DU SOL
Interprétation des traces laissées par la mer. — Les eaux répandues à la surface du globe, jouant à la fois le rôle d'agents désorganisateurs et reconstituants, ont déposé sur de nombreux endroits éloignés de la mer, des vestiges indiquant son séjour à une époque reculée. Ils occupent souvent une place permettant de supposer un retrait de la mer ou une élévation du sol. Les cordons de sables et de galets déposés au loin, les bancs de coquillages surélevés, les baies comblées, les constructions élevées dans des endroits qui ne justifient plus de leur utilité, paraissent être des indices favorables à l'exhaussement du sol. Mais dans une acception contraire, les plaines basses envahies par la mer, les estuaires agrandis, les fragments de côtes disparus, les îles emportées, les constructions submergées, semblent être autant de repères ind ^uant TafiFaissement de certains points situés au-dessous du niveau de la mer, supposé invariable dans ces supputations.
Ces évolutions n'autorisent pas invariablement à formuler des conclusions relatives aux variations de la surface des continents, recherchés dans les transformations de la croûte terrestre. Un bourrelet relégué, loin de la laisse de haute mer, peut résulter uniquement du fait d'une haute marée favorisée par les vents ; une plaine alluviale conquise sur la mer n'est souvent que la conséquence de dépôts dus aux courants. Les fragments de troncs d'arbres ensevelis dans les sables des plages ne sont quelquefois que la conséquence de destructions opérées dans le
voisinage de la grève. D'où un grand nombre des évolutions littorales sont une conséquence directe des phénomènes d érosion et d'alluvion combinés suivant des circonstances quelquefois très compliquées.
Au bord de la mer, au voisinage immédiat du grand plan de nivellement général du globe, imposé par la nature même, les dénivellations decertains lambeaux du sol semblent indiquer des mouvements lents de l'écorce terrestre. Les terrasses marines constatées dans tous les lieux du globe et particulièrement dans le voisinage des pôles, lournissent une indication qu*on est obligé d admettre sous réserve de leur cause réelle.
La reconstitution des cartes du fond de la mer et des continents a démontré que des effets physiques émanant de Tintérieur de la terre, produisent des élévations et des affaissements, avec une intensité qu'il est difficile de déterminer faute de termes de comparaison, mais que ces évolutions se poursuivent, laissant une lacune dans l'ensemble de nos connaissances, aussi bien que dans l'ordre naturel.
Lyell lut le promoteur des soulèvements graduels basés sur les phénomènes reconnus sur les rivages. On a attribué dans leur totalité ces déplacements à des soulèvements composés par des affaisse nients ou ridements de parties correspondantes. D'après S. Grimes elles résulteraient de l'affaissement des bassins océaniques sous le poids des sédiments déplacés (1). Les changements survenus dans sa distribution le long des côtes, en quantité considérable^ produiraient un affaissement lent sur certains points, ayant comme conséquence opposée le relèvement de certains autres- Dans ce cas, à l'époque où les mers couvraient les terres aujourd'hui émergées, les courants océaniques et même fluviaux auraient concouru à ce transport de sédiments et, par suite, auraient été les principaux agents de transformation du globe.
xVL Bertrand considère le ridement de la croûte terrestre comme se poursuivant d'une façon continue et toujours aux mêmes places. Cette loi n'empêche pas que des oscillations et des ruptures se produisent accidentellement. C'est ainsi que s'explique l'origine des chaînes de montagne et des dépressions de
{i) Sianlcj Grimes. Geonomy, Création of the Continents by the currents.
l'Océan. Il considère comme probable la relation entre le mode de déformation de la croûte du globe et le magnétisme terrestre, qui serait la loi présidant à cette déformation (i). Cette assertion serait concordante avec les études de M. Moureaux sur les rapports entre les anomalies magnétiques et les fractures du terrain observées dans le bassin de Paris, où les isogones s'infléchissent sur le passage des failles (2).
Howarth suppose que la terre s'est élevée sous les hautes latitudes et qu'elle s'est contractée sous les tropiques. Suess, n'admettant d'autre élévation que celle résultant directement du plissement, a émis l'opinion de l'invasion de la mer vers les basses latitudes. Il indique comme explication possible les changements de la longueur du jour et la force centrifuge.
Les variations des côtes de Suède. -— La Scandinavie est le premier pays d'Europe où l'on ait relevé des documents permettant de repérer les mouvements lents des côtes. Jusqu'aux premiers travaux de ce genre, on n'admettait que les transformations brusques du sol ; aussi l'étude de ces dénivellations a captivé l'intérêt scientifique.
La mer Baltique est la région où ces variations ont été le mieux repérées. L'élévation de ces côtés avait été observée depuis longtemps par les riverains de cette mer, ainsi la ville de Luléà, fondée par Gustave Adolphe au bord même ^e la mer, se trouve reléguée à plusieurs kilomètres dans l'intérieur, depuis une période évaluée à cent cinquante ans ; un nouveau port a été creusé pour remplacer celui qui s'est déplacé. Plusieurs savants suédois ont laissé de précieux documents sur cette question ; Urban Iljârne citait en 1702 certaines îles comme ayant été, d'après les traditions locales, moins élevées au-dessus du niveau de la mer. E. Swedenborg fit en 17 19 une observation pareille. Mais ce fut Celsius qui, en 1743, ouvrit avec retentissement la discussion dans les Mémoires de l'Académie de Stockholm ; il émettait l'opinion de l'abaissement du plan d'eau de la mer Baltique, dans une proportion de quatre pieds et demi par siècle, d'après la comparaison de ses mesures avec les repères placés par ses prédécesseurs ; mais, il croyait aussi à la diminu-
(i) C. Rend. Acad. des Sciences, 23 février 1892. (2) Ibidem, 1892.
Girard, 13.
Fîg. fitK
Variûiitms Uttoniles véritiûcs pour ks périodes détcrmiaétfs.
Et LES MOUVEMENTS DU SOL IÇ^
tîon du volume des eaux de la mer soit par évaporation, soit par infiltration dans les terres. Swedenborg opinait pour l'écoulement lent des eaux du bassin polaire vers Téquateùr et étendait ce mouvement à toutes les mers arctiques. En 173 1 Linnée ajouta plusieurs repères à ceux de ses prédécesseurs et détermina, entre autres points, le niveau de la mer à Trellborg, qui fut plus tard l'objet de comparaison. En 1749, Hall, voyageur autrichien, fit la première constatation des plages surélevées ou terrasses parallèles aux environs du cap Nord et sur les côtes norwégiennes, où il en existe un grand nombre (i).
La théorie de Celsius fut acceptée par Linnée et Walerius ; puis reprise par Olaf Dalin (2) avec de nombreuses preuves à l'appui. Brovallius, évéque d'Abo, repoussa une partie des faits avancés par Celsius; d'après ses propres observations, il concluait, au contraire, à une élévation du niveau de la mer sur plusieurs points. En 1763, le géomètre Runebergse montra partisan de l'élévation et de l'affaissement, effet qu'il jugeait d'après ses observations dans les mines, où il croyait que les roches étaient soumises à des forces occultes. En 1806, le professeur Schulten et plus tard, en 1823, le colonel Hallstrôm reprirent la discussion en commentant les observations antérieures.
Celsius ne s était pas contenté de discuter théoriquement, il avait eu l'initiative de tracer en 1731 le premier repère précis sur les roches de Gèfle; Wikstrôm poursuivit son idée en plaçant en 1760 des marques incrustées sur les rochers dans le détroit de Kalmar,au niveau même de la mer et poursuivit pendant quelque temps ses observations dans ce sens.
La dénivellation du bassin semi-lacustre de la mer Baltique eut un certain retentissement dans la science géologique. L.Von Buch y vit une explication encore indéfinie des élévations et affaissements de l ecorce terrestre qui plaçait les mouvements de la surface du globe sous un nouveau jour. Le géologue Lyell développa cette théorie en 1834 et évalua à un mètre l'élévation du sol à GèQe, depuis le repère placé par Celsius. Le professeur Axel Erdman contribua à développer ces recherches en résumant les travaux de cegenre. S.Loven posaen principe l'élévation générale des
(i) Oscar PescheL Newe Problem der Vergleichonden Erkunde. (2) Histoire du royaume de Suède.
Côtes, d'après cette simple remarque que, dans le Sud, près de Lands'Krona, d'après un traité de Wileke, de 1776, il existait entre cette ville et le rivage, des forêts qui avaient été submergées. En 1836, Nilsson, vérifiant un repère de Linnée, à Stafsten, près Trellborg, découvrit un mouvement d'aflfaissement, d'où il conclut, en les comparant aux repères du nord de la péninsule, qu'elle était soumise à une sorte d'oscillation. En 184 ^,Silgestrôm constata l'invariabilité du repère de Skallo, tracé par Wikstrôm en 1760. Brezelius, observant les fondations creusées pour le nouveau port d'Ystad, y trouva des indications suffisantes pour affirmer l'abaissement de la côte de Skane. Depuis, Erdman et Nathorst ont démontré que les procédés de vérification des repères anciens présentaient des incorrections et qu'il fallait enployer une méthode plus précise (i).
De toutes ces études, il ressort cependant qu'il fallait établir fies repères destinés à des observations méthodiques. Sur Tinitiative du professeur Erdman, on organisa, en 1847, un certain nombre de stations, et en 1852, ce service, placé sous la direction de l'Académie des Sciences de Stockholm, fonctionnait régulièrement. Le nouveau système a démontré que les évaluations de * Celsius étaient exagérées ; il les avait fixées à quatre j)ieds et demi par siècle, d'après des repères isolés sans point de départ fixe. Cette élévation ne se poursuit pas uniformément sur toute la longueur des côtes. On relève quotidiennement le niveau de la mer, contrôlé aux écluses de Stockholm et au moyen d'appareils enregistreurs placés dans treize stations échelonnées sur le littoral, ainsi que sur le bord des principaux lacs intérieurs ; d'après les calculs eiOfectués par la Commission, l'élévation moyenne avait été ainsi répartie :
De 1774 à 1825 — o"59 De 1825 à 1852 — o'»4i De 1852 à 1875 — o'°32
On a publié en 1893 un dernier relevé indiquant que depuis un siècle, l'exhaussement du littoral avait été de 7 mètres à Osprô, de 11 mètres à Hangould et de 12 à Trernimo (2).
(i) L. Holmstrôm. Revue Scientifique, sept. 1888. (2) La Nature, 18 février 1893.
Il ressort donc de ces travaux que l'ensemble des côtes suédoises subit une élévation continuelle : raflfaissement purement local de quelques points ne détruit pas cette opinion, discutable pour quelques autres. La géodésie de précision est appelée à trancher cette question controversée. Le professeur Rubenson a proposé un nivellement détaillé, avec rattachement aux stations hydrométriques; il aurait besoin d*étre vérifié périodiquement, car la plupart des premiers repères, établis avec des procédés peu scientifiques, ne présentent pas des garanties suffisantes pour la solution.
La question du niveau de la Baltique est, d'après M. Suess, du domaine de la climatologie et de l'hydrostatique. Il faut la rechercher dans le régime des cours d'eau qui se jettent dans cette mer presque fermée et dans la fréquence des vents qui influencent sa surface. Le déplacement de la ligne du rivage est en relation avec la sortie des eaux destinées à s'écouler dans l'Océan et les oscillations locales dues aux quantités d'eau douce déversées périodiquement.
Ces variations sont soumises aux mêmes alternatives que celles des lacs ou bassins presque fermés. Si on les compare à celles de la mer Caspienne, on voit que l'amplitude des variations de niveau s'élève à 0^30, et qu'elles concordent avec les crues du Volga, avec un retard d'environ six semaines. Il existe aussi un rapport très étroit dans la mer Noire entre son niveau et celui des fleuves tributaires ; ces variations ont été rapprochées de la. fonte des neiges et des variations des glaciers du Caucase; quand ceux-ci s'avancent le niveau de la mer monte ( 1 ).
Le bassin de la Baltique, étendu en longueur, est aussi soumis aux influences atmosphériques; on a de tout temps remarqué une relation prononcée entre la pression barométrique et le niveau de l'eau aux environs de Stockholm, où suivant la direction du vent, cette dénivellation fait tantôt affleurer les eaux du lac Mœlar dans la mer, tantôt les fait refluer dans le lac. Le vent agit donc comme une marée météorologique, accumulant l'eau dans un sens ou dans l'autre et produisant par conséquent des dénivellations superficielles.
(i)M.J. V. deGuerne.
Les anciens fonds de mer à la surface des continents. — Les
vastes étendues sablonneuses qui recouvrent le soldes continents représentent d'anciens fonds de mer, si ron en juge d après les fossiles marins, les efflorescences salines et la sédimentation superficielle du terrain.
Il existe dans l'Asie Centrale de nombreux témoignages du séjour des eaux marines, tels que déserts de sable avec cailloux roulés, cavités lacustres, plateaux émergés et coquillages marins. Un vaste golfe dont le Lob-Nor est le dernier vestige s'étendait depuis le massif de l'Altaï jusqu'au Tian-Chan ; il est remplacé par un plateau sans écoulement de ses eaux : le Lob-Nor, consistant en un fond de cuvette et particulièrement dans la région septentrionale, où l'espace compris entre le lac Baïkal et le fleuve Amour reste couvert de marais sans drainage, comme Test encore la Finlande.
La plaine centrale asiatique, qui, d'après Roon, a une superficie de 62.000 milles géographiques, communiquait avec la Caspienne à l'une des dernières époques géologiques; de sorte que toute cette plaine basse représentait une mer intérieure, dont la . dépression, s'étendant du Kouen-Loun ii\i Ihian-Chan, devait avoir aux environs de Lob-Nor une profondeur de çlkiï métrés» L'état actuel représente une solitude part^emée de dune?, à laquelle les Chinois ont donné le nom de llan-lîoï, ou « mer desséchée». Pendant une époque concordant probablement avec la période glaciaire, le Tian-Chan était à peu près entouré de mers remplaçant les déserts brûlants de l'époque contemporaine. Les observations de de Mumboldt dans les steppes d'Ischen, confirmées par celles de Middendorf dant^ la Sibérie Orientale et celle de M. de Levertrow dans le désert Kirjj:hiz, montrent que toutes ces plaines, à une époque relativenient récente, probablement post-glaciaire, étaient occupées par un immense golfe de la mer Glaciale couvrant une superficie plus grande que la Méditerranée. L'Océan et le bassin aralo-caspien furent ensuite séparés par des soulèvements lents et par un atîaîssement du fond des eaux (i).
Le dessèchement de l'Asie centrale i-st encore perceptible à
(i) N. de Severtzow. Cong. int. des sciences géogr, Paris, 1*^75.
l'époque actuelle,d'après la diminution progressive des lacs représentant les bas fonds de la dépression. Observés depuis le commencement de ce siècle, on a constaté qu'ils ont beaucoup diminué et que le désert gagne; les sables mobiles menacent d'ensevelir les derniers oasis sur une surface plus vaste que l'Europe. La grande sécheresse de Tair concourt à l'évaporation des dernières traces lacustres. Les lacs desséchés totalement ou en partie dans le courant du siècle sont : dans la steppe d'Astrakan, le lac Astchi-Koul. qui a été absorbé en 1873; il n'avait pas moins de 320 kilomètres carrés ; les deux golfes de lamerd'.ArahleBarsout, qui existait en 1741, d'après Gladycheff, et le Mouravim, reconnu en 18 16 et qui a disparu depuis. L'Aïboughir, de 2.8<x3 kilomètres de surface et de 1 1 5 kilomètres de long, s'est aussi évaporé depuis le commencement du siècle. Le lac Balkhah, un des plus importants, a notablement diminué et s'est réuni à d'autres lacs. Le groupe sibérien se réduit au seul Tchany ; le lac llamoun, qui avait un bassin de 70 kilomètres de long, a disparu: les lacs de Dzour.garie ont leurs contours entièrement modifiés (1). Il est donc facile de prévoir que l'évaporation se continuera et qu'il en résultera un agrandissement de la région inhabitable.
Les mêmes phénomènes ont lieu dans la vaste étendue comprise entre la mer Caspienne et la nier d'Aral. Toute la région désertique située entre la Caspienne, les rives de l'Yaxartes et le Syr-Daria, jusqu'à la latitude de Merv, n'est une immense étendue lacustre desséchée, à la surface de laquelle on reconnaît encore d'anciens lits de fleuve abandonnés au milieu des sables et des marécages, alternant avec les graviers. Ces régions brûlantes de l'Oust-Ourt, du Kel-il-Kom, du Sari-Kamich ont le caractère complet du Sahara africain; comme les lacs salés des cholts tunisiens, elles ont leurs fondrières remplies de sable et d'argile, demeurant encore à l'état boueux, où l'imprudent qui s'aventurerait sur la croûte, d'apparence solide, recouvrant un terrain pâteux, serait englouti.
Entre la mer d'Aral et la Caspienne et au nord de celle-ci s'étendent les immenses steppes habitées par les Kirghiz,dont le sol de sable salé représente le fond d'une mer préhistorique
(1) M. Venukoflf. Revue de Géogr. Août 1886.
isolée d abord de TOccan et ensuite desséchée. Entre le Volga et rOuzen et même juAqu à rOural, cette évaporation encore impar* faite a laissé comme dernières traces les lacs amers de Velton, Kamich-Samavo et les marais du Kotmas et du Grand Kali, dont le fond est incruste de couches salines superposées; pareil fait a été constaté aux lacs Amers, dans l'isthme de Suez, derniers vesttiges d'une portion de mer isolée au milieu d*un détroit succeâsi-
Fig. 67-
Ancienne jonction de roxui^ ^ycc la mer Casipienne
(d'après i*ts explorations de M. Lcssar).
vement comblé. Le mélange salin contenu dans les lacs de rOural est tellement épais et visqueux que l'tm marche péniblement dans ce mélange semi-pâteux d'une hauteur d'environ trente centimètres; un tel degré de salure le rend réfractaire aux vives gelées de Thiver.
La mer d'Aral est désignée sur les cartes du XVI= siècle sous le nom de a mer bleue n^ et sur ces mêmes cartes la forme de la
mer Caspienne est plus allongée qu'aujourd'hui. On s'est livré aux opinions les plus variées sur la communication de deux mers et en même temps sur le déplacement de l'Oxus (Amou-Daria), dont on a cru, pendant un certain temps, retrouver les traces dans les vallons sablonneux du désert. On supposait qu'il avait existé une communication entre les deux dépressions par l'intermédiaire de rOuzboï, qui traverse un lac intermédiaire marécageux, le Sari-Kamich, dont la longueur est d'environ 200 kilomètres. L'explication au moyen d'un mouvement lent du sol a été abandonnée, après une étude plus approfondie de la topographie locale. Depuis Kiva jusqu*au lac Sari-Kamich et même avec prolongement jusqu'à la Caspienne, il existe une pente faible, mais continue, sur laquelle l'Oxus se déverse en se transformanten une série de minces filets d'eau comparables aux ramifications d'un delta aboutissant à la mer d'Aral, avec des écarts indéterminés. Les déplacements de ce fleuve au milieu des déserts sablonneux restent toujours obscurs, faute de renseignements antérieurs, quoiqu'il concorde avec Tasséchement de l'Asie centrale pendant la période contemporaine. Quelques documents anciens s'accordent cependant à constater l'existence d'un désert depuis les temps les plus reculés, dans lequel on n'a jamais découvert aucune ruine (i). D'après le général Stébintzky, l'explication la plus satisfaisante, basée sur la carte de Jenkinsen (1873), serait que les lacs de Sari-Kamich correspondent aux distances données sur cette carte et que la présence de l'eau douce dans cette dépression aurait pour origine le débordement de rOxus en 1878.
Les déserts de l'Asie et de l'Afrique ont une commune origine indiquée par les sables sales, les coquillages marins et les dépressions lacustres. Les Chotts, le lac Triton des Anciens, paraissent avoir formé un golfe intérieur ayant eu une communication probable avec la Méditerranée par l'isthme de Gabès, qui n'est qu'un cordon littoral complété d'une chaîne de dunes. Le Sebka Faroum ne représente plus qu'une plaine de sel desséché ; le chott Mel-Rhir est à 26'"89 en contrebas de la mer
(1) M. p. Lessar. L'ancienne jonction de TOxus avec la mer Caspienne (Cong. int. de S. Géogr., I, Paris, 1890).
aaa les vestiges littoraux
à son bord occidental et son fond s'incline vers lest avec une pente de o^ao par mètre (i). On retrouve sur les bords de cette mer des traces d'appareil littoral, des monticules de sable avec des cailloux roulés, des vestiges d'érosion et entre autres coquillages marins le Cardium Edule \2). Au nord du chott Meighigh existe un sol sablonneux et marneux, que les Arabes appellent : • ]
Bakhbâkba, Cette terre tassée, unie à certaines places, boursoullée dans d'autres, laisse des cavités dans sa juxtaposition avec la couche inférieure.
A la moindre pluie, la croûte s affaisse pour se reformer pendant la sécheresse. Le fond du Chott El-Djérid, semblable à une immense mer desséchée, n esi en réalité qu'une croûte de sel et de sable, d'une épaisseur d'environ So centimètres, flottant comme une couverture, sur un lac souterrain dont le liquide est compose d'un mélange d'eau jaunâtre et de sable \m. Le capitaine i^oudaire a fait creuser des trous à travers la couche superlîcielle pour en sonder la profondeur: mais la densité du mélange ne permit pas (k la sonde de donner de réelles indicritions. Ce revêtement, assex Mexible pour onduler sous la prèssion des vents violents, est dangereux pour !es voyageurs qui s'aventureraient au hasaid : dans ces circonstances, les bétes de somme, obéissant ù leur instinct, refusent d'avancer.
Le Rann de Catch, aux Indes, représente aussi un ancien fond de mer de la même catégorie ; situé dans le bassin de T Indus, il est resté en communicalinn variable avec TOcéan, Pendant le mousson, qui concorde avec la saison des pluies, les eaux de la mer, poussées par le vent soufllant toujours dans ta même direction, franchissent un fiiible seuil et aHluent dans la plaine, qu*elles inondent fort loin, à cause de sa parfaite planimétrie. *
Leur hauteur atteint à peine un métré dans le voisinage de la mer. Au retrait des eaux, la plaine, qui s étend sur une longueur de 2.fo kilomètres, se couvre d'elflorescences salines, d'une \
croûte rigide, aux grains de sable agglutines, résonnant sous le \ '
pas des caravanes. Au milieu du désert surgît l'Archipel de Catch, composé de quelques éminences servant de points de
(i) E. Fuchs. BulL de la Snc. de Géogr., sept. 1867. (3) IL Duveyrîer, ibidem, janvier ÏS75*
repère et de campement aux caravanes qui voyagent avant le retrait complet des eaux, pour éviter les insolations; autrement elles ne s'y aventurent que la nuit, afin de se soustraire à la
réverbération du soleil, aux effets de Thallucination pareille au rhagle du désert africain, et au mirage produisant le vertige. Plusieurs géographes ont considéré ce désert comme le résultat
d'une dépression du sol, que les alternatives des dépôts de sel finiront par combler.
Ces anciens fonds de mer se retrouvent aussi en Australie, dont le plateau central est occupé par des plaines sablonneuses entrecoupées de dunes de sable rouge ondulées, dont l'espace s'étend sur 600 kilomètres en latitude. Elles alternent aussi avec des lacs salés, tel que le lac Amadeus, le lac Gardner, le lac Eyre et autres, qui, desséchés pendant l'été, présentent tous les caractères des Chotts sahariens. Ils se couvrent après les pluies d'hiver d'une même nappe d'eau, s'étendant à perte de vue, parsemée de bouquets de spinifex, plante spéciale aux déserts australiens.
Traces littorales en Amérique. — Tout le nord de l'Amérique présente des restes grandioses d'anciens fonds de mer desséchés, appartenant à l'époque quaternaire et où tous les rivages sont encore visibles avec leurs différents étages. On y retrouve, comme dans un laboratoire de géologie expérimentale, des exemples des mouvements du sol et des évolutions de la période glaciaire.
Les géologues des États-Unis ont donné les noms de Bonneville au lac desséché qui se trouve dans l'Utah, de Lahontan, à celui de Nevada et d'Agassiz à celui du Minnesota ; ce dernier nom a été choisi en l'honneur du célèbre naturaliste, à qui l'on doit de nombreux travaux sur les phénomènes glaciaires.
Le lac Bonneville mesure dans ses nombreux replis une longueur de 180 milles du nord au sud, dans le bassin de l'Utah; les anciens rivages les plus élevés sont à 188 mètres au-dessus du grand Lac Salé, nappe d'eau qui a subsisté comme dernier vestige de l'ancienne mer intérieure. Les rivages ou terrasses bien conservés représentent les niveaux succesifs de l'eau, dont le retrait progressif a probablement été causé par l'évaporation. Le fond est occupé par un désert de sable, renfermant des sels mélangés à des cailloux roulés et à des matériaux détritiques. On y reconnaît la présence du carbonate de chaux, de la silice, de l'alumine et des traces de magnésie; pendant l'été le sol se couvre d'efBorescences salines provenant des couches inférieures imprégnées de sel au moment de la dessiccation ; l'exutoire de cette
Lac dfilEpoqoe Glaciaire dit
LACLAHONTAN
dans
LE NEVADA OCCroENTAL
d'ajxres JiIsraeL CRnsMl
ii^^Uf^'pvJMar^Frr
Fig. 70.
mer intérieure découvert par M. Gilbert en 1877 se trouve à Red Rock Pass, près Oxford, Idaho (i).
Le lac Lahontan,situé dans le nord-ouest du Nevada, présente les mêmes caractères : les lacs Carson, Pyramid, Winnemuca, sont les dépressions où séjournent les restes de l'ancienne nappe d'eau. Presque toutes les vallées qui se trouvent dans le bassin du lac Lahontan paraissent provenir de fractures. Les mouvements du sol ont persisté pendant toute l'existence du lac et persistent peut-être encore dans toute la région du Grand-Bassin. On a remarqué que les déchirements du sol sont placés au pied des collines suivant les anciennes lignes de dénivellation; en certains endroits, ils recouvrent les cônes d'alluvion qui descendent des sommets environnants dans la vallée. Un canal de communication ou déversoir a été retrouvé à Smok-Creek, où il est accompagné d une crevasse de 50 milles de long, jalonnée de sources chaudes (2).
Le lac Agassiz occupe une étendue considérable dans le Minnesota, où il se confond avec les prairies; il avait, d'après M. Young, 100 à 200 milles de largeur à l'ouest du lac Winnipeg et vune longueur de 600. Il dépassait donc, à l'époque où il était rempli, une surface plus grande que celle du lac Supérieur et d'après des anciens rivages à Fargo et à Moorhead, le plan d'eau aurait été à une hauteur moyenne de 60 mètres ; à Grand Forks, il aurait atteint 100 mètres et à Pembina 170 mètres, point le plus élevé. Les contours du lac Agassiz ont été explorés en 1879 et 1881 par M. Warren Upham et plus tard par M. Robert H. Young, qui en a adressé une carte depuis les grèves Herman, dans le Dakota, jusqu'au lac Traverse. Tout le périmètre a été rélevé, sauf dans la région boisée du Minnesota. Selon toute apparence il aurait été formé par le bassin de la Rivière Rouge du nord et une partie du lac Winnipeg.
On suppose qu'il existait au nord et au nord-est une digue ou un glacier, qui a disparu, permettant à l'eau de s'échapper dans la direction de la baie d'Hudson. Les indications manquent pour établir la nature du barrage des eaux. M. Warren Upham a
(i) U. s. GeolOjgical Exploration of the fortieth parallel. Clarence King. Geologist in charge ; I. Systematic Geology. 1878.
(2) U. S. Géol. Survey, J. W. Powell. Third annual report. 1881-1882.
LibC delEpoqneQacâaire dit