, à peines émoussées, il a été exempt du froissement des galets et protégé au milieu de ses congénères ; il a cheminé mélangé à la vase. Si au contraire, sa surface est effritée et arrondie, il est probable qu'il a été trituré au milieu de corps plus volumineux.

Ces grains sont composés de quartz feldspathiques, de quartz hyalin, et de calcaire opaque provenant de rochers volcaniques; quelquefois ils sont accompagnés de lamelles de mica, dont la brillante scintillation donne le reflet de parcelles d'or. Le quartz, corps dominant dans les grèves rocheuses, est inattaquable à la réaction chimique des acides. Ces grains dont la ténuité est souvent réduite à un dixième de millimètre de diamètre, résiste à la décomposition de l'eau salée, mais les feldspaths tendent au contraire à se réduire en limon. L'analyse de ces grains de sable se fait par la lévigiation, destinée à les débarrasser de la

vase; l'acide chlorhydrique ne détériore pas les fragments de roche quartzeux ou feldspathiques, mais il a la propriété de dissoudre les calcaires. S'il se trouve des grains de fer oxydulé, l'attraction de l'aimant indique leur présence.

Toutes ces particules ténues, douées, à cause de leur faible volume, d'une extrême mobilité, sont distribuées méthodiquement par le mouvement des eaux. L'égalité de leur densité, de leur nature, motive leur cheminement en masse. Si cette égalité n'existe pas, la lévigiation mécanique de la vague fait la répartition : en se déployant sur la pente de la plage, elle refoule les plus lourdes à la partie supérieure, à la limite des hautes mers, et entraîne les plus légères dans les régions inférieures où les courants opèrent une répartition de densité, jusqu'à ce que le grain de sable soit définitivement fixé sur un banc faisant partie d'une agglomération d'ensemble et destinée à former une nouvelle assise géologique.

Les grandes nappes sablonneuses des grèves nivelées par la mer n'ont le plus souvent qu'une faible inclinaison, surtout quand elles occupent le fond d'un golfe. Ainsi les grèves de la baie du Mont-Saint-Michel, s'étendant sur un^ surface considérable, sont presque horizontales et la marée les mouille seulement pendant quelques instants, en s'y précipitant avec la vitesse d'un cheval lancé au galop et se retirant de même. Les sables qui tapissent les grèves et le sol sous-marin ne sont composés que de débris de coquilles calcaires et de silice enlevés par les courants aux bancs coquilliers de la Manche et aux roches granitiques et amphiboliques des pointes de la presqu'île. « Ces matières cheminent le long du littoral à la faveur des vagues et des courants de flot, et tenues en suspension par les eaux agitées, se déposent en se classant suivant le poids des éléments et se fixant à différentes hauteurs dans les criques plates et abritées. Le sable à bâtir se dépose dans les parties basses et au large. La « tangue », sable fin composé de 30 parties de calcaire et de 60 de silice, avec vase et matières organiques, est très recherché pour l'agriculture

Fig. i«

Grains de sable quartzeux. Grossissement 1/50.

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et ne se dépose que dans les baies, sur les bancs, dans les chenaux, quand les eaux ont perdu une partie de l'agitation du large. Les dépôts de tangue qu'on trouve à diverses profondeurs jusqu'au fond des chéneaux, ne dépasse pas en hauteur le niveau des hautes mers de morte-eau. Au-dessous de ce niveau toute agitation cesse et la vase se dépose. La plage qui constituait une grève blanche passe à l'état de grève vaseuse ; puis de grève herbue, couverte de criste marine d'abord, de gazon ensuite et devient ensuite mûre pour l'endiguement » (i).

L'horizontalité presqu'absolue de certaines plages sablonneuses provient de la disposition du sous-sol. de la densité des grains et de leur homogénéité combinée avec l'action nivellante du mouvement des vsigues. On se rend facilement compte de ce nivellement naturel en voyant avec quelle rapidité les cavités pratiquées sur une plage, disparaissent à l'arrivée des premières vagues qui liquéfient la masse sablonneuse.

Les rides et les ramifications, le gaufrage aux dessins variés déprimant la surface de la grève après le passage de la marée, laissant une multitude de lagons striés, ne sont pas seulement la conséquence de ce passage brusque, mais bien celle d'efiets multiples; le vent agitant une nappe d'eau épaisse de quelques centimètres, opère par la lévigiation un triage entre tous ces grains de sable- quelquefois d'apparence identique et cependant dissemblables. Dans chacune de ces rides ou « paumelles », orientées perpendiculairement à la direction du vent régnant, des grains de sable occupent, suivant leur nature, le tond ou l'arête de chaque ride ; leur mélange à la masse sablonneuse s'est eflfectué sous le passage des grandes vagues, mais l'accident qui a donné naissance au Isigon superficiel après leur retrait, change la disposition des forces hydrauliques ; celle-ci, plus délicates et plus uniformes, transforment ainsi pour quelques heures la surface- d'une plage en bigarrures aux tons chatoyants.

Sur nos côtes, où l'érosion attaque les roches dures, les expansions sablonneuses affectent une couleur jaune, quelquefois grise quand les tests coquilliers y sont nombreux. Sur certains

(0 Les Ports Maritimes de France. Tome II, 1876.

points de l'Océan Indien, les débris volcaniques se mélangeant à ceux des récifs coralliens, le fond de certaines plages est d'un noir brillant ; quelquefois il contraste avec des marbrures blanches, provenant de la distribution symétrique des innombrables fragments de coraux de coloration différente groupés par les mouvements des marées.

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Spicules de corail des plages de l'Océan Indien. Spécimen recueilli à Hong-Kong (Chine).

Formation des bancs. — Le vent et les courants remuant les sables accumulés au bas de la grève avec un mouvement d'ondulation répété, les accumule au point où la rencontre de deux courants provoque le moment d'inertie ; ou bien quand un courant se trouve arrêté, il y dépose les matériaux qu'il entraînait.

Girard, 5.

Ainsi a été agglomérée Tlle de Sable dans le voisinage de la côte de la Nouvelle-Ecosse représentant le sommet d'un banc considérable aux contours mobiles. Les anciennes cartes, remontant au début des travaux hydrographiques des Français sur les côtes canadiennes, n'indiquent qu'une langue sablonneuse de 74 kilomètres de longueur sur 4 kilomètres de largeur. Actuellement les deux extrémités recourbées en croissant sont à peine éloignées de 40 kilomètres: conséquence du mouvement des eaux chassées par le vent, elle est maintenant affouillée pour combler d'autres fonds d'où surgiront de nouveaux îlots.

Les sables sont ainsi entraînés à des distances considérables ; tout le produit des érosions dissoutes des falaises de la Manche, a été transporté d'abord sur les côtes du Marquenterre, et ensuite sur les bas-fonds de la mer du Nord, où il s'étale en longs bancs orientés suivant là direction des courants remuant cette mer peu profonde; une autre partie a été abandonnée sur le trajet, le long des côtes de Flandre et de la Hollande, où elle constitue d'interminables chaînes de dunes.

Un banc est une plate-forme sous-marine dont le sommet est voisin de la surface de la mer, mais qui peut aussi se trouver dans des conditions d'assèchement à marée basse. Les sables ténus accompagnés de matières vaseuses occupent le fond des baies, où les courants, assez intenses à la marée montante, perdent leur vitesse au moment de l'écoulement, laissant après eux le sable apporté. Tel est le bassin situé entre l'île d'Oléron et le continent ; si le pertuis de Maumusson, par lequel pénètrent de violents courants, venait à s'oblitérer, ces bancs ou platins se transformeraient en alluvions définitives et plus tard le pertuis en champ de dunes. En attendant les rives se resserrent et les dunes d'Arceau augmentent progressivement la côte orientale de l'île depuis le château d'Oléron jusqu'à la pointe de la Perrotine. Les sables qui s'accumulent dans la sablière d'Arceau ne sont pas le plus dangereux pour la sablière de la pointe de la Perrotine, mais bien ceux dont la jonction se fait devant le chenal venant du nord pour aller ensuite se fixer au sud (i) Cette quantité considérable finira

(i) J. E. F. Ducos de la Haille. Rapport au préfet de l'île d'Oléron, 1878. Manuscrit.

LES ESTLl\lRES M LA ( HAKRNTK KT DK LASKrDKK

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Fig. 2q.

Attcrrissements provenant du mouvement des eaux de la Gironde.

(iS LES MOUVEMENTS DES SABLES

par combler l'espace entre Arceau et Boyard dans un temps plus ou moins rapproché, si le régime des courants ne se modifie pas ,. car les platins vaseux déposés par les eaux à leur point dlnertie finiront par combler le bassin ; tout ce qui rentre y reste.

Les bancs de sable constituent des ccueils dangereux pour les navigateurs ; le navire qui s'échoue sur certains sables vasards peut être perdu comme s'il touchait sur des roches ; ils deviennent d'autant plus dangereux qu'ils possèdent peu de consistance et que la partie inférieure est pâteuse. Leur densité ét2mt légère, ils cèdent sous le poids du navire échoué ; celui-ci ne flotte plus sur un liquide, ni ne repose pas sur un corps dur ; placé sur cette matière visqueuse, il est entouré de remous soulevant ies sables lourds autour de la coque et creusant une (( souille )) de plus en plus profonde ; ils s'y agglutinent et l'enserrent de plus en plus ; chaque mouvement de la marée le fait enfoncer par un efft^t analogue à celui de la succion. De grands navires ont été ainsi enlisés dans les sables alternativement liquéfiés et solidifiés, jusqu'à ce que la coque finisse par être engloutie. Ces phénomènes -se produisent aussi bien sur les bancs de vase des embouchures des fleuves que sur certaines plages couvertes d'un sable d*apparence ferme.

Cordons littoraux. — La lame qui déferle sur une muraille de rochers ne l'attaque pas ostensiblement ; mais si elle s'étale sur une grève en pente douce sans rencontrer d'autres obstacles que l'inclinaison du sol, si celui-ci n*est ni trop raide, hi trop plat, si elle présente une inclinaison variable entre lo et 30 degrés, il se produit une force antagoniste entre la lame qui monte et celle qui descend. De ce mouvement mécanique des eaux poussées par la marée, il résulte un amoncellement des matières meublçs, des débris, des galets, avec refoulement des matériaux lourds, vers le point le plus élevé atteint par la marée. Cet amas symétrique est le cordon littoral. Il est ainsi désigné d'après son analogie avec ces rouleaux ou cordons d'herbes marines roulées par le flux et le reflux et abandonnés sur les plages après le retrait des eaux ; on lui attribue aussi cette dénomination par comparaison avec les lignes architecturales des édifices.

Dans un langage imagé on a donné aux cordons littoraux le nom de «Moraines de la mer o. En effet, les moraines glaciaires sont déposées par le recul de glaciers, qui, avec une lenteur majestueuse, rejettent pierre par pierre les matériaux charriés par eux ; de même, les cordons littoraux représentent le rejet par le mouvement des eaux des matériaux travaillé pau' elles. Les uns et les autres représentent la limite extrême atteinte par deux puissants agents de modification de la surface terrestre : les eaux et les glaces. Ils deviennent aussi le témoignage du mode de formation de l'écorce terrestre écrit pour les générations futures.

La construction du cordon littoral dépend de nombreux facteurs, parmi lesquels se présentent : l'inclination de la plage, la direction et l'intensité du vent, le régime des courants, l'amplitude des marées et la nature des matériaux travaillés par l'érosion. Sur une grève ouverte aux grandes lames de l'Océan, le bourrelet abandonné au niveau des hautes mers acquiert plus d'ampleur que sur une grève abritée au fond d'un golfe. Dans le premier cas, il se compose de galets et de fragments de roches broyées : dans le second, il est réduit à un dépôt de vases ou de sables à peine agglomérés ajoutés en couches successives.

Sur une plage d'inclinaison moyenne (Voy. fig. 21), la propulsion des eaux accumulera au point extrême un bourrelet, sorte de digue limitant le bassin maritime: A. Si la côte est friable et soumise à des courants agissant parallèlement, il y aura érosion simple et dilution des matériaux destinés à constituer des cordons littoraux sur les plages plus propices: B. Sur une plage soumise aux vagues profondes, les sables ne s'amoncelleront plus à la limite extrême de hautes mers, mais avant cette limite, au point même où elles brisent : il en résulte une barrière derrière laquelle s'accumulent les eaux continentales, jointes quelquefois aux eaux de la mer faisant irruption par des brèches ou en débordant par dessus dans les tempêtes: C. Dans les baies fermées et au fond des golfes où l'agitation est nulle, les eaux limoneuses se décantent lentement à chaque renouvellement de la marée et laissent sur les rives des vases tenues en suspension qui s'accumulent en couches superposées : D. Dans les mers exemptes de rinfluence des marées, le cordon littoral est réduit à une construction plus simple et à des dimensions plus restreintes.

La différence entre la haute et la basse mer n'existe pas ; il n'y a que la variation entre la «laisse» de temps calme et celle de mer agitée; entre elles on rencontre dans certaines circonstances des traces de zones intermédiaires marquant les agitations moyennes de la mer. Sur les plages méditerranéennes, malgré l'absence de marée, le niveau de la mer peut varier sur les rives de i™40 à i"5o, suivant l'action des vents du large lançant les vagues vers la terre ou les vents de terre les faisant refluer vers

le large. La laisse supérieure représente donc les périodes de mauvais temps avec vent venant du large ; celle de la partie moyenne l'agitation de la mer avec vents obliques et la laisse inférieure le niveau normal de beau temps.

Le cordon littoral concourt à la genèse des plages quand les sables véhiculés le long du rivage par les courants, sont perpétuellement remontés vers son sommet par les lames de fond. Ce genre de cordon se déploie sur des longueurs immenses à distance de la côte qu'il protège

Fig. 31.

Types de cordons littoraux.

comme une digue; on le rencontre là où les longues vagues arrivant sur le bord d'un plateau sous-marin sont arrêtées dans leur élan par une pente graduelle et régulière du fond de la mer ; arrêtées dans leur course, elles abandonnent au point d'inertie les sables destinés à se superposer.

Les plus remarquables cordons littoraux sont ceux de la Virginie et de la Caroline du Nord, aux États-Unis; ils s'étendent comme une digue naturelle, laissant entre l'Océan et la terre ferme une mer intérieure, dont la côte dentelée de baies, d'em-

bouchures et de golfes, est protégée des assauts de TOcéan. Cette digue de sable a plus de 300 kilomètres de long.

Dans la Méditerranée, l'île des Giens a été rattachée au rivage par deux cordons de sable de plus de 5 kilomètres de longueur, entre lesquels a été renfermé Tétang de Pesquiers. Le cordon qui est exposé aux vents d'est plus violents que les vents d'ouest est plus large, tandis que celui du côté opposé est resté faible.

Fig. 22.

Iles Madeleine, dans la mer d'Anticosti, sur les côtes du Canada. Exemple d'îles réunies par des cordons littoraux.

Les îles Saint-Pierre et Miquelon, près de Terre-Neuve, qui représentaient autrefois trois îles distinctes, comme l'indiquent d'anciennes cartes marines, ont été reliées par un isthme de sable. Le passage existant a été graduellement rétréci à partir du siècle dernier et définitivement oblitéré par un cordon de sables et de galets de 10 kilomètres. Sur la foi d'anciennes cartes des navires s'y sont échoués, car, trompés par les brumes fré-

qucntcs dans ces parages, ils n'aperçoivent pas cet isthme place au niveau de la mer.

Parmi les cordons de sable qui ont modifié la topographie iittorale citons ceux de l'archipel de la Madeleine, dans la mer d Anticosti; occupant le sommet d'un plateau, cet archipel a été reliù par plusieurs systèmes de cordons servant de points d attache; ils se sont étalés dans le sens normal à la direction des vents qui soufflent de chaque côté avec une égale intensité, d'où il est résulté deux cordons parallèles.

Uo bourrelet littoral se forme aussi sous les efforts violents et inattendus d'une tempête : en mars 1894 le port de Rye, en Angleterre, a été fermé subitement par un cordon de sable bloquant les navires qui s'étaient réfugiés dans le port.

Les Isthmes. — Un détroit servant de communication entre deux mers donne passage à un courant résultant de l'échange des t^aux des deux nappes liquides diversement influencées par les veots, les marées ou la différence de densité. Si le fond s'exhausse, la vitesse du courant devient nulle; il en résulte avec un concours de circonstances favorables, une transformation du détroit en plateau sous-marin, remplacée plus tard par un cordon de sable remplaçant le détroit par un isthme.

L'isthme de Corinthe remplace un détroit ainsi oblitéré. Dans le5 travaux de creusement du canal, on n'a découvert que des couches successives de sable plus ou moins fines, représentant les différentes périodes d'activité des vagues; au bas on a rencontré la plateforme sous-marine; au-dessus le cordon littoral composé de différentes couches; puis au sommet de la construction élevée par les vagues et les vents, les dunes dont le point culminant est à l'altitude de 80 mètres. Dans toutes ces couches de ^able on a découvert des coquillages analogues à ceux qui vivent actuellement dans les parages de l'isthme.

Ui Sebka-Faroum, le lac Triton des anciens, où les eaux de la Méditerranée s'épanchaient dans un vaste bassin d'une longueur extrême de 630 kilomètres, a été isolé par un bourrelet de sables élevé par les mômes moyens naturels. Dans l'intérieur de la dépression saharienne des Chotts, M. Roudaire n'a pas rencuntrc de traces de coquillages marins; mais M. Lechatellier,

ingénieur des mines, en a découvert dans les ghoûrs, témoins anciens d'une ailuvion marine déposée au fond d'un lac salé aux eaux calmes ; sur le versant méridional de l'isthme, « il existe de nombreux coquillages marins couvrant en quelque sorte la plage jusqu'à une hauteur de 15 mètres audessus du niveau actuel de la mer. Ces coquillages appartiennent à toutes les espèces encore vivantes dans la Méditerranée et s'étalent parfois en bandes larges de plusieurs kilomètres ))(i). Leur présence donne des renseignements sur la formation du cordon de sables qui a intercepté la communication entre l'ancien lac Triton et la Méditerranée ; les sondages pratiqués dans cet isthme au moment où l'on s'occupait de la reconstitution de la mer Saharienne, ont démontré qu'il était composé de couches de sable superposées, sans mélange d'aucune roche. L'exhaussement par l'accumulation des sables de dunes a d'ailleurs continué sans interruption depuis une époque reculée, puisque des ports de construction romaine placées sur le bord de la mer, sont actuellement relégués au-delà de plusieurs cordons littoraux à plus de 4 kilomètres dans l'intérieur.

Selon toutes probabilités, la mer Rouge aurait communiqué avec la Méditerranée par l'ouverture comblée, représentée aujourd'hui par l'isthme de Suez. Les lacs Amers, le lac Timsah sont les derniers vertiges du canal naturel unissant les deux mers. Les apports du Nil, remués par les vagues et dispersés le long du delta par les courants, sur les plages basses de l'Egypte, ont édifié des séries de cordons littoraux, qui, ajoutés les uns aux autres, ont définitivement obstrué la communication, rétablie artificiellement par le canal maritime de Suez. La présence des eaux marines dans les lacs de l'isthme a été affirmée nonseulement par leur degré de salure, mais encore par les dépôts du sol sous-marin rendus sensibles par des blocs de sel retirés du fond des lacs Amers composés de couches terreuses et salines superposées.

Un phénomène d'oblitération de même nature dans la période contemporaine est en voie de progression au détroit de Kertch, entre la mer Noire et la mer d'Azow. Celle-ci, soumise aux effets

(i) Edoviard Fuchs. His. de l'Isthme de Gabès. Bull, de la Soc. de Géogr. Septembre 1877.

constants des vents dominants, est encombrée de sables provenant des fleuves qui y aboutissent ; ces matériaux meubles ont déjà comblé le fond de la mer d*Azow et se déposent sur ses rives sous forme de cordons littoraux, de flèches, de dunes, dispersés au milieu des marécages. Le détroit de Kertch, autrefois beaucoup plus large, est réduit à un simple chenal ; le golfe de Taman, le lac Ataknizov, le lac Kiril, sont autant de renclôtures opérées par les cordons littoraux ; le fleuve Kouban, qui se perd dans les marécages et dans ces deux derniers lacs, apporte son contingent de matériaux destinés à fermer le détroit, maintenu encore pour quelque temps par l'échange des courants venant d'une mer ou

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