DE QUELQUES ÉPIDÉMIES NERVEUSES
grands froids, dans les moments de misère et de mauvaise alimentation : c'est le ragle des neiges.
On trouve encore, sur la côte de Guinée, certaines associations magiques, dont les mystères nocturnes ne peuvent être révélés, diton, sous peine de mort ; de la côte d'Afrique, ils ont été importés aux Antilles par les nègres; ils y existaient encore, il y a quelques années, sous le nom de vaudoux. Une victime est immolée, et, autour d'elle, une ronde s’agite, tourne, hurle jusqu’à pamoison, chacun venant frapper du pied sa tête.
En Abyssinie, le délire nerveux n’est pas rare chez les femmes; lorsque l’une d'elles est atteinte, on envoie chercher les musiciens et, toute la famille, les amis accompagnent, en dansant, la malade, quidanse elle-même; tout le monde finit par danser pour son compte. Une épidémie de ce genrea recu le nom de tigritier. La lycanthropie n’est pas rare, non plus, dans ce pays : les potiers, les forgerons passent pour avoir le pouvoir de se métamorphoser en hyènes; ils ne sont pas brûlés, mais fort redoutés.
Dans diverses parties de l'Ethiopie, des délires semblables portent le nom d’Astaragazza.
A Madagascar, en 1863, le roi Radama se montrait plein de confiance envers l’Europe et il admettait volontiers les Européens; le parti arriéré du pays fut indigné; de vieilles femmes virent, la nuit, les ancêtres de Radama sommer leur petit-fils de chasser les étrangers. Conversations, commentaires, amplifications, ne manquèrent pas; alors une bande de fanatiques se mit à prophétiser; cette bande devint une armée ; ils couraient jusqu’à la syncope et, l’imitation grossissant la troupe en route, deux mille aliénés choréiques parurent ainsi devant Radama. Le roi envoya son fils pour calmer les manifestants ; mais quel ne fut pas l’étonnement, lorsqu'on vit le jeune Radama, au milieu de son allocution,se mettre lui-même à danser.
En Sibérie, il existe, sous le nom de {ara, une maladie imitative, convulsive, qui n’attaque que les jeunes femmes d’un même district. Dans l’Inde, les danses convulsives atteignent un tel degré d’exaltation, que les assistants, insensibilisés, finissent par manier des charbons ardents. Une chorée imitative existe à Java et dans une grande partie de l’archipel Indien, sous le nom de Zata,
La période de civilisation dans laquelle se trouvent actuellement les Peaux-Rouges de l'Amérique du Nord, se prète à merveille à la production des épidémies mentales : l'hallucination, la
monomanie, sont fréquentes, au dire du voyageur Pinart, chez les Déné-Dindjé et chez toutes ces tribus du Nord-Amérique, auxquelles les trappeurs français ont donné les noms fort célèbres dans les romans d'une certaine époque, de couteaux-juunes, castors, mauvais-monde, têles-plates, pieds-noirs. 11 n'est pas jusqu'aux flagellants qui ne se retrouvent chez eux : un vieillard administre des coups à tous ceux qui se présentent ; on doit se laisser rouer et déchirer jusqu'à la syncope, sous peine de passer pour un lâche! On se fait une idée du degré d’insensibilité où peut pousser le fanatisme, lorsqu'on lit les récits contemporains des danses du Soleil, chez les Sioux: on danse pendant plusieurs jours et plusieurs nuits ; on se coupede cinquante à deux cents morceaux de chair; à ces trous, comme à des sétons, pendent des tètes de bison ; d’autres portent ainsi des pieux; on voit ces malheureux tomber épuisés, évanouis, ensanglantés.
Enfin, il y a quelques années, ce n’est pas chezles Sioux, mais chez les Anglo-Saxons, qu’on a pu voir des scènes semblables : dans un camp-meeting tenu par les méthodistes, où dix mille ou douze mille dévots étaient réunis, les fidèles se sont mis à danser, à chanter, à rire, à pleurer, à écumer, à se rouler et à s’évanouir par centaines; il n’y eut pas moins de huit cents maniaques en pamoison.
L'état social, bien plus que le climat, suscite ces maladies étranges ; car on les observe sous tous les climats. Il est même à remarquer qu'elles ont aujourd’hui deux maxima opposés : le nord et les tropiques.
Au nord, en Islande, en Sibérie, certains Samoyèdes tombent en convulsion au bruit de la musique ; la démonomanie est endémique dans le nord de la Norwége; on a attribué le fait à l'excitation nerveuse due aux longs jours polaires ou, au contraire, au pouvoir hallucinant des longues nuits polaires. Mais la vraie eause c’est l'ignorance. A l'équateur, tous les empires nègres nous montrent les mêmes exemples.
La folie chez les animaux, — Si l'association, si la civilisation sont productrices de folie, en est-il de même pour l’association et pour ce qui ébauche la civilisation chez les animaux? La réponse est non, pour ceux qui, avec saint Thomas, les regardent comme de simples machines; elle est oui, pour ceux qui, avec saint Augustin, avec Lactance, croient qu'ils ont une raison et une âme, Pour nous, qui savons qu'ils ont un cerveau commele