‹ La géographie littoraleChapitre 4 sur 13 · MER · texte numérisé non relu

MER

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Fig. 33 Obstructions provenant de l'accumulation des sables, au détroit de Kertch.

de l'autre. Si une tempête bouleversant le sol sous-marin du détroit, augmentait le plateau sablonneux qui en occupe le fond, il serait placé dans des conditions favorables à Tédification du dernier cordon, destiné à isoler définitivement les deux mers ; le remplissage des vides existants serait rapidement opéré et un isthme aurait fait place au détroit.

Les Flèches. — Au moment où Teau s'écoule d'une baie ou d'un estuaire, il se produit un courant contrarié par le mouvement des eaux agitées ; celles-ci, douées d'une énergie supérieure, remuent les sables des bas-fonds précédant les

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plages et ramènent les sables au point d'inertie situé entre ces deux forces contraires ; il en résulte un dépôt. Si le sens du mouvement était perpendiculaire à la côte, il aurait pour conséquence la construction d'un bourrelet situé en haut de la plage, mais dans le mouvement de translation latérale au rivage, le dépôt s'opérant au point de rencontre des deux courants bifurques, il est éloigné du rivage ; les sables s'ajoutant aux sables, il en résulte un cordon littoral dont la pointe sollicitée par des forces parallèles, s'allonge, se courbe, se transforme suivant l'activité du mouvement des eaux. C'est la flèche ou cordon littoral incomplet, conséquence d'efiforts hydrauliques complexes.

La flèche se projette vers le large rarement en pointe droite ; mais elle est dirigée le plus souvent du côté où la résistance du courant est la moins forte, se terminant eh crochet recourbé, auquel s'adjoignent souvent d'autres appendices. La flèche de Sandy-Hook, dans la baie de New- York, présente cette disposition due aux inégalités des courants qui l'influencent plus du côté du large que du côté de la baie de Navesink. La flèche du cap Cod, sur les côtes de l'Amérique du Nord, avec son crochet infléchi vers le nord, abrite une baie de 40 kilomètres de large, protégée par une langue de sable, où les cordons s'ajoutent les uns aux autres, laissant sur ces rives changeantes l'empreinte de toutes les évolutions d'une mer où les bouleversements restent soulignés par ces modifications.

La différence du mode de propagation de la marée au milieu de plateaux rocheux donne aussi naissance à des flèches composées de galets mélangés au sable. Sur les côtes du Finistère, près du plateau des Héaux de Bréhat, le sillon de Talbert se détache des dernières roches en se projetant en mer sur une longueur de 3 kilomètres, comme une digue destinée à abriter

Kig. 34.

Flèche de sable formée par les courants. Cap Cod (Côte d'Amérique).

un port. Les longues vagues de TAtlantique arrivant sur l'accore cl un plateau de plus en plus élevé, remontent ainsi les sables et \t^< galets au sommet du plateau.

La côte méridionale de la Baltique ofiFre des exemples encore plus étendus de flèches allongées. Le Frisch HaflF, partie de mer représentant l'estuaire peu profond de la Vistule, est bordé d'un cordon littoral percé de cinq ouvertures dues à l'irruption fortuite des eaux et conservées par les travaux des hommes. Le calme du golfe de Dantzig contraste avec les lames soulevées par les vents du nord expirant de l'autre côté de la digue de sable. La tlèche d'Héla s'avance ainsi à 33 kilomètres de son point d'attache, limite extrême où est située la ville d'Héla, au sommet d*une dune boisée; cette ville, entourée d'eau, ne communique avec le continent que par la chaussée établie sur le cordon même. Sur ces côtes, le Kurische HaflF, qui représente un bassin littoral dans lequel se déverse le Niémen, est séparé de la mer par une flèche de 120 kilomètres de longueur, sur laquelle sont égrenées les villes maritimes de Sarkau, Nidden, Schwarzort et Memel, qui occupe le point extrême.

Les dispositions spéciales des abords des côtes voisines du gnlfe du Dnieper, dans la mer Noire, ont produit, entre autres types de cordons, la flèche de Tendra, qui, après une solution de continuité, se poursuit dans le même alignement sous le nom de D)arilgatz; fermant la plus grande partie du golfe d'Odessa, elle se développe sur une longueur totale de 130 kilomètres.

La mer d'Azow, soumise à des vents dominants et réguliers, remuant des bancs de sable à peine recouverts par une mince nappe d'eau, a ses rivages hérissés de flèches construites toutes il peu près dans la même direction : celles de Belosara, de [>Mlgaïa, d'Obitochnaïa et de Fedolova projettent au loin du rivage leurs extrémités garnies d'appendices variables où sont tracées des courbures multiples dues aux changements de directiun des vents et des courants. Elles donnent lieu à des crochets HMmbreux quand le tourbillonnement des eaux agit en sens divers, comme à la flèche de Berdansk, de i kilomètre de long dans la mer d'Azow, où les pointes sont greffées les unes sur les aiiUes. La flèche d'Arabat s'allonge sur une ligne droite de i T i kilomètres, avec une largeur variant entre un et cinq kilo-

mètres; elle sépare le Sivach, ou l'ancienne « mer Putride» de la mer d*Azow et a dernièrement été utilisée pour le passage du chemin de fer conduisant à la ville d'Arabat située à son extrémité méridionale. Le Sivach ne communique avec la mer d'Azow que par une ouverture ou « grau » située à l'extrémité nord de la flèche, dont la largeur est variable suivant les perturbations introduites par les tempêtes. Cette ouverture insuffisante n'opère pas le drainage de cet étang ainsi transformé en marécage insalubre par la stagnation des eaux douces mélangées aux eaux marines.

Lorsqu'un cordon littoral trouve un point d'appui à certaine distance de la côte, comme un îlot ou un rocher, il ne peut le

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Fig. 25 Triple cordon littoral (Côte occidentale d'Italie).

dépasser et la flèche est limitée à cette attache. Telle est la digue naturelle de Portland (Angleterre), longue bande de sable de 15 kilomètres, protégeant la baie de Weymouth et reliant l'îlot de Portland à la terre ferme. La presqu'île de Quiberon, sur les côtes de Bretagne, présente une disposition analogue. Des circonstances de môme nature ont donné lieu à une série de trois digues parallèles entre le Monte Argentaro et la côte d'Italie. Entre cette montagne isolée et la terre ferme, la petite ville d'Orbetello avait été construite sur une langue de sable, reliée plus tard par une digue artificielle au Monte-Argentaro pour abriter un port ; mais deux cordons symétriques se sont formés, l'un au nord, l'autre au sud, renfermant un lac marin au

milieu duquel Orbetello se trouve placé. Aux premiers temps, la ville était accessible des deux côtés; mais actuellement elle se trouve enfermée entre deux lagunei^, sans communication avec la mer ; le Porto Ercole en tient lieu, mais il est en dehors des lagunes.

Les mêmes circonstances ont réuni à la terre ferme la ville

de Mahédia,sur la côte de Tunisie, attenant par deux cordons obliques ayant pris leur point d'appui sur le rocher où s'élève la ville. Le triangle occupé par le vide laissé entre eux a été insensiblement comblé et se

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est destinée à disparaître.

Il est à remarquer qu'il existe toujours une flèche de sable à l'embouchure des cours d'eau de faible débit qui se jettent dans une mer soumise aux alternatives des marées. Elle fait même partie intégrante du fonctionnement de l'embouchure; cette digue natuFL-llc est édifiée par deux forces antagonistes: les puissantes lames du large et les eaux peu abondantes de l'intérieur, établissant un système protecteur et compensateur permettant l'écoulement des eaux à marée basse dont le volume emmagasiné produit une u chasse a destinée à entraîner les vases.

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Dieppe, Fécamp, les Sables-d'Olonne et plusieurs ports de nos côtes, situés sur des estuaires de port, ont été bâtis sur des flèches de sable barrant Testuaire.

Les endiguements naturels et les renclôtures. — Ces évolutions des sables disposés en cordons reportept les limites des rivages au-delà de leur position première et il s'établit un étang littoral entre l'ancienne limite et celle déterminée par la digue sablonneuse ; plus tard il se transformera en marécage et définitivement sera desséché pour faire place à une plaine alluviale.

Ces renclôtures naturelles jouent un rôle important dans la transformation des côtes, et leurs progrès, constatés par des documents relativement anciens, sont plus rapides qu'il n'est donné de le supposer à première vue. Tel est le golfe de Kara- Boghaz,sur la côte orientale de la mer Caspienne: ce lac étrange, visité pour la première fois en T726 par Soïmonow, présente une surface considérable avec une profondeur maximum de 12 mètres au milieu. Les indigènes lui donnent le nom de « Gouffre noir », autant à cause de sa singulière configuration, qu'aux brouillards qui le couvrent souvent. Entre le golfe et la mer règne une digue de sable de largeur variable, interrompue seulement par une ouverture de 200 à 700 mètres de large, parsemée de bancs mobiles, où le courant toujours dirige du côté du golfe pénètre plus ou moins suivant l'influence des vents ; il est partiellement équilibré par un contre-courant plus faible, dû à la plus grande densité de 1 eau du golfe de Kara Boghaz, plus salé que la mer Caspienne. Les chaleurs torrides de l'été provenant de la réverbération des sables échauff'és du désert, évaporent cette même nappe d'eau, dont les sels concentrés sont précipités au fond ; l'accumulation des couches cristallines sont tellement abondantes que le lac se comble progressivement. Von Baër a évalué la quantité de sel élaboré dans une chaude journée d'été à 350,000 mètres cubes ; le fond en est tellement recouvert, que la sonde ramène des blocs de cristaux agglomérés. Si l'étroit chenal au moyen duquel se fait la communication alimentaire par la mer Caspienne, se fermait, l'évaporation n'étant plus compensée, l'eau serait absorbée en quelques années ; le fond du lac

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serait transforme en une steppe salée, et pareille à toutes celles du bassin Aralo-Caspien, dont l'origine paraît due aux renclôtures successives opérées par le mouvement des sables (1).

Des renclôtures du même caractère ont transformé la ligne des rivages sans inclinaison de la Bessarabie, dans la mer Noire. Elles sont frangées de lacs littoraux ou liman {limen, seuil), qui, suivant les intermittences des vents et des tempêtes, restent en communication variable avec la mer par des ouvertures dans la digue de sable, ou girla. Le lac du Tiligoul au XVIP siècle était indépendant de la mer; mais plus tard, la digue s'étant rompue, il y a mélangé ses eaux ; puis, en 1825, Touverture a été comblée, pour s'ouvrir de nouveau à la suite d'une tempête. Sur cette même côte, les lacs de Koudouk, de Chagani, d'Alibey représentent tous d'anciens golfes aux eaux peu profondes, fermés par un cordon de sable de 50 kilomètres de long, dont les matériaux proviennent des bouches du Danube. Le liman du Dnieper représente pareillement un ancien golfe de ^o kilomètres d'ouverture, fermé d'abord par des cordons de sable et rempli ensuite par les matériaux meubles amenés des plateaux voisins. La digue fermant le golfe est percée de deux ouvertures au moyen desquelles Teau de la lagune intérieure se mélange à celle de la mer, ou inversement, cette dernière pénètre dans la lagune chassée par les tempêtes qui lancent aussi les flots par dessus cet obstacle, dépassant à peine le niveau des eaux calmes.

Les cordons existent aussi dans le voisinage des grandes profondeurs, mais seulement quand les plateaux voisins du littoral sont disposés à leur servir de base. La côte orientale de rindoustan est bordée de cordons parallèles à la direction du courant qui frôle le rivage, à peine entrecoupés de brèches nécessaires à l'échange des eaux des lacs qu'ils renferment ; recevant le produit d'une érosion considérable, ils s'accroissent rapidement. La Soubranarekha, descendant du massif du Tchoten-Nagpore et la Mahanaddi, confondant leurs eaux limoneuses dans le même delta, n'y laissent qu'une partie des alluvions qu'ils amènent à la mer ; la plus importante est abandonnée sur les plages voisines entrecoupées de flèches de sable

(i) Von Baër. Kaspisch Studien.

LES MOÙ^^EMENtS DES SABLES

endiguant une série de lacs littoraux égrenés sur toute la côte ; le plus important est le lac Chilka, dont la surface couvre 900 kilomètres carrés, mais n'ayant qu'une profondeur maxima de 2 mètres. Il est en voie de comblement, aussi bien au moyen des matériaux déposés directement par les cours d eau drainant les versants entourant le lac, que par ceux qui, poussés par des vagues du dehors, y laissent les sables cheminant sous l'entraînement du courant littoral.

Cette disposition des renclôtures littorales s'étend sur toute la côte occidentale d'Afrique. La houle perpétuelle de ces parages exerçant sur les sables une action normale à la direction de la côte, y construit des digues favorables aux renclôtures. Les

Fig. J7 Le lac Chilka (côte orientale de l'Indoustan).

rivières n'apportant qu'un volume d'eau insignifiant, elles s'épanchent en lacs longitudinaux, jusqu'à ce qu'une crue abondante ou une poussée de la mer fasse brèche dans les sables et rétablisse la communication avec l'Océan. Il existe aussi des lagunes semblables tout le long de la côte orientale de Madagascar, la bordant comme des chéneaux parallèles au moyen desquels se font les communications par l'eau calme. Entre les deux rivières Ivandrana et Matitanana, eurune longueur totale de 485 kilomètres, où le rivage est en parfaite ligne droite, aligné par le courant qui le longe, on rencontre 22 lagunes formées par plus de 50 cours d'eau (i) ; assez étroites en certains endroits pour ne

(i) M. Alfred Grandidier. Bull, delà Soc. de Géogr. i" trim. 1886.

Girard, 6.

Les ancicins

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donnerpassage qu'à une seule pirogue, elles s'élargissent ailleurs jusqu'à 200 et 300 mètres et deviennent des lacs importants. La digue qui les sépare de la mer, ne consiste quelquefois qu'en une bande sablonneuse de quelques mètres, se confondant souvent avec une plage gazonnée couverte d arbrisseaux et augmentant ainsi la largeur irrégulière de la digue.

Sur la côte du Brésil, le môme appareil littoral se développe depuis la pointe Garapava, le long de l'État de Rio Grande do Sul, sur une longueur de plusieurs centaines de kilomètres. La terre ferme n est séparée de la mer que par des isthmes étroits comme ceux de Praia de Pernambouco et Praia de Isterito. Les lagunes reçoivent les eaux de nombreuses rivières dont une faible quantité seulement s'échappe par ces ouvertures, la majeure partie étant évaporée par la chaleur solaire.

Les fleuves qui ont apporté des limons abondants fournissent les éléments du rivage de l'étang et contribuent par de nouveaux dépôts à exhausser le fond et à faire de la lagune vive une lagune morte. Elle reste encore en communication avec la mer par des ouvertures plus ou moins larges que les eaux pratiquent soit du dehors, soit de l'intérieur. Les eaux de la mer peuvent encore y pénétrer en franchissant la digue basse au moment des tempêtes ou par infiltration. La côte du golfe du Lion, depuis les bouches du Rhône jusqu'à Port-Vendres, est ainsi bordée d'un cordon de sables derrière lequel s'échelonnent des étangs littoraux irréguliers sur une longueur de 200 kilomètres. Ils restent en communication avec la mer suivant les circonstances d'équilibre de leurs eaux au moyen d'ouvertures fixes ou mobiles nommées: «graus» (giadus^ passage). Tantôt ils s'élargissent par l'affouillement, tantôt ils s'oblitèrent par les tempêtes qui accumulent les sables. De leur ouverture et de leur fermeture dépend le régime des étangs ; s'ils se sèchent, le fond laisse à découvert une vase infecte; si la mer y fait irruption par une nouvelle brèche dans le cordon de sable, les lits se remplissent et les villaiges situés sur les bords sont inondés.

Les relations entre le niveau de la mer et celui des étangs ont été établies par les ingénieurs. L'eau de Tintérieur se balance soit par son entrée, soit par sa sortie au moyen des graus, soit par le passage de la mer au-dessus des digues, soit par évaporation;

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dans ce dernier cas la sortie est réglée par le courant qui s'établit à la suite d'excédent de volume dans l'étang, soit par l'abaissement temporaire du niveau de la mer sous l'influence de la pression atmosphérique, comme cela se présente souvent sur les côtes du Languedoc. En appliquant ces principes à l'étang de Thau, un des plus considérables, on remarque que les eaux marines qui s'y introduisant par dessus la plage, élèvent son niveau à i'"3o*' et môme à i°^6o^ (i). Les recherches faites à Cette ont démontré qu'il y a chaque année sur la plage de La Nouvelle sept ou huit déniv^ellations de i'"3o«en moyenne. Elles correspondent avec les coups de vent du Sud-Est. Les ondulations légères de la marée, qui, en raison de leur durée limitée à six heures et leur hauteur de o"30'', ne communiquent jamais . avec l'étang. En outre on admet un maximum de dénivellation de 0^50° par les très grands vents du Sud-Est et o'"20* par les vents frais du large (2).

Tous ces rirages du golfe du Lion ont été transformés par les atterrissements du Rhône. Les alluvions n'ont pas encombré la région située à l'est du fleuve, mais celle de l'ouest, parce qu'elles y ont été poussées par le courant littoral qui porte de ce côté. Il devait en être de même à la période protohistorique, puisque le petit Rhône se déversait alors dans l'étang de Maugio, appelé au moyen-âge : Osiium Hispaniense. Au bout d'une série de siècles, la renclôture naturelle au moyen de cordons, a transformé le domaine maritime en plaines alluviales; car il est probable que la mer a baigné le pied des collines situées entre Beaucaire et Cette.

Les enclôtures opérées par la nature ont été imitées par les riverains des baies et des estuaires, pour conquérir de nouveaux champs de culture engraissés par les sels dont la mer les a imprégnés. On a conquis par ces procédés plus de 500 hectares dans l'île de Noirmoutiers depuis le commencement du siècle (3). On a endigué, dans la baie de Bourgneuf, les relais de mer dus aux alluvions réunies de la Loire et de la Gironde. Pareillement, dans

(i) Andrcossy. Hist. du Canal du Midi.

(2) Recherches sur le régime des côtes, 1853.

(3) F Piet. Recherches sur Tile de Noirmoutiers.

la baie de la Somme on a soustrait près de la laisse de haute mer des espaces considérables qui, ajoutés aux (( mollières n ou pûturages salés, sont appréciés pour l'élevage.

Formation des dunes. — Sur la plage de sable humide se préparent les matériaux des dunes ; les grains de sable séchés au vent et au soleil après le retrait de la marée, devenus légers et n'adhérant plus par capillarité à la surface nivelée par la mer, sont emportés par les vents du large à la limite de la laisse de haute mer; parvenus à cette étape définitive, à l'abri de nouvelles atteintes des flots, ils subissent les éventualités du transport aérien ; tourbillonnant comme la poussière sur les routes à l'approche du vent précurseur de l'orage, ils s'agglomèrent en bancs ou monticules d'autant plus importants que la masse des sables extraits du sol sous-marin est plus abondante. Après avoir fait partie intégrante des bancs d'alluvion sous-marine, ils s'échouent au-delà du domaine maritime pour se transformer en (( bancs aériens ».

Le vent chasse impitoyablement les grains de sable les uns contre les autres; ils s'entrechoquent avec un crépitement particulier quand ils sont composés de fragments de quartz pur et que l'atmosphère est sèche. Ces sons musicaux plus ou moins accentués existent sur tous les champs de dunes : sur la côte du Pérou, près de Casma, où les dunes sont disposées en croissants groupés symétriquement, marquant par leur pente la direction du vent dominant, on entend au moment où la chaleur du jour est la plus vive, des sons éoliens paraissant s'élever des collines de sable; les indigènes les attribuent naïvement à un bouillonnement de l'eau dans l'intérieur des dunes. Ces bruits ont été remarqués sur plusieurs points des côtes de l'île d'Oahu, dans l'Archipel Hawaien (i). Les voyageurs qui ont traversé la péninsule sinaïtique, ont entendu sur les pentes du Serbal, les sables qui « chantent n sous leurs pas et surtout quand on provoque la chute d'une pierre; l'entrechoquement des grains très fins dans une atmosphère extrêmement pure, donne naissance à des sons harmonieux. Pareil phénomène a été signalé dans les dunes de

(i) Dana, United States Exploring Expédition.

l'Erg, OÙ la composition des sables et celle de ratmosphère est de même nature (i).

Le courant semi-fluide de sable s'arrôte au moindre obstacle : une saillie du sol, une éminence quelconque provoquant un premier groupement, avec tendance à devenir le point de formation d'un monticule. Celui-ci est destiné à s'augmenter ou à se désagréger, suivant le degré d'agglutination de la surface plus ou moins durcie par les pluies et le soleil. Le même vent qui a édifié la dune peut aussi l'emporter, comme une meule de paille sans attaches. Il faut pour y résister que les grains de sable soient (( happés » au passage par une rugosité d'où dépend leur adhérence.

La hauteur des dunes littorales varie suivant plusieurs circonstances météorologiques et hydrographiques assez complexes. Sur la côte des Landes, où la plage est large et soumise aux violences des vents du large, elles ont acquis des proportions et une extension qui se présentent rarement sur d'autres rivages. Suivant M. Ch. Descombes, on peut évaluer à 200 mètres cubes par mètre linéaire de plage le volume des sables amassés en cinquante ans; comme la longueur de cette côte est d'environ 230 kilomètres, le volume total atteindrait ^6 millions de mètres cubes (2). D'autres calculateurs ont trouvé que les vagues et les courants y apportent annuellement 6 millions de mètres cubes sur les plages landaises; la hauteur des sommets les plus élevés varie entre 50 et 75 mètres; exceptionnellement la dune de Lascours atteint 69 mètres.

Mais la plus haute dune de France se trouve dans la série intermittente des dunes de Marquenterre, sur la Manche ; elle est représentée par le Mont Saint-Frieux, qui a 158 mètres. Sur la côte occidentale d'Afrique, où les sables côtiers sont voisins des champs de dunes de l'intérieur du Sahara, on cite les dunes du cap Bojador comme ayant 180 mètres de hauteur. Au cap Rosas, en Algérie, entré Bône et La Galle, elles s'élèvent à 119 mètres. Celles de l'Oued Zouarah, en Tunisie, à l'est de Tabarka, représentenî une chaîne d'une

(i)Largeau.

(2) Revue de Géologie. Delesse et A. de L£\pparent. 1869-1870.

longueur de lo kilomètres, où certains sommets dépassaient 200 mètres; ces collines de sable sont fixées par des toufifes de lentisques, mais comportent dans certains endroits des vallées d'éboulement (i). On n'a pas constaté de dunes élevées sur le littoral si vaste du continent américain ; là, comme ailleurs, l'étendue des champs de dunes ne concorde pas avec leur hauteur; on a cité comme élévation remarquable celles de Morro-Melancia, au cap San Roquo, qui ont 45 mètres.

Progression des dunes. — La dune est, suivant l'expression d'Elie de Beaumont, « un immense sablier naturel, mesurant le temps par la marche de ses talus. » Le vent faisant ébouler le sommet, se prépare un plan incliné le long duquel il fait remonter le sablier; les parcelles poussées jusqu'au sommet tombent sur le talus d'éboulement, qu'elles augmentent de plus en plus et dont la base rejoint la pente inclinée d'un autre monticule, où le même mouvement se produit. Avec un vent violent, des nuages de sable sont enlevés sur les pentes les moins résistantes et transportés en masse.

Si les tourbillons de sable étaient entraînés sur un sol planimétrique avec une force uniforme, l'amoncellement se ferait par superpositions régulières; mais les saillies nombreuses ou des amas antérieurs sont autant de points d'arrêt servant de noyau aux futures collines; les tranchées ouvertes dans toute leur hauteur ont démontré que leur composition est partout semblable.

La raideur des pentes à remonter intervient dans les dépôts des sables; ceux-ci, soulevés par un vent violent, franchissent facilement des pentes de dunes inclinées à 45**; d'après le capitaine Gourbis, « le dépôt du sable est en fontion de la pente à remonter, mais non pas en raison directe de cette pente. » La question est compliquée de la décomposition des forces dues à la résistance opposée par le sol incliné à la masse d'air en mouvement, ce qui ne donne pas forcément lieu à une diminution de vitesse, ni d'efifet mécanique. L'action

(i) A. Parran. Observations sur les dunes littorales en Algérie et Tunisie. (Bull, de la Société de Géol., 1890).

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