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LA FOLIE CHEZ LES ANIMAUX

nôtre, mais moins parfait, fonctionnant comme le nôtre, mais moins finement et que la vie et la pensée ne sont chez eux, comme chez nous, que le résultat de phénomènes physiques, nous admettons, a priori, que les troubles cérébraux doivent succéder, chez les animaux, comme chez nous, aux désordres anatomiques du cerveau, mais que ces désordres doivent être d'autant moins fréquents chez eux, que leur cerveau fonctionne moins. Nous savons, en effet, que c’est chez les plus domestiqués et, parmi eux, chez les plus intelligents, qu’on observe la folie. Le délire, le rève, les hallucinations s’observent chez les animaux, chez le chien, le cheval. Un vétérinaire de Lausanne, Levrat, dit avoir souvent observé la folie chez le cheval ; elle frappe souvent, dit-il, les chevaux de race allemande, qui ont la tête étroite au front et les oreilles rapprochées. La folie puerpérale, analogue, identique même à celle de la femme, est fréquente chez la chienne. Quant à l'influence de l’intelligence, on cite précisément, comme ayant succombé à une affection cérébrale, le Régent, cheval savant dressé par Franconi et certain cheval sauvage des Landes, qui, gràce aux tactiques habiles, qui l'avaient maintes fois servi et sauvé, portait le nom de Napoléon des chevaux. U fut pris dans sa vieillesse et mourut par le cerveau.

L'influence de limitation n’est pas moindre chez eux : la toux, le bäillement sont imitatifs, comme chez l’homme ; le tie des chevaux est imitatif dans les casernes.

Lesthéologiens et lesjésuites ont d’ailleurs longtempsjugé que les animaux pouvaient être possédés comme l’homme; voici quelques exemples qui prouvent d’ailleurs et surtout, quesi les animaux peuvent devenir fous, l’homme le devient plus souvent encore ! En 1120, l’'évèque de Laon lance un bref d’excommunication contre les chenilles et les mulots. En 1247, un prêtre de Soissons, consulté par une sorcière, baptise un crapaud et lui donna le nom de Jeun. Vers la même époque, un essaim d’abeilles, ayant tué un homme, fut jugé et condamné à être brûlé. Le 22 septembre 1543, dans une assemblée tenue par le conseil municipal de Grenoble, un conseiller exposa que les limaces et les chenilles faisaient un tort épouvantable; il fut convenu qu’on prierait M. l’official de vouloir bien excommunier lesdites bêtes. Le grand vicaire les fit assigner devant lui et, après information solennelle et plaidoirie contradictoire, il les condamna à sortir du diocèse « et à faute de ce faire, les déclarons maudites et excommuniées ». Le même

fait se reproduisit encore au xvue siècle, à Pont-du-Château, en Auvergne et, ce qui est plus grave, c’est que ce fut le juge laïque qui enjoignit aux chenilles de se retirer.

Prophylaxie par la science. — De tous ces faits nous pouvons conclure, que les étapes de civilisation (sensitive, psychique), caractérisées par la foi, la superstition, le fétichisme, l'ignorance sont un milieu favorable à la folie individuelle ou collective. Nous pouvons en déduire une conséquence thérapeutique, c’est que, dans la phase intellectuelle, le développement de l'instruction et la substitution du savoir au croire sont le remède et la prophylaxie,

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