‹ La geógraphie médicaleChapitre 153 sur 233 · CONTAGION NERVEUSE · texte numérisé non relu

CONTAGION NERVEUSE

vennes, dans le Dauphiné, sont pris du délire prophétique : ils marchent en chantant, au-devant des dragons de Louis XIV; les enfants eux-mêmes se mettent à prophétiser. Dans le Labourd, aujourd'hui département des Basses-Pyrénées, 27 villages se donnent au démon, dansent, prophétisent, confessent et se font brüler. En # mois le président Espagnet, envoyé à Bordeaux, donne la question à 500 fous et en brûle 80!

Le xvine siècle lui-même, le grand siècle intellectuel, ne devait pas échapper à cet étalage de la bêtise humaine : on y déterre, pour les mutiler, les morts qu’on accuse de revenir sous forme de vampires ; une communauté de Paris a ses miaulantes, qui miaulent comme chattes, pendant les offices ; le confesseur est envoyé à la Bastille; les miaulements redoublent. Une véritable encyclopédie de démonolâtrie est mise, en quelque sorte, en action sur le célèbre tombeau du diacre Paris, au cimetière de Saint-Médard. La démonolatrie s'organise avec discipline. On se nomme du nom de frère et de sœur. On se fait figuriste, chargé d'imiter, pendant la convulsion, les diverses scènes de la passion ; secouriste, rôle moins désagréable, qui consiste à administrer aux frères et aux sœurs les petits secours, pour les empêcher de se blesser et les grands secours, qu'on donne en les frappant avec des bûüches et en piétinant à vingt ou trente ensemble sur leur ventre ! De 1727 à 1731, plus de 806 attaques officielles ont lieu sur le tombeau; la célèbre affiche « Défense à Dieu de fuire miracles en ce lieu » ne fit pas tout cesser et le convulsionnarisme clandestin persista jusqu'en 1762, époque où les jésuites cessèrent de persécuter les jansénistes. Mais nous sortons ici de la médecine pure; ce ne sont plus ici uniquement des malades: les jongleurs apparaissent déjà derrière eux, et nous les trouverions en majorité, si nous voulions suivre, au xix° siècle, les disciples de l’antique sorcellerie.

Contagion nerveuse. — On peut cependant encore, même au milieu de notre société beaucoup moins sceptique qu’on le dit, observer, surtout 1l est vrai chez les enfants et chez les ignorants, des faits de contagion nerveuse : En 1848, dans un ouvroir des environs de Paris, où se trouvaient réunies 400 ouvrières, il y eut, en trois jours, 115 cas de syncopes convulsives. En 1861, dans une église de Montmartre, où 150 jeunes filles faisaient leur première communion, l'une d'elles, terrifiée par les sermons, qui ne lui parlaient que des flammes de l'enfer, affaiblie

par la retraite, eut une syncope convulsive ; au même instant, comme part un feu de peloton, 40 enfants eurent la syncope convulsive. Tout récemment, en Italie, à Verzegnis, un père jésuite faisait à des jeunes filles un sermon, qui avait pour but de leur inspirer une peur horrible du diable ; aussitôt 30 enfants bouleversées se mettent à imiter le chant du coq, à miauler, aboyer, hurler, gesticuler et éclater de rire !

Le suicide devient quelquefois épidémique dans les régiments, et tout le monde connaît l’histoire d’une célèbre guérite, qu'il fallut faire changer, pour empêcher le factionnaire de s’y tuer. Dernièrement, le 82° de ligne prussien a présenté, en 2 ans, 19 suicides. Et nous-mêmes n’avons-nous pas vu ce que peuvent donner l’imitation, la contagion de la sottise, même chez un peuple qui passe pour spirituel, quand toute une ville comme Paris s’est mise, il y a quelques années, à crier : Eh! Lambert! Le courage et la peur, cette dernière surtout, sont manifestement contagieux. Dans la foule d’un théâtre, les applaudissements, comme les sifflets, se communiquent. Telle est l'explication des paniques qui se voient même chez les animaux, sur les champs de foire et dans les régiments de cavalerie : en 4870, tout un escadron de cavalerie s’emballa sans motif et, en Algérie, 2000 chevaux quittèrent une nuit le bivouac.

La Salpêtrière. — Mais si nous voulons voir se reproduire sous nos yeux la catalepsie, la convulsion, la manie prophétique des xv°, xvit et xvue siècles, c’est à la Salpêtrière qu’il nous faut aller ; là, le professeur Charcot, au moyen d’une vive lumière qui excite leur système nerveux, comme faisaient jadis la frayeur ou la persécution, fait revivre les convulsions du vieux temps; il les fait cesser à sa volonté, par la compression de l'abdomen, comme jadis la même compression, faite au moyen d’une ceinture ou, au besoin, du poids de plusieurs hommes, les faisait cesser. Seulement, alors, on croyait avoir délogé le diable ! comme autrefois, les théologiens et les inquisiteurs, nous pourrions constater l'anesthésie de la peau; c’est ce qu’ils nommaient stigmata Diaboli. Tout ce vieux décor est relégué aujourd'hui dans l’hospice, j'allais dire dans le musée rétrospectif de la Salpêtrière, et si nous voulons voir des convulsionnaires en action, comme au moyen àge, c’est hors de notre pays, fort heureusement, qu’il faut aller.

De quelques épidémies nerveuses. — En Laponie, on observe un état hallucinatoire épidémique, qui sévit par les

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