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L'ANCIEN GOLFE DU J

Echelle :

POITOU (Le Marais Vendéen)

est d'autant plus simple qu*elle se combine avec l'efifet singulièrement complexe des remous. Certaines dunes très élevées à pentes raides sont escaladées par une poussière de sable remontant le talus et projetée par-dessus le sommet avec vitesse. Cette poussière balayée au point culminant a motivé cette locution : les dunes fument (i).

Uadhérence superficielle du sable sur le sable se fait par l'humidité; elle est plus forte au bord de la mer que dans les plaines sablonneuses comme le Sahara, où il pleut rarement. Cependant iî existe dans ces régions une nappe d'eau souterraine peu profonde, ainsi que l'attestent les puits, coulant lentement dan^ une couche perméable composée de matériaux ténus et hyg^rométriques. Sous l'action du milieu où elle circule, elle tend à pnndre un état d'équilibre résultant de diflférentes forces : la pression hydrostatique, la résistance du milieu d'écoulement, la capillarité et l'évapo ration- de la surface du sol. On a remarqué que les dunes suivent le cours des eaux souterraines et deviennent plus importantes parce que le volume de ces eaux est plus considérable; les dunes n'existent que quand il y a une nappe aquifére sous-jacente (2).

Les dunes littorales ne se désagrègent que dans les temps chauds et secs, si leur surface n'est pas calcinée par l'action météorologique ou feutrée par les végétaux. Ces vagues de sable que le vent pousse dans l'intérieur, ont comme les vagues de la mer une progression envahissante. On cite d'après d'anciens documents des villages ensevelis dans les Landes; plusieurs ont disparu au point qu'on ignore leur emplacement; on retrouve des actes où les habitants consignent leurs appréhensions. Les villages de Saint-Jean-de- Vielle, d'Anchise, de Start, de S**- Euialie ont été ainsi ensevelis. Mimizan, d'après une vieille tradition, a dû abandonner sous les sables son église datant du XllI'' siècle. Le village de Lillan, qui était un fief du roi d'Angletcrre, a été recouvert au XVH* siècle. Les mêmes observations s'appliquent aux sables de la côte d'Arvert, où des titres anciens mentionnent Tensevelissement de villages.

(i) M, Edouard Blanc. C. Rend, delà Soc. de Géogr. 1890. <aj L^capïlûine E. Gourbis. Les Dunes et les Eaux souterraines du Sahara. C. Rend, de la Soc. de Géogr. 1890, p. 114.

On estimait à la fin du XVIII* siècle que les dunes des Landes s'avançaient dans la direction de Test, poussées par les vents du large, de 20 à 25 mètres par an. Certains auteurs donnent une moyenne du double; si elles avaient continué cette progression, elles pourraient recouvrir Bordeaux dans Tespace de vingt siècles. Cette moyenne a été donnée par les repères des églises de Mimizan et de Lège reportées plus loin. Lège fut abandonné une première fois en 1480 et reporté à 4 kilomètres et une seconde tois en 1660 et encore reporté à 3 kilomètres (i).

Fixation des dunes. — Les amas de sable aériens sont destinés à être perpétuellement remués par les vents, comme les dépôts sous-marins sont véhiculés par les eaux. Uœuvre de la nature possède des forces antcigonistes qui lui permettent de faire servir les mêmes éléments à des résultats opposés. Mais elle a aussi les moyens de conjurer les désastres qui sont la conséquence de ces mouvements de sable, en les recouvrant d'une végétation spontanée favorable à leur fixation.

Certaines graminées jouissent de la faculté de se propager dans le sable pur et d'y plonger profondément leurs racines. Tel est le Gurbet, le Carex, TArundo Arenaria, les Chardons, les Euphorbes, plantes aux tiges flexibles, et au rhizome fibreux répandant à la surface et dans le sous-sol un lacis végétal suffisant pour le consolider. En outre, si humbles que soient ces graminées, elles finissent par constituer par le développement de leurs radicelles une sorte de feutrage superficiel, ou enveloppe protectrice contre la désagrégation des vents. Dans la période suivante, à la végétation du simple gazon succède celle des végétaux supérieurs ; les graines transportées par les vents, après s'être échappées des forêts voisines, trouvent à défaut d'humus réel, un terrain suffisamment préparé pour s'y développer avec intensité. Les pins, les sapins, les tamarix finissent par pousser sur les mamelons sablonneux et les transformer en forêts épaisses.

Ce mode naturel de recouvrement des dunes s'est produit aux époques les plus reculées. Si Ton interprète le texte des

(i) Rôles gascons, par Francisque Michel. Paris. 1885. D'après Georges Beaurain.

commentaires de César et celui des géographes anciens, les Pays-Bas étaient couverts deforôts venues spontanément, confondues avec des roselières impénétrables sous la dénomination de Forôt-Sans-Pitié. D*après les mêmes traditions, les côtes de la mer Baltique étaient garnies de forêts de pins séculaires enracinés dans les sables des rivages de Dantzig et de Pillau.

Les dunes de Gascogne étaient pareillement boisées à Tépoque romaine (i); servant ainsi de rempart protecteur entre l'Océan et les terres cultivées, elles subsistèrent jusqu'au XIV' siècle, époque à laquelle, en se référant aux anciens titres, les forêts du Médoc étaient réservées pour les chasses seigneuriales. Mais avec la conquête du sol et l'accroissement de la population, succéda Tavidité des premiers occupants ; ils exploitèrent sans surveillance les bois, produits de valeur obtenus sans culture. Le déboisement inconscient eut pour résultat de livrer de nouveau le sol arénacé à la dénudation des vents, car il suffit d'arracher quelques arbres, de dénuder quelques places isolées, pour donner prise aux attaques de l'ennemi et provoquer des bouleversements étendus.

Plus tard, les habitants des Landes, comprenant les fâcheuses conséquences de leur imprévoyance et l'incurie de leurs prédécesseurs, entreprirent des semis de pins et d'autres plantes spéciales, destinées à protéger les sables. On a retrouvé une ordonnance de 1725, émanant de Claude Boucher, intendant de la généralité de Bordeaux, prescrivant aux habitants de la commune de Mimizan, la plantation du Gurbet et édictant des pénalités contre les délinquants (2). Au commencement du siècle dernier, quelques tentatives de reboisement avaient été entreprises par M. de Ruhat; mais il appartenait à Brémontier de donner un essor à cette œuvre sur un plan d'ensemble méthodiquement conçu. Il pourvut à la fixation de plus de 200 hectares dans les environs de La Teste et organisa définitivement la culture forestière des dunes en 1787. Par suite de circonstances administratives, les travaux furent abandonnés en 1793; malgré cela, la pos«iibilité du reboisement

(i) Ernest Desjardins. Géogr. de la Gaule romaine. (3) Georges Beaurain. Revue de Géogr., 1891.

était démontrée, et Télan était donné. A une époque postérieure, l'exemple fécond a été suivi graduellement dans l'immense région landaise ; contrée stérile, transformée aujourd'hui en forêts de sapins, devenues une source de prospérité pour la région. 80.000 hectares sont plantés et le sol préservé de l'envahissement (i).

Toutes les les dunes ne sont pas encore recouvertes de sapins ; les débuts de la fixation des sables sont ingrats dans certaines parties exposées aux vents et aux ravages

Clayonnagcs pour la protection des dunes de Gascogne.

des flots, où les essais de culture des graminées et des plantes les plus appropriées sont impitoyablement détruits. Pour empêcher que les sables s'envolent, les ingénieurs remédient provisoirement aux dégâts en établissant normalement à la direction du vent des systèmes de clayonnages, tantôt sur les pentes dénudées, tantôt sur les sommets, surélevant ainsi artificiellement la hauteur des dunes ; ailleurs les sables s'arrêtent au pied des obstacles, mais aussi ils

(i) Chambrelent. C. Rend. Acad. Sciences, 1892.

filtrent à travers ou il se produit des aflfouillements détruisant les clayonnages. Comme les sables ont plus de difficulté à couler le long des talus dont rinclinaison varie de 15 a 25 degrés, on règle le système de défense d'après cette disposition et Ton multiplie à Tinfini les clayonnages sur certains points menacés; mais la lutte engagée entre le vent de mer et les palissades n'est pas toujours en faveur des travaux des hommes.

La répartition des produits de Térosion. — La marée pénétrant dans les anfractuosités des côtes, dans les golfes, dans les estuaires, donne naissance à certains mouvements hydrauliques, causes permanentes du transport des matériaux érosifs rejetés par les fleuves ou produits par le travail direct des vagues. Les changements incessants des côtes sont liés à la théorie fort complexe de la forme des ondes; comme celle-ci est déterminée par la profondeur, plus elle est grande, plus le volume d'eau mis en mouvement à chaque marée tend à s'accroître.

. Les courants d'entrée et de sortie des embouchures et des golfes entraînent au large un volume considérable de matériaux de densité variable, provenant de toutes les parties du continent par la voie fluviale; ceux-ci déposés dans l'estuaire qui est le bassin préparatoire à la répartition littorale, sont véhiculés le long des côtes suivant leur nature : les sables lourds ou les particules arénacées se déposant au bas des plages, où les vagues les abandonnent au souffle des vents qui les étalent en champ de dunes; les vases de densité moyenne flottent jusqu'à ce qu'elles soient amenées dans une eau calme favorable à la décantation: elles s'y déposent, comblant les marais et les bas-fonds; enfin, les particules ténues, dernière expression de la lévigiation, longtemps restées en suspension en vertu de leur poids, sont entraînées au large à grande distance de la côte, où elles se déposent insensiblement, établissant ainsi une couche géologique destinée à émerger dans un avenir incalculable.

En cboisissant un exemple sur les côtes françaises de l'Océan, il est facile de se rendre compte du mode de répartition des matériaux amenés dans les deux grandes embouchures : la Gironde et Testuaire de la Loire, en suivant leur mode de cheminement selon les catégories auxquelles ils appartiennent.

D'après M. Manen, le mouvement des marées entraîne dans la Gironde plus de deux milliards de mètres cubes d eau, ayant subi tous les mClanges dans l'intérieur. Il suffit que cette eau contienne la quantité infinitésimale de 7 grammes de vase par mètre cube pour que les 14.000 mètres cubes apportés journellement par les deux fleuves de la Dordogne et de la Garonne soient expulsés et transportés hors du bassin de la Gironde et établir l'équilibre entre l'apport des vases provenant des rivières et leur sortie (i). L'estuaire de la Loire étant la prolongation directe d'un seul fleuve, est différent. La quantité de sable de toute provenance roulé par la Loire est d'un million de mètres cubes, dont environ 400.000 mètres passent à Nantes (2); elle entraîne en outre une quantité de matériaux qui ne se déposent qu'au-delà de ce point sous forme de bancs et de platins comme aux environs de Paimbeuf.

Le courant de l'Atlantique qui longe la côte des Landes du Sud au Nord rencontre à la sortie de la Gironde des eaux limoneuses et les entraîne, d'une façon sensible, si l'on en juge d'après leur teinte jaune tranchant sur les eaux vertes de l'Océan, jusqu'à une dizaine de milles au large, où elles disparaissent de la surface, mais les sondages ont démontré que leur transport se poursuit jusqu'à ce que les vases boueuses tenues en suspension soient déposées sur les fonds de 100 et 200 mètres. Au point où le courant jaunâtre paraît s'enfoncer, il est atteint par un mouvement tourbillonnaire qui le précipite et le répartit au fond du golfe. Une autre partie plus superficielle est entraînée par le mouvement de la marée dans les Pertuis, où le mouvement des eaux est évalué à six millions de mètres cubes. (Voy. Fig. 20).

Cette seconde fraction dans la répartition des matériaux, tient en suspension les vases plus lourdes destinées à se déposer sur les bas fonds. Les eaux limoneuses pénètrent dans les Pertuis, où, d'après le calme qu'elles y trouvent, elles s'y comportent comme dans un immense bassin de décantation. Ces vases restent sur les fonds et sur les rives au moment du retrait de la marée; leur nature, toujours identique, facilite leur

(i) Hautreux. Sables et vases de la Gironde, in-80. 1886. (2) M. Comoy.

agglomération. Après son abandon sur la grève, cette « Terre de Brie » acquiert une consistance pâteuse et, séchant au soleil, s'ajoute aux couches précédentes. L'avancement annuel de la ligne des côtes de la Charente est en moyenne de 50 centimètres par an; le P. Arcère l'estimait, ily a 130 ans, à deux pieds par an, ce qui concorde avec les observations contemporaines.

En suivant les contours des côtes de la Charente, on peut se rendre compte du comblement des marais-gâis par ce jeu des courants chargés de limon. Au Nord l'ancien golfe du Poitou est remplacé par le marais vendéen, car la mer montait alors jusqu'à Niort. Il ne reste du golfe que la baie de l'Aiguillon dont le remplissage méthodique peut être apprécié et terminé dans un siècle ou deux. Le marais est parsemé d'éminences, représentant les anciens îlots : Marans, Vouillé, Chaillé, etc.

Les sables quartzeux avec grains à facettes multiples étant trop lourds pour être maintenus en suspension dans l'eau, sont chassés de proche en proche sur les bas-fonds et finissent par s'échouer à la partie inférieure des plages, où les vents les expulsent au moment de la marée basse, hors de l'atteinte des vagues ; là ils s'agglomèrent en chaînes de dunes. Celles-ci se poursuivent sur la côte des Landes sur une longueur de 250 kilomètres en ligne droite et ce désert de sable recouvert de forêts ou dénudé a une largeur de 5 à 8 kilomètres. On retrouve les mêmes dunes sur la rive septentrionale de la Gironde, la côte d'Arvert sur une longueur de 8 à 10 kilomètres, où l'on a entrepris de grands travaux pour leur fixation ; elles se poursuivent aussi sur les côtes de l'Ile d'Oléron, où les principales sont celles de Gatsau et les champs de dunes des Saumonards, puis celles de l'île de Ré et de Noirmoutiers.

Les courants de l'embouchure de la Loire agissant comme ceux de la Gironde; il existe deux courants généraux: l'un qui se dirige vers Saint-Gildas, l'autre vers l'Ile de Batz,en même temps que la marée reste à peu près de niveau sur la barre des Charpentiers pendant deux heures, suivant l'amplitude de la marée.

Les vases légères sont emportées dans les grands fonds au large et se confondent avec celles de la Gironde.

Les vases plus lourdes s'épanchent dans la baie de Bourgneuf, entre l'île de Noirmoutiers et le continent, ici bordé de marais.

LÈS MOUVEMENTS DES SABLES çf

Au moment du flot, la marée atteint la pointe Saint-Gildas avant que l'onde entière ait rempli la baie de Bourgneuf ; une partie s'écoule par le détroit de Fromentine, mais sans empêcher l'inertie des eaux sur les bords où se déposent les vases. Elles ont contribué à la formation des immenses grèves du Fain, des marais de l'île de Bouin, les platins des abords de l'île Noirmoutîers. Plusieurs cartes anciennes (i) indiquent superficiellement, mais avec un certain sentiment, les positions respectives de localités existant encore aujourd'hui et qui sont toutes plus éloignées de la limite extrême atteinte par la mer.

Les sables plus lourds calibrés pour la formation des dunes, ne se rencontrent pas dans la baie de Bourgneuf, transformée en immense bassin de décantation ; elles n'apparaissent qu'aux endroits battus par les vents du large ; ainsi à l'île de Noirmoutiers les côtes de l'ouest exposées aux violences de l'Océan sont couronnées d'une chaîne de dunes au bas desquelles s'étendent de vastes plages de sable. Mais à l'est, baignées par les eaux plus calmes de la baie, l'appareil littoral ne comporte que des plages basses, à peine baignées par la marée ; et où l'on pratique des renclôtures.

Ainsi le mouvement des eaux, la densité des matériaux, la direction des vents et des courants concourent au transport des matériaux érosifs. De nombreux facteurs interviennent dans la transformation de ces forces physiques, mais en analysant les principaux, on reconnaît quelques-unes des lois suivant lesquelles se fait cette répartition méthodique.

(i) Celles de Pierre Roger, 1759: d'un anonyme de 1696; d'une autre de 1620, conservées au dépôt de la marine.

Fig. 31. — Le Rocher percé de la Banche. Embouchure de la Loire.

Girard, 7.

LA GENÈSE DES PLAGES

Le brisement des vagues. — La violence d'une vague poussée par le vent sur le rivage est d'autant plus accentuée, qu'elle rencontre dans sa course des obstacles qui surgissent brusquement. Si elle se heurte à la paroi verticale d'un rocher, elle éprouve un fort mouvement de recul, dans lequel il se produit une interférence avec celles qui la suivent ; si elle arrive sur une pente faiblement inclinée, elle s'étale graduellement et expire moUeiiient à la fin de sa course sur la grève sablonneuse. Ces principes sont appliqués dans la construction des travaux hydrauliques des ports : on copie la nature en construisant aux endroits où la boule se propage trop violemment des « bassins d'épanouissement », où elle termine sa course sur une pente inclinée ; ou bien en protégeant le pied des murs exposés à ses atteintes par des enrochements de lourds blocs de béton, ou des quartiers de rochers destinés à couper les vagues.

Les vagues se précipitent avec d'autant plus de forces sur une plage, que son inclinaison est plus grande. Ces rouleaux qui semblent s'avancer dans une direction toujours perpendiculaire au rivage, rencontrent en l'abordant des pentes de plus en plus prononcées retardant leur mouvement de progression; aussi, la partie antérieure de chaque vague se ralentit sur le fond incliné, pendant que la partie supérieure, animée d'une vitesse plus grande, n'étant pas retardée, passe par-dessus la crête et se déverse en se brisant.

Le phénomène de brisement est variable suivant : l'étendue de II mer devant la côte, l'amplitude de propagation de la

LA GENÈSE DES PLAGES

marée, les courants littoraux et la force du vent. A grande distance du rivage, se creusent à intervalles égaux de grandes ondulations qui s'élèvent au fur et à mesure qu'elles s'approchent des pentes sous-marines, s'avançant majestueusement avec un bruit sourd et imposant. Trois ou quatre lames se suivent de près ; la première brise à terre, revient sur elle-même et arrête la seconde dans sa course : celle-ci repousse la troisième qui, se repliant sur elle-même, se précipite en volute assez grande quelquefois pour écraser une embarcation. C'est le ressac qui existe sur un grand nombre de côtes, mais particu-

Volute de vagues brisant sur la plage.

Hèrement sur celles de l'Atlantique, où il acquiert une continuité et une intensité spccicile sur la côte occidentale d'Afrique, dans le golfe de Guinée. Ces plages de sable infinies sont recouvertes de brisants parallèles qui viennent successivement s'y écrouler avec fracas ; ils ont un aspect formidable, comparable au mascaret de l'embouchure de certains fleuves. Ces brisants comprennent jusqu'à quatre et cinq volutes énormes se suivant de près et toujours menaçantes, même par le plus beau temps. Aussi on est obligé de débarquer des navires mouillés au large au moyen de chelingues, sortes d'embarcations particulières à la côte, manœuvrées par des indigènes, doués d'une intuition

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particulière, pour lui faire franchir les brisants au moment (jpportun et éviter de chavirer.

On a expliqué ce phénomène particulier au golfe de Guiqée comme le brisement général, mais avec cette variation que la grande mobilité de sable littoral se creuse et forme des terrasses sous-marines au bas de la plage, où les ondulations du large viennent se heurter, au lieu de s'épanouir lentement en remontant un plan incliné uniforme. De plus, les puissantes ondes d'un bassin aussi considérable que celui de TAtlantique, possèdent une amplitude en rapport avec l'étendue et la profondeur du bassin maritime.

Humbles ou majestueuses, les vagues semblent arriver sur les plages fortement ou faiblement inclinées dans une direction normale; circonstance attribuée quelquefois à la direction du vent venant souvent du large. Cet effet, qui se confond avec le principe même du brisement, tient à ce que la vague rencontre dans sa propagation des fonds s'élevant graduellement plus d'un coté que de l'autre au moment où son mouvement se ralentit.

Le mode de formation. — - Le bord de la mer et la plage sont empreints du choc des vagues, des courants, des crues de nvières et des coups de vent ; les phénomènes de chaque jour produisent des modifications dans les couches superficielles, en procédant par une sorte de lévigiation ; une grève peut résister à la mer pendant des années et être inopinément bouleversée par une tempête. On voit des coquillages couvrir le tond de la mer jusqu'à un kilomètre du rivage, être dispersés dans un eoup de vent ; ces grands bouleversements produisent des effets plus amples que la continuité des courants et des marées.

Aussi les règles de la formation mécanique des plages sont eomplexes ; il faut désassocier les éléments pour parvenir à les analyser. Ces éléments sont : l'inclinaison de la grève, l'intensité des marées, la décharge des rivières, la composition des matériaux érosifs. Pour examiner ce problème M. P. Cornaglia le réduit à sa plus simple formule (i); il recherche les lois qui régularisent la propagation et les effets des vagues superficielles

(i) Sul régime délie spiaggie el sulla rcgolatione dei porti, 1892.

LA GENESE DES PLAGES lOI

telles qu'elles existent dans une mer sans marée et l'action directe des vagues de fond.

De cette analyse M. P. Cornaglia déduit cercains efifets mécaniques : £<> Le mouvement ondulatoire des liquides engendre près du sol sous-marin une oscillation dite : « vague de fond »), qui se dirige tantôt sur la plage, tantôt vers le large ; 2** La vague de fond bute contre la grève dans sa partie supérieure et contre le pied du talus dans sa partie inférieure; y La force avec laquelle elle aborde la grève est proportionnelle à celle qui se produirait à la surface, en tenant compte de la vitesse de translation et de la profondeur au bas de la plage; 4° L'énergie des vagues est d'autant plus accentuée que la mer est profonde et que l'inclinaison delà grève est rapide ; 50 Les corps placés au tond de la mer sont remués par les vagues de fond dans des directions incertaines ; 6° En s'élevant sur le plateau sous-marin, la force des vagues dirigées contre la plage est supérieure à celle qu'elles possèdent dans leur mouvement de retour ; 7° La composante d'un corps mobile poussé sur la pente, peut contrebalancer les efifets des vagues de fond directes ou des vagues de retour ; 8^ La direction suivant laquelle s'exerce l'action de ces deux forces opposées, combinée avec la composante du poids du corps en mouvement, contrebalance celle de l'autre suivant une direction neutre; 9* Toutes conditions restant égales, la direction neutre se trouve située à une profondeur d'autant plus grande que les vagues sont fortes et que la pente de la grève est faible; 10° Dans la Méditerranée, cette ligne est située en moyenne à 8 ou 10 mètres ; 1 r Les matériaux placés au fond de l'eau subissent une propulsion vers le rivage, en même temps qu'ils sont entraînés dans une direction latérale.

La distribution des matériaux érosifs. — Les matières fragmentées par le travail de l'érosion restent d'abord déposées près de leur lieu d'origine, pour être soumises insensiblement à la distribution; chacune d'elles va occuper une place plus ou moins définitive suivant ses propriétés et sa densité.

La répartition se divise en trois zones, comprenant : la partie des plages située entre la marée haute et la marée basse ; celle qui s'étend depuis les basses mers jusqu'à la profondeur

loi

LA GENESE DES PLAGES

moyenne de ^o à 50 mtMres, et enfin les grandes profondeurs. La premi^rre zone est une sorte de laboratoire où se prépare, au moyen de la trituration mécanique, le dégrossissement des matériaux. Le mouvement des vagues opère le malaxage par Tentrechoquement des pierres les plus grosses contre les plus petites; les courants leur procurent une circulation en proportion de leur volume, jusqu'à ce qu'une circonstance dépendant de la nature môme de la plage, lei? oblige à se fixer définitivement. Pendant que la vague repnuî^se un corps lourd, tel qu'un galet, vers le point culminant de la pente, elle agit concurremment avec le courant qui concourt au roulement du corps

en mouvement. Il en résulte d'abord une translation directe normale au cordon littoral et ensuite une déviation qui le fait avancer d'une quantité égale à l'ouverture de l'angle compris entre les deux génératrices du mouvement de translation. Pendant le moment de l'étalé, les galets, ainsi remués par chaque vague, accomplissent un trajet déterminé dans le même sens. Ce charriage continue à chaque marée et se poursuit sur des distances considérables. î.e caractère du dépôt résultant du mouvement de la marée entre ses deux points extrêmes, offre des traits particulier^;. Au niveau supérieur, les galets sont entrechoqués avec violence, qui leur fait perdre leurs saillies anguleuses et leur donne une forme sphéroïdale. Plus bas, ils sont encore roulés par lus lûmes, mais pendant un espace de temps plus prolongé: a la dernière limite, ils sont simplement soulevés, jusqu'à ce qu'ils soient placés hors des mouvements de la mer. 11 résulte de ces étapes de trituration que le dégrossissage des corps placés dans la zone supérieure de la plage est d autant moins fort, qu'il est voisin de la basse

Spécimens d'orjLiiinismcsî de ki /.ime \ntt-rmédialrL. — Kurammifcrc^, c«»quiîlagc^, spkulcs de eorail, ele, (20/1).

LA GENESE DES PLAGES

Organismes de la première zone: coccolites, forami nifères, coquillages (50/1).

mer et, comme conséquence, ils ont un volume plus réduit. La seconde zone, plus calme, comprend les matériaux moins lourds que dans la première, mais elle est influencée par les remous dus aux

courants parai- ^^i^ --.-BMifcteïHiti

lèles à la côte.

Il s'y opère un transport latéral des sables, des menus cailloux, des matières meubles destinés à former les bancs et les dépôts côtiers. Si l'on compare la première zone à un atelier où se ferait le travail préparatoire, la seconde serait un lieu de répartition des éléments élaborés jusqu'à la place qu'ils doivent occuper définitive-

ment. ^ ^ ^^^

La troisième zone correspond aux profondeurs exemptes de l'agitation qui ne règne qu'à la surface soumise au contact des vents.

Elle reçoit les corps légers restés longtemps en suspension ; telles sont les vases bleues et vertes dont la coloration dépend de la composition chimique de l'eau de mer et des phénomènes qui s'y rattachent. Dans les régions éloignées des côtes, la coloration verte est due principalement à une matière terreuse amorphe et à des particules vert foncé de

Organismes des grandes profondeurs : Globigérinées, sondages (i 00/ 1) exécutés pour la pose des câbles transatlantiques, 3.500 mètres de profondeur.

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