LA BAIE DE LA SOMME
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I06 LA GENÈSE DES PLAGES
glauconite. Dans les fonds dépassant 2,000 mètres la couleur change encore, se rapprochant du ton de l'ardoise; quelquefois elle est mélangée de rouge et de brun. Plus on s'éloigne de terre, moins les particules minérales sont abondarites. A la profondeur de 3,000 mètres, on rencontre des nodules de manganèse, des foraminifères, des polyzoaires et toute la faune spéciale aux abîmes océaniques.
Le remplissage de l'Océan se fait ainsi de proche en proche par rapport de matériaux dissous par un système régulier d'élaboration. Celle-ci commence à la limite extrême atteinte par le5 eaux agitées, que les vents ont animés d'une puissance de trituration ; elle se continue près des côtes, où les courants ont le rôle de la distribution, pour se terminer dans le calme des grandes profondeurs.
D'après J. Murray,les sédiments provenant de l'érosion littorale recouvrent environ un cinquième de fond des mers ; la couche sédimentaire, épaisse dans le voisinage des continents, est presque nulle à grande distance : elle a été évaluée par Dana à 45 ^œo mètres cubes par an, au moyen de données permettant de démontrer que les profondeurs moyennes pourraient être comblées en un temps géologiquement appréciable.
Cheminement des galets. — La vague qui repousse les matériaux sur la plage est animée d'une force de translation directe et normale au cordon littoral, pendant que le courant produit une déviation latérale. Les galets accomplissent donc un trajet très appréciable dans le sens de la direction du rivage ; il est facile de s'en rendre compte en marquant certains d'entre eux et repérant la position du départ ; au moment de la marée, ils seront dispersés, éloignés plus ou moins les uns des autres ; mais ils auront tous cheminé dans le même sens avec des vitesses différentes.
Ce cheminement latéral se poursuit parallèlement au rivage en ligne droite et avec une certaine régularité qu'on peut déterminer; cependant les promontoires, les caps de rochers s'avançant jusqu'à la limite des basses mers deviennent des obstacles devant lesquels le mouvement s'arrête. Alors l'appareil littoral est
LA GENÈSE DES PLAGES IO7
distinct ; il se transforme pour chaque bassin particulier ; le
transport des matières lourdes étant arrêté.
Aussi les hommes ont copié la nature pour arrêter les masses
de galets qui menacent d'envahir certaines passes utiles au j passage des navires. On élève des épis en charpente remplaçant
1 les pointes avancées disposées par la nature; ceux-ci constituent
une barrière derrière laquelle s'amassent des bancs entiers de
galets. Aux abords de nos ports de la Manche, ils s'entassent I avec une telle rapidité dans une seule tempête, qu'ils passent
' par dessus des barrages de trois mètres de haut. Il faut alors
I opérer des déblais pour que les épis ne soient pas compromis.
i A marée basse, on voit d'un côté l'amas progressif des galets,
! couronné par les plus pesants, comme sur toute extrémité
' de la laisse de haute mer, et de l'autre les sables mélangés aux
I cailloux les plus petits. Le travail de transport s'est opéré contre
j un épi comme sur une plage.
j Les plages de la Manche abondent en galets provenant des
! silex renfermés dans les blocs de craie arrachés aux falaises. Ils
[ s'alignent particulièrement depuis l'estuaire de la Seine jusqu'à
1 celui de la Somme ; partiellement interceptés dans leur trans-
! port qui se dirige du sud-ouest au nord-est, par les saillies de la
( côte, ils parviennent cependant à les franchir obliquement, dans
l les moments de grande agitation, et à franchir les courants
! des estuaires débouchant sur la côte ; à la fin ils s'arrêtent
J à l'estuaire de la Somme, où les remous sont assez forts pour
fies empêcher de passer outre. Jamais ils ne dépassent le cap du Hourdel.
L'accumulation des galets due à la rencontre du courant : littoral et de celui qui s'échappe de la baie de la Somme a
formé une plaine d'alluvions, la plaine des Bas-Champs, triangle dont le plus grand côté en façade sur la mer a 15 kilomètres. La culture s'est graduellement emparée de ces terrains, mais dans certains endroits récemment abandonnés par la mer, on retrouve encore des séries de cordons de galets relégués à des distances de 50 à 100 mètres de la laisse de haute mer. L'amoncellement est tel que devant Cayeux les maisons bâties il y a à peine 30 ans au bord même de la plage, sont reléguées à une distance de 200 mètres ; aussi les conquêtes du domaine maritime ont été
Io8 LA GENÈSE DES PLAGES
mises aux enchères et de nouvelles constructions ont été élevées sur le « relais de mer ».
Cet amoncellement de galets arrêtés par la baie de la Somme est un des exemples les plus frappants de nos côtes. La largeur du banc comprise entre le sable de la plage et le point où commence la maigre végétation des dunes est en moyenne de 200 mètres ; son épaisseur moyenne est de 6 mètres ; le cube est donc de i .200 mètres par mètre linéaire, soit 1.200.000 mètres cubes par kilomètre et 18.000.000 pour la section comprise entre Ault et la pointe du Hourdel. A cet endroit le banc s'étale en ondulations entrecoupées de vallonnements, de creux et de zones de cordons marquant les, tempêtes et les époques de calme ; la pointe extrême est protégée par des fascines contre les coups de mer.
Au delà de la baie de la Somme, la côte est franche de galet ; si les courants qui s'en échappent ne les ont pas laissés passer à cause de leur poids, ils ont reporté les sables sur les plages du Marquenterre, région à laquelle ils ont donné un aspect semblable à celui des Landes avec les dunes élevées et boisées, pour la plupart, avec des pins maritimes.
Les plages d'alluvion.— Les plages voisines des embouchures des fleuves reçoivent les matériaux qu'ils déversent à la mer. Leur cours, après avoir divagué dans les méandres, ou après avoir été remué par les marées, fusionne avec les eaux de la mer, abandonnant les vases tenues jusqu'alors en suspension.
J. Murray, qui a analysé tous les travaux concernant les alluvions fluviales des dix-neuf principaux fleuves du globe (i), évalue leur débit annuel à 3,610 kilomètres cubes ; dans cette masse liquide la quantité des matières tenues en suspension est évaluée à un kilomètre cube et 385 millièmes ; ce qui fait une proportion de 38 parties solides pour 100,000 liquides. Le débit annuel de tous les fleuves du globe, évalué à 23,000 kilomètres cubes, étant appliqué à la proportion indiquée, on obtient, pour les matières solides apportées annuellement à la mer, un cube de 10 kilomètres et 48 centièmes.
Ainsi ont été formées les plaines de la Camargue (2) par
(1) Scottish Geogr. Magazine, N<» 5. 1878.
(2) Etymologie : Caii Marii fossœ.
LA GENÈSE DES PLAGES lOÇ
ies alluvions du Rhône, qui se sont agglutinées en marais, en roselières, en prairies ; elles ont eu pour point de départ les bancs ou « theys » îlots plats et vaseux, sorte de noyaux autour desquels les terres à demi-desséchées ont succédé aux vases de consistance pâteuse. La Camargue s*étend sur une surface de 73,000 hectares, entrecoupée d étangs grands et petits, générale ment peu profonds ; celui de Vaicarès, placé entre les deux bras du fleuve, a 12,000 hectares. Ces nappes d'eau stagnantes desséchées par les renclôtures naturelles des cordons littoraux, par les évolutions des plages de sable, et par les apports constants des courants litttoraux de Test, restent longtemps empreintes du sel qu'elles contenaient au moment de leur isolement de la mer. Les travaux de dessiccation ont été entrepris depuis l'époque romaine sous des lois spéciales; Constantin avait eu le projet de placer le centre de son empire en Provence, avec Arles pour capitale, où les vestiges existants sont un témoignage de vitalité à cette époque. Ces travaux ont été poursuivis, ils le sont encore aujourd'hui, mais sans succès définitifs; les sels dont le sol reste imprégné le rendent impropre à la culture.
Les Maremmes de Toscane, qui s'étendent sur une longueur de 200 kilomètres le long des côtes de la mer Thyrennienne, consistent en plaines basses et marécageuses séparées de la mer par des groupes de monticules sablonneux. Elles remplacent un golfe peu profond où sont venus s'échouer les débris du versant occidental des Apennins, apportés par TArno, la Cecina, l'Ambrone et autres torrents. Des amoncellements de sable interceptant l'écoulement d une partie des eaux de l'intérieur, ont rendu ces plaines insalubres- depuis 1828, des travaux de dessèchement ont restitué une partie des terres à la culture. Plusieurs villes étrusques y florissaient, circonstance indiquant une époque où la salubrité les avait rendues habitables; mais au moyenâge les villes et les châteaux dont le sol était couvert, ont été abandonnés de nouveau par leurs habitants.
Les Marais Pantins ont été formés dans les mêmes conditions hydrographiques: ils s'étendent sur une longueur de 30 kilomètres et couvrent une surface de 18.840 hectares. Les eaux stagnantes représentant l'écoulement des torrents du versant occidental des Apennins s'y élèvent quelquefois à 2 mètres dans
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les parties basses; on ne parvient à les faire évacuer par les canaux à pentes invisibles, qu'en les débarrassant des plantes aquatiques qui les encombrent. Le Naviglio-Grande, creusé dans toutela longueur en 1777 jusqu'à Terracine, opère insuffisamment ic drainage de ces marais. Les quelques parties que l'on a pu livrer à la culture sont d'une remarquable fertilité; mais les diOicultés de résister à l'insalubrité de cette contrée étrange vouée à la malaria^ en font une sorte de désert abandonné aux troupeaux de buffles sauvages.
La mer d'Azov^, encore plus que la Méditerranée, fait office de bassin de décantation, propice à l'extension des plaines alluviales, accompagnées des marécages^dont ses rives sont bordées, en attendant que son bassin soit rempli tout entier. Parmi ceux-ci, le liman d'Akhtari possède à lui seul les caractères réunis d'un delta, d'une plaine d'alluvion, d'un marais littoral et d'un désert de sables, le tout couvrant une surface de 6.750 kilomètres carrés et provenant des évolutions successives de plages changées en plaines littorales. Elles proviennent des alluvions du Kouban, dont le bras principal au rcgime torrentiel, vient, après de nombreuses sinuosités, se jeter dans la mer d'Azow; dans sa partie basse, animée d'une faible vitesse, il se fraye une voie toujours irrégulière et variable suivant les saisons. Aussi la plaine conserve partout des empreintes des fragments de son lit tantôt desséche, tantôt changé en lacs peu profonds, où il s'épanchera de nouveau, suivant les circonstances plus ou moins favorables à ses égarements sur les sables, qui ne sont en réalité que des plages ajoutées à d'autres plages selon les bizarreries des éléments.
Sur les rivages du Nouveau-Monde une zone de près de mille kilomètres représentant la majeure partie de la Floride, a été isolée par des cordons littoraux successifs; entre les plages sablonneuses, couvertes de débris de coraux, et le centre de la péninsule occupée par des marais d'alluvion, sont graduées les dîftL^rentes phases de la transformation du rivage en terre ferme et en marais. Au centre, ceux-ci présentent des fourrés impénétrables, tandis que sur la côte, les villes de Jacksonville, Saint- Augustin, Nevvr-Smyrna sont assises au bord des lagunes allongées comme de grandes rivières, communiquant avec la mer
LA GENÈSE DES PLAGES III
par des ouvertures espacées dans le bourrelet littoral, dernier terme des renclôtures auxquelles cette région marécageuse de l'intérieur doit son existence. Le cypress-swamp commence au golfe du Mexique, se développe sur toutes les côtes de la Floride et se dirige vers le nord jusqu'à la Chesapeake; dans cette étendue malsaine où l'eau, la terre, la végétation exubérante restent encore mélangées, croissent des cyprès d'une nature particulière, dans laquelle les feuilles sont remplacées par des mousses; sur la lisière des plages boueuses commence le rideau des vénéneux palétuviers et des mangliers, aux racines élevées au-dessus du sol vaseux où les vases s'infiltrent à travers ce lacis de pilotis naturels ; sur ceux-ci s'étend une autre forêt de graminées et de plantes tropicales, mêlées aux détritus plongés dans une boue infecte. Ces lieux pestilentiels ont été longtemps sans être troublés par la présence de l'homme blanc, qui leur adonné le nom de (( marais sinistre ». Quelques indiens Sémnioles pénètrent seuls dans ces forêts. Le milieu de la péninsule est occupé par le lac Okeechobee, situé à égale distance des deux côtes et représentant la dernière trace du lagon autour duquel elle s'est formée par les atterrissements dus aux courants ; il occupe le fond d'une cuvette dont les bords sont légèrement relevés et protégés par les bourrelets littoraux. Ce lac a 65 kilomètres de long sur 40 de large ; il est rempli d'herbes, de roseaux et de bas-fonds ; sa profondeur n'excède nulle part quatre mètres. Les bords sont si peu consistants qu'ils ne peuvent retenir les eaux, qui, au moment des pluies, s'épanchent au-dessous dans l'immense Swamp des Everglades, où ne doit s'aventurer que tout être pouvant vivre alternativement dans l'eau et dans l'air. Cette étrange solitude a été vue pour la première fois en 1836 par les troupes américaines pendant la guerre contre les Indiens et explorée ensuite en 1837 par Frédéric Beverley ; quelques rares chasseurs aventureux y sont quelquefois attirés par l'abondance du gibier.
Les eaux douces près du rivage. — Derrière les chaînes des dunes on rencontre souvent des lacs d'eau douce, conséquence inévitable du manque d'écoulement de terrains plus élevés. Ces lacs ont été d'abord séparés de l'océan par un cordon de sable, comme ceux des renclôtures sur les plages basses ; ces lagunes
112 La GENESE DES PLAGES
changûes en étangs séparés de plus en plus de la mer par l'amonccllcment des sables, ont reçu les eaux de pluies arrêtées dans leur écoulement. Les ruisseaux ne s'épanchant plus à la mer se changent en mares et deviennent des étangs, qui, graduellement refoulés vers les plaines plus élevées, finissent par occuper parallùk-mcnt à la base des dunes un sol supérieur au niveau de la mer. Ainsi s'est formée cette série d'étangs de la côte de Gascogne, égrenés en chapelet parallèlement à la mer et ne communiquant plus avec elle, qu'au moyen de déversoirs naturels ou artificiels crcijbés dans les interstices de la. chaîne des dunes depuis la Gironde jusqu'à l'Adour. Ceux-ci présentent une surface variant de fj.uoo hectares pour l'étang de Cazau, le plus grand, jusqu'à fx*3 pour celui d'Aureillan, sans comprendre une infinité de na[>pcs d'eau de troisième ordre, innommées pour la plupart. Ils communiquent entre eux au moyen de canaux artificiels. Lafîitude moyenne des lacs d'eau douce est de 20 mètres audesi-u^ du niveau de la mer.
Selon certains géographes, la cuvette de ces lacs représenterait d'anciens golfes marins, remontant à l'époque préhistorique (i). Selon d'autres ils auraient existé à l'époque de l'arrivée de Jules César dans les Gaules (2). De nombreux changements ont eu lieu depuis, car les états de stabilité des étangs ont été subordonnés au mouvement des dunes; d'un autre côté l'origine de leur disposition en chapelet a été controversée. « L'existence des dunes et des étangs est un fait relativement ancien sur le littorai gascon. Les uns et les autres, entre l'époque de leur formation et la période contemporaine, ont marché de l'ouest à l'est et ont gravi la pente du continent. Dès lors, il est inexact de se baser sur l'état des choses pour reconstituer leur situation ancienne. Si rien n'autorise à affirmer que ces étangs n'étaient encore que de simples baies à l'époque de l'invasion romaine, rien non plus n'autorise à le nier » (3).
L'inspection du sol indique que s'ils sont plus hauts que le niveau de la mer, ils ne représentent que les réservoirs naturels des eaux douces du drainage des landes, dont l'écoulement ne
(Il Longon. AUas hist. de France.
(j) E. Desjardins. Géog. hist. et administ. de la Gaule romaine.
(3) Ueorges Beaurain. Revue géographique, 1891.
LA GENÈSE DES PLAGES II3
peut se faire directement à la mer; la couche imperméable d'altos qui se trouve sous tout le sous-sol, conduit par infiltration et par quelques ruisseaux les eaux dans ces réservoirs ; les canaux qui sillonnent cette région paraissent remonter aux temps les plus reculés et répondre à un besoin qui a toujours existé dans ces immenses plaines. La couche imperméable se rencontre partout à la profondeur d'un mètre ; elle est pierreuse et de couleur brune et se poursuit jusqu'à la couche de sable, où elle affleure et se manifeste sous forme de fragments agglomérés. Il est donc évident qu'elle passe sous le fond des étangs et assure leur imperméabilité.
Les vallons qui séparent les dunes sont quelquefois remplis de mares à la surface desquelles surnage un sable fin extrêmement léger, possédant un caractère pulvérulent qui l'empêche de s'enfoncer dans l'eau ; il se maintient à l'état de croûte superficielle ou de mélange pâteux en vertu de sa densité particulière. Les hommes et les animaux qui croient marcher sur une surface résistante, analogue à celle des environs dont elle paraît être la continuation, s'enfoncent dans une blouse^ s'enlisent dans une fondrière et quelquefois y restent engloutis. Ces dangers étaient fréquents avant la transformation des landes par les forêts de sapins. Cet état semi-fluide du sable existe aussi dans les dunes du Jutland et de la Scanie, où les sables, doués d'une extrême finesse, présentent, une fois amoncelés, une masse fluide et pulvérulente dans laquelle un homme risque de disparaître ( i )•
Le sable ayant la propriété d'absorber une grande quantité d'eau, même quand il est fortement comprime, sert à filtrer les eaux pluviales tombées à * la surface, en constituant une enveloppe protectrice contre l'évaporation. Les sources naturelles dans la région des dunes ne tarissent pas et fournissent une eau d'excellente qualité ; aussi les villages situés sur les dunes trouvent dans leurs puits une eau potable saine, mais il arrive souvent que son séjour au milieu de sables calcaires en dissolution lui communique une légère coloration jaune, qui n'est pas nuisible à sa qualité, mais dont on ne peut le débarrasser même par le filtrage.
(i) Malte-Brun.
Girard, 8.
114 ^^ GENÈSE DES PLAGES
La différence d'équilibre entre les eaux douces voisines du rivage renfermées dans des couches de sable et la pression exercée par la marée sur ces mêmes couches, donne lieu au phénomène des puits à maréyage. Au moment où la mer monte, elle fait sentir sa pression sur les nappes contiguës à la plage et elle y pénètre jusqu'à une certaine distance, sans cependant se mtlanger aux eaux douces. Le sable recevant les eaux d'un plateau plus élevé, il en résulte une compression alternative obéissant aux mouvements de la marée, à travers le point de contact, fissure ou sables perméables. De sorte que le niveau du fond d'un puits placé dans ces conditions, s'élève et s'abaisse suivant les intermittences de cette pression. Le résultat provient surtout de la nature du terrain ; les sables, les falaises crayeuses sont favorables à établir ces contacts élastiques avec la marée. Les puits à maréyage sont assez fréquents sur les côtes françaises de rOcéan ; on en connaît sur les côtes de Bretagne, en Normandie et dans la région landaise. La hauteur des marées et la violence des tempêtes apportent des perturbations temporaires dans le régime des sources ; ainsi, à la suite de la tempête du 27 octobre 1882, le niveau des sources d'eau douce contenues dans les dunes de la péninsule de Grave, a été modifié.
Par contre, l'isolement d'un puits des couches circon voisines par un revêtement imperméable, le rend indépendant des alternatives de pression de la marée. A l'extrémité de la ville de Saint-Jean-de-Luz se trouvait un couvent de bénédictins aujourd'hui détruit par la mer. Deux puits solidement construits ont subsisté et s'élèvent au milieu de l'eau ; leur enveloppe protectrice ayant résisté aux érosions de la mer, permet de puiser encore de l'eau douce contenue dans les couches sous-jacentes ( i ).
La compression des eaux extérieures sur celles de l'intérieur existe aussi dans certains cas pour des nappes d'eau découvertes, séparées de la mer par une digue de sable. On cite en Islande le lac semi-circulaire de Diapalon, situé près du cap du Sna:fells JokuU, séparé de la mer par un bourrelet de laves volcaniques mélangées de sables, où les phases de la marée agissant sur le sous-sol perméable du bourrelet littoral, provoquent
( i.) Le comte de Metivier. De l'Agriculture et du déplacement des landes. Bordeaux, 1B39.
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une élévation ou un abaissement de la surface du lac selon le flot ou le jusant. L'eau du lac reste douce, sans se mélanger avec les eaux marines qui lui communiquent leur mouvement alternatif (i).
Les cours d'eau ne se jettent pas toujours dans la mer par une embouchure régulière, classée dans la catégorie des estuaires ou des deltas. Ils disparaissent quelquefois dans les couches profondes, dont ils suivent l'inclinaison, pour se faire jour soit sur la grève, soit sous les eaux marines, à travers des fissures en syphon, comme pour les puits artésiens.
Sur nos côtes normandes, au pied des falaises de Port-en- Bessin, coule une source abondante provenant de la « Perte de l'Aure », rivière qui, à 3 kilomètres de distance de la côte, se jette dans un gouffre, dit : la Fosse-Tournesse, où elle disparaît au milieu des broussailles et des lagunes entrecoupées de crevasses; à l'époque des hautes eaux, cette embouchure, étant insuffisante, la rivière va se jeter à 1.400 mètres plus loin, dans l'Aure Inférieure. Les eaux se déversent en cascade sur la plage de Port-en-Bessin, après un parcours souterrain à travers les couches fissurées de la craie.
II existe plusieurs sources sous-marines sur les côtes de Provence : A Cassis, la source de Port-Miou consiste en un petit courant d'eau douce s'épanchant à la surface de la mer; il paraît être le résultat de l'accumulation des eaux pluviales qui tombent sur le plateau de Sainte-Baume et dans les vallons d'Aubagne. A Saint-Nazaire et à la Ciotat, il existe des sources semblables. A Cannes, une source surgit au milieu de la mer à une profondeur de 162 mètres. Au cap Saint-Martin on a constaté un jet d'eau douce à 700 mètres de profondeur. Entre Menton et Monaco un ruisseau prolonge son cours sur l'eau salée (2).
A l'est de l'étang de Thau, à Balaruc-le- Vieux, la source d'Abysse s'épand au milieu de l'eau salée du lac littoral ; on suppose, d'après la disposition stratigraphique du terrain, qu'elle appartient à une dérivation souterraine de l'Hérault ; elle émerge à la surface en produisant des ondulations, au milieu
(i) Olafson et Palafson.
(3) Villeneuve de Flayosc. Description géol. du Var.
Il6 LA GENÈSE DÇS PLAGES
desquelles on puise de Teau douce potable, quoique entourée d'eau salée.
Une source sous-marine semblable, mais beaucoup plus importante, existe à la Spezzia, en Italie; elle se manifeste à la surface en une gerbe de 25 mètres de diamètre, surgissant à 1.60Û mètres du rivage. Quand la mer est calme, on distingue Peau ascendante, produisant à la surface une élévation lenticulaire de 3 à 5 centimètres de hauteur ; la teinte azurée de la mer forme contraste avec leau douce incolore, qui, en vertu de sa densité, remonte à la surface avant qu'un mélange se soit opéré.
Daus le golfe de Tarente, en Italie, près de la ville de ce nom, il existe une baie nommée : «Mare Piccolo », où une source d'eau douce, le « Citerello », sort aussi du fond de la mer au milieu de la baie. Elle était connue des anciens, si l'on en juge d'après les vestiges de constructions voisines.
On en connaît plusieurs sur les côtes de Grèce existant depuis la plus haute antiquité ; Pausanias a décrit celle de l'embouchure de TAchéron, à laquelle il assigne un diamètre de 40 pieds. Une des plus remarquables est celle d'Anavolo, dans le golfe dArgos, entre Kiveri et Astros,où la colonne ascendante n'a pas moins de 15 mètres de diamètre; quand la mer est calme, on la voit jaillir avec force du fond, conservant assez d'intensité pour bomber la surface et s'échapper en ondulations concentriques (i).
Ilumboldt a signalé à Cuba, la Trebintchitza, sorte de fleuve remontant à la surface de la mer avec une telle impétuosité, que les petites embarcations n'en approchent pas sans danger.
Sur les côtes de Yucatan la disposition des couches aquifères permet l'échappement à la mer d'une nappe d'eau puissante se tenant à une profondeur variable et coulant entre le rivage et leur cordon littoral comme une rivière (2).
Les grèves et îlots madréporiques. — Une étendue considérable des rivages de l'Océan austral est influencée par la vie det^ polypes; ils s'accroissent sans cesse, s'élevant insensiblement jusqu'à ce qu'ils aient atteint la surface de l'eau.
(0 Leak. Voy. en Grèce, t. II, p. 480.
(j) Arthur Scott.
LA GENESE DES PLAGES
Les Zoophytes se logeant sur les crêtes étroites, pu leur travail d'accroissement, ils constituent une muraille de même nature que la base. La mer vient briser contre ce nouvel obstacle, déferlant en écume par dessus la cime. Si les roches où les polypes ont pris naissance, présentent une surface garnie de saillies et de renfoncements, les flots réduisent en fragments les pointes aiguës et il résulte de Tamas de ces débris un véritable sol, dont la végétation s'emparera Ces animalcules microscopiques tirent du liquide ambiant leurs aliments et les éléments d'une demeure fixe, où ils»pourront vivre d'abord, et
Fig. 37 Madrépores du fond de la mer.
ensuite, déposer les germes de leurs successeurs. Or, ce travail se multiplie par des nombres tellement incalculables, qu'il est devenu le type caractéristique des rivages de l'Océan austral. Tous les rochers sont couverts d'un enduit aux couleurs variées qui est le Corail. Il construit des récifs qui s'élèvent assise par assise, sous l'efiFort de travailleurs infatigables, mais arrivé à fleur d'eau, il s'arrête et les derniers nés ne peuvent se reproduire.
Plusieurs îles de TOcéan Pacifique sont entourées d'une couronne de rochers coraliens, capables de résister à la force des lames ; cette digue, de même origine que les pâtés de corail
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LA GENÈSE DES PLAGES
plus petits, apparaît de loin blanchie par les brisants; elle est surmontée çà et là d'un îlot couronné de cocotiers. L'intérieur du « lagon » forme une sorte de port naturel
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