CHAPITRE TI
Les races, comme les individus, différent par leur milieu intérieur. — Quel que soit celui des milieux extérieurs dont nous venons de faire l'étude, qui agisse sur lui, chaque être dépend en outre de son milieu intérieur.
Il ne faut pas croire que ce mot milieu intérieur soit une image; c’est une réalité, dont il importe de se rendre compte : ainsi que le faisait judicieusement remarquer Cl. Bernard, l'animal composé d’une seule cellule, la monade, qui nage dans l’eau, n'est pas imbibée par cette eau ; elle est imbibée par un liquide, à elle, qui lui est propre, qui constitue ce que je nomme, avec CL. Bernard, son milieu intérieur, Or les animaux, même plus élevés, sont composés d'éléments histologiques, de cellules, dont chacune se comporte comme la monade, dont chacune possède son milieu spécial ; ces éléments histologiques, baignés dans les sucs qui les imbibent, y trouvent, en quantités variables, l'oxygène, l'azote, l'acide carbonique, les sels et c’est là qu’ils « respirent directement, disait encore Cl. Bernard, comme le poisson dans l’eau ». Les conditions propres à chaque race et à chaque individu tiennent donc, en réalité, à la structure, au nombre, à la qualité des éléments histologiques, à la composition, à la qualité, à la quantité des sucs, qui les baignent dans chaque race ou dans chaque individu ; ce sont là autant de différences anatomiques, que nous ne connaissons pas encore en elles-mêmes, mais dont nous apprécions les effets.
Nous savons bien que le pouls n’est pas le même, comme nombre, dans toutes les races humaines ; mais nous ne savons pas pourquoi. |
Nous ignorons également, si, dans un même milieu extérieur,
la température de toutes les espèces est la même. Or nous avons vu quelle importance pouvait avoir la température dans le mécanisme de l’aptitude ou de l'immunité pathologique ! des recherches sont à faire dans ce sens.
Il est un autre desideratum important, c'est de connaître la vitesse avec laquelle les sensations périphériques cheminent, d’une manière centripète, vers le cerveau, qui les apprécie, les goûte, et la vitesse avec laqueile le cerveau renvoie sa réponse, dans le sens centrifuge, sous forme de mouvement voulu. Cette vitesse varie non seulement suivant les races, mais suivant les individus et, chez le même individu, suivant les circonstances. ainsi, chez un homme qui a pris du café cette vitesse augmente ; il parera plus vite un coup d'épée ; elleaugmente chez le cheval sous l'influence de l’avoine (Sanson) ; il serait intéressant de mesurer ces différences suivant les races. Divers appareils fort ingénieux ont été imaginés par les docteurs Obersteiner et Exner, en Amérique, ainsi que par les docteurs Lebon et Noël, en France.
Ce que je viens de dire des perceptions centripètes reçues par le cerveau et des mouvements centrifuges voulus et répondus par cet organe, est également vrai pour la moelle, qui, elle, ne veut pas, mais qui cependant renvoie les sensations sous forme de mouvement, qui les réfléchit sous forme d'action réflexe. Or toute la pathologie est là : la variabilité de l’action réflexe, suivant les races, est unedes causes de la variabilité des symptômes morbides, suivant les races,
D'une façon générale, c’est avec le milieu intérieur que varie ce que l’on peut nommer l'essence de la race, laquelle diffère notablement d’une race à l’autre. C’est à une différence chimique dans les tissus que tiennent l’odeur propre à chaque race et même le gout spécial que l'anthropophage trouve à chaque race humaine: le nègre est, parait-il, ce qu’il y a de meilleur ; le blanc est, dit-on, détestable ! Broca avait remarqué que, dans les amphithéâtres, les museles du nègre se putréfient moins vite que ceux du blanc.
Tous ces faits sont autant d'exemples d’une différence dans la constitution physique ou chimique des tissus, d'une différence de densité, de température, d’hydratalion ou de concentration et CL. Bernard avait bien raison, lorsqu'il disait : &« Il y a dans cha- {« que animal des conditions physiologiques de milieu intérieur «qui sont d’une variabilité extrème. Or, chez un animal, les « phénomènes vitaux ne varientque suivant des conditions de
« milieu intérieur précises et déterminées. » Ce que nous nommons l’esseuce de chaque race est donc l’ensemble de ces conditions anatomiques particulières.
Variabilité de l’action toxique suivant le milieu intérieur, — C’est bien évidemment à des conditions anatomiques de ect ordre que tiennent les différences entre les effets d’une même substance toxique, chez des races ou des espèces distinctes.
Je pourrais en citer de nombreux exemples : la Rana esculenta et la Rana temporaria réagissent différemment sous l’influence d’une mème dose de caféine. — La Rana viridis est moins sensible que les deux précédentes à l’action de la vératrine ; — les chèvres mangent du fabac ; — la thébaine, bien tolérée par l'homme à la dose de 10 centigrammes, l’est mal parle chien ; — la belladone est sans action sur les rongeurs. Un cochon d'Inde, du poids de 540 grammes, a pu recevoir, en injection, une dose de 50 centigrammes de cette substance, dose équivalente, chez lui, à une dose de 24 grammes chez un homme de 65 kilogrammes ; — d'après Rabuteau, l’immunité des rongeurs pour les accidents provoqués par l’atropine tiendrait à ce que le sang du lapin est très alcalin et que, sous linfluence de cette alcalinité considérable, l’atropine se dédouble en tropine et en acide tropique; —la morphine est pour le cheval un violent excitant ; — l’escargot demeure insensible à l’action de la digitale. Enfin Darwin assure que, dans le Tarentin, les habitants n’élèvent que des moutons noirs, parce que l’Hypericum crispum, qui y est abondant, tue les moutons blancs; — le coquelicot est pour les Bovidés un poison assez violent ; — le sucre est vénéneux pour les grenouilles et les vers intestinaux; — la racine de manioc, qui est un poison pour l’homme, est impunément mangée par les rongeurs et par les porcs, tandis qu’elle tue les bœufs, les chevaux et les moutons ; — les fuines, données aux chevaux et aux ànes, provoquent chez eux des inflammations de la muqueuse intestinale ; elles n’ont aucun effet nuisible chez les autres animaux ; — les bourgeons de sapin, de genévrier, de chêne, de peuplier, d’aubépine donnent des hématuries aux bêtes bovines; — la mercuriale est très toxique pour les moutons; — le seigle ergoté est très nuisible aux porcs; il l’est peu pour les chevaux et pour les bêtes bovines; — d’après Collin (de Balgneville), le lotier corniculé, plante réputée fourragère, est un poison pour les solipèdes ; — le Sapindus edulis du Brésil tue Les dindons et ne
fait pas de mal aux autres oiseaux ; — la Rubia noxia, appelée tangaraca et herbe aux rats, produit sur les rats les mêmes effets que la valériane sur les chats ; — une espèce d’arnica, le Doronieum, tue le chien et est, dit-on, mangée sans inconvénient, par le chameau ; — les Euphorbes sont mangées par ce dernier ; — la Salsola soda empoisonne les chevaux ct est mangée par les chameaux ; — la phellandrie aquatique, qui tueles chevaux, est mangée par le bœuf ; — l’aconit est sans danger pour les chevaux et pour les chèvres ; le porc supporte à merveille l’antimoine; le mouton, le kermès ; — le café tue le perroquet et ne fait rien aux moineaux ni aux corbeaux; — la grive mange des graines de ciguê ; — le faisan, les graines de Datura ; — la fausse oronge est inoffensive pour les limaces. Il faut bien que les organes de ces animaux présentent des différences anatomiques que nous n’apprécions pas encore.
Un exemple de ce que peut produire la prédisposition organique sur l’action des substances nous est fourni par les solanées : les solanées vireuses, les consolantes, comme on les appelait, parce qu’elles apportent le solanum, l'oubli, la consolation, n’agissent que parce que leur action se porte sur le cerveau, sur les éléments histologiques de l'organe de la pensée. Or, suivant la remarque de M. le professeur Bouchardat, elles ont d'autant moins d'énergie sur les animaux, que ceux-ci ont moins d'intelligence. C'est, sans doute, pour la même raison, et en vertu d’une plus ou moins grande excitabilité cérébrale, qu’on voit des gens qui, pour la moindre fièvre ont le délire, tandis que d’autres présentent rarement ce symptôme.
Gréhant a constaté que, pour un même poids et un même volume, les chiens, selon leur race, résistaient différemment à Paction toxique de l’oxyde de carbone — certaines races succombent lorsque la proportion de ce gaz dans l'air respiré s'élève à 1/200; d’autres à 1/300; d’autres à 1/00. D’après Darwin, les cochons noirs peuvent manger impunément les racines du Lachnantes tinctoria, qui occasionne la chute des sabots chez tous les pores qui ne sont pas noirs. On aurait, pour ce motif, renoncé, en Virginie, à élever des cochons blancs !
D'après CI. Bernard, le curare, introduit dans les voies digestives, est inoffensif pour les mammifères et tue, au contraire, les oiseaux. Diverses sortes de pêches, à chair jaune, souffrent d’une maladie qui n’atteint pas au même degré les pêches à chair
blanche (Darwin). L’illustre naturaliste et philosophe assure encore que le sarrasin (Polygonum fagopyrum) en fleurs est nuisible aux porcs blancs et non aux noirs!
Variabilité de l’action morbide suivant le milieu intérieur, — Le terrain sur lequel s'exerce l’action morbide elle-même, est quelque chose detellement important, queles parasites les mieux reconnus, l’acurus de la gale, les poux, envahissent de préférence les individus malades! La canne à sucre a pour ennemi un insecte, le borer. Lui-même ne vient que sur les cannes attaquées par un cryptogame et ce cryptogame n'envahit que les cannes malades, pour avoir été trop poussées en guano. Le lapin et le cobaye, qui sont cependant deux rongeurs bien voisins, se comportent tout diffféremment à la suite de l’inoculation d’un mic obe, qui n’est pas celui de la rage et que Pasteur a trouvé pour la première fois dans la salive d'un enfant enragé, le lapin est tué, le cobaye n'éprouverien. Cela peut tenir, ainsi que l’illustre expérimentateur l’a lui-même supposé, à ce que, dans le sang d'un cobaye, le microbe en question aurait besoin d’une incubation beaucoup plus longue, autrement dit qu’il y multiplierait moins rapidement. Quoi qu'il en soit, la différence dans la longueur de l’incubation d’une même maladie virulente, chez desanimaux voisins, prouve déjà combien leur milieu intérieur est différent. Les moutons algériens, qui ont une immunité pour le sang de rate, en ont une également pour la clavelée (Toussaint). Ils apportent à nos moutons, qu’elle décime dans le midi de la France, cette maladie, qui, pour eux, est inoffensive. Boudin a montré que la mortalité des chevaux varie suivant leur provenance : ainsi, les chevaux de Guirgamp, de Morlaix ont une mortalité de 31 0/0, tandis que les chevaux de Caen, de Guéret, d’Aurillac et de Saint-Maixent ont une mortalité de 51 0/0, et ceux d’Auch et de Villers, de 62 0/0. Leur morbidité varie d’ailleurs comme leur mortalité, témoin le tableau suivant :
Sur 1000 chevaux.
Maladies Localités. Farcin, respiratoires, Morve.
SainteNaixents. 120,400 46%5 11,9 24,4 Caen. #40 NOR ee ef HER 13,7 19,6 MAO een Mr UE. S 12,9 31,9 Moss nl Le EG 16,9 32,3
Guéret et Aurillac...,.:... 13,2 10,59 96,6 Guingamp et Morlaix.... 12,0 12,07 47,5 Chevaux étrangers.....,. 11,1 8,91 20,3
Tous ces faits sont évidemment liés à des conditions anatomiques inconnues. C’est à cet ordre d’idées que faisait allusion CI. Bernard lorsqu'il écrivait : « J’ai constaté dans plusieurs races de chiens et de chevaux des caractères physiologiques tout à fait particuliers, qui sont relatifs à des degrés différents dans les propriétés de certains éléments histologiques, particulièrement du système nerveux. »
Ce sont également des particularités anatomiques par nous méconnues que nous décèle le choix, que les maladies semblent faire de telle ou telle race.
Le virus morveux, par exemple, si actif chez le cheval, l’âne et l’homme, ne produit souvent chez le chien que des accidents locaux.
La péripneumonie contagieuse des bêtes à cornes, maladie infectieuse qui décime parfois les étables, fait, sur les bêtes d'origine hollandaise, beaucoup moins de ravage que sur les autres.
Il ne suffit pas de semer une graine dans un terrain, il faut qu'elle puisse vivre et germer dans ce terrain ; C’est ce que nous nommons en médecine la prédisposition morbide individuelle, due au tempérament, au sexe, à l’âge, à la race : ainsi le professeur Peter a pu, sans rien éprouver, badigeonner sa gorge avec des fausses membranes de diphthérie et cependant la maladie est contagieuse : absence de prédisposition individuelle! 11 y à des gens qui sont, pendant toute leur vie, réfractaires à la variole, à la vaccine, à la syphilis. Cette question de convenance est mème tellement évidente, que s’il ne s'agissait d'êtres aussi infimes que ces microbes, on dirait qu’il y a choix, choix d’ailleurs aussi légitime, que celui du lion qui préfère l’homme noir à l’homme blanc, que celui de la puce qui préfère le chien à l'homme, certains hommes à certains autres, ou que celui des poux dont parle Darwin, qui, habitués à vivre sur la tête des Polynésiens, mouraient sur la tête des matelots anglais.
Il existe dans les fruits un acide qui se nomme l'acide tartrique. Toujours identique à lui-même pour le chimiste, tantôt cet acide dévie à gauche la lumière polarisée, tantôt il la dévie à droite. On distingue donc deux acides tartriques, le droit et le gauche. Ces deux acides, chimiquement identiques pour nous, sont susceptibles de se détruire par le fait d’un ferment. Or le ferment qui détruit l'acide tartrique droit, ne fait pas fermenter l'acide tartrique gauche et réciproquement, et, dans l'acide rucé-
mique, qui est un mélange d’acide tartrique droit et d’acide tartrique gauche, si on introduit le ferment du droit, il fera disparaitre tout le droit et respectera le gauche! Voilà donc un ferment qui sait mieux que nous faire la différence entre les deux variétés d'acide tartrique ! Quoi d'étonnant que des ferments semblables fassent mieux que nous l'analyse des tempéraments dans les diverses races animales, dans les diverses races humaines, et que certaines espèces soient plus que les autres sujettes à certaines maladies? C’est ainsi que le microbe du choléra des poules, inoculé à une poule, la tue certainement, tandis qu’inoculé à un cochon d'Inde, il le laisse bien portant, sauf peut-être un petit abcès local qu'il déterminera. Certains parasites des végétaux ne s’attaquent qu'aux crucifères, d’autres qu'aux labiées, aux graminées, aux renonculacées, aux ombelliféres; c’est ainsi qu’on voit la teigne, qui roussit les lilas (Gracillaria syringella) produire les mêmes dégâts, causer la mème maladie sur le frêne, sur le troëne, plantes qui diffèrent du lilas, mais qui appartiennent, comme lui, aux jasminées. La pyrale de la vigne (Tortrix pilleriana) dans les pays où il n’y a pas de vigne, vit sur la clématite. Le papillon téte de mort, qui vit sur la pomme de terre, vivait sur d'autres solanées avant l'introduction de ce tubercule. Le doryphera de la pomme de terre vit également sur d’autres solanées. C’est un choix que fait la bactéridie en faveur des races bovines de Bourgogne et de Franche-Comté, qui prennent plus facilement le charbon que celles de Normandie ou de Bretagne ! C'est le résultat d’un choix analogue que la différence que fait la bactéridie charbonneuse entre le mouton mérinos, qui prend facilement Je charbon et les moutons algériens, qui, mème en France, ne le prennent pas! N'est-ce pas pour la même raison que le microbe de la fièvre jaune respecte le nègre infiniment plus que le blanc ? Que l’empoisonnement paludéen est, de même, moins fréquent chez le noir que chez le blanc?
Comment les tissus d’un animal peuvent-ils offrir à une bactéridie, une différence appréciable de milieu? Lescultures artificielles de Pasteur nous l’apprennent : le bouillon, l'eau de levure, sont les liquides où se cultivent le mieux, artificiellement, la bactéridie charbonneuse. Un pareil milieu ne convient pas, au contraire, au parasite du choléra des poules: le bouillon de poulet lui est mieux approprié; l’urine alcaline lui convient à merveille ; mais qu’on modifie la réaction de ces liquides de culture et les ferments seront
modifiés; ils pourrontmèême ne plus proliférer du toutdansle milieu ainsi transformé. Des modifications chimiques de même nature, produites dans le sang des animaux, décident de mêmede la facilité avec laquelle le ferment producteur de telle maladie s’acclimatera dans leur organisme. La température du milieu sanguin est elle même une condition des plus importantes. Ainsi les oiseaux, qui prennent si bien le choléra des poules, ne prennent pas le charbon. Pasteur, notamment, n’avait jamais réussi, ainsi que je l’ai dit plus haut, à inoculer le charbon à des poules, alors que l’inoculation du même liquide virulent réussissait toujours chez les mammifères. Or, entre autres différences, il en est une capitale entre les mammifères et les oiseaux, c’est que la température normale des seconds est beaucoup plus élevée que celle des premiers : celle des oiseaux est de + 41° ou 44°, celle des mammifères de + 37°. Pasteur s’est donc demandé si le milieu sanguin des oiseaux n’était pas un milieu trop chaud pour plaire à la bactéridie charbonneuse ; l'expérience lui a montré qu'il ne s'était pas trompé. Il fit refroidir une poule en la plongeant dans un bain froid, de telle façon que sa température normale cesst d’être supérieure à celle des mammifères ; il inocula alors la bactéridie et la poule mourut du charbon, le sang étant rempli de bactéridies. Inversement, il suffit de mettre dans l’eau chaude une grenouille, qui, normalement, est réfractaire au charbon, pour que, son sang prenant une température égale à celle des mammifères, elle devienne susceptible de prendre le charbon. Pasteur a fait mieux: chez une poule qui, refroidie, avait été inoculée et qui présentait déjà les premiers symptômes du charbon, il lui a suffi de la réchauffer pour arrêter la maladie, c’est-à-dire l’évolution des bactéridies. Il découle de là une induction pratique : suffirait-il d'élever la température d’un mammifère au niveau de celle d’un oiseau pour l'empêcher de prendre la maladie charbonneuse ? Cette démonstration, ce n’est pas Pasteur qui l’a faite, c’est un modeste vétérinaire du Jura, qui, depuis longtemps, sans soupçonner des théories et des expériences qui n'étaient pas encore nées ou faites, s’est acquis une célébrité locale, dans le traitement du charbon, par des frictions irritantes et l’enveloppement de l'animal avec de la paille ou du foin arrosés de vinaigre chaud, ce qui revenait à élever la température.
L’aptitude des races à choisir, pour ainsi dire, au milieu des
maladies infectieuses, ou plutôt l'aptitude de chaque ferment à choisir, à l'exemple de celui de l'acide tartrique droit ou gauche, le milieu intérieur qui sera pour lui le meilleur des milieux extérieurs, cette aptitude, dis-je, a été très joliment démontrée par Toussaint : à du sang charbonneux il ajoute une très petite quantité de sang septique et un peu de sang d’une poule morte du choléra des poules ; il inocule le mélange à des animaux différents et le même sang, ainsi inoculé, fait périr les lapins de septicémie, les poulets du choléra des poules, les moutons et les cobayes du charbon. Chacun de ces animaux a été choisi par le parasite auquel: il convenait, alors qu'il a été réfractaire à l’action des autres.
On peut encore rapprocher du choix fait par le ferment de l'acide tartrique, ce fait de deux cactus semblables, dont parle Darwin, cactus qui vivent dans l'Inde. L'un a été importé de Canton, l’autre de l'Amérique du Sud ; or la cochenille, qui fait entre les deux une différence que nous n’apprécions pas, ne vit que sur ce dernier. C’est de même que, toujours d’après Darwin, les terriers blancs sont plus sujets que les autres à la maladie des chiens. Dans l’Amérique du Nord, les pruniers à fruits pourprés sont sujets à une maladie qui n’atteint pas les autres et, à Maurice, les cannes à sucre blanches sontatteintes, depuis quelques années, d’une maladie qui ne sévit pas sur la canne à sucre rouge. De même les poussins blancs sont plus sujets que les autres aux parasites (Darwin) ; à Malaga, les vignes blanches plus souvent malades que les noires (Darwin). Crevaux, dans son voyage sur l'Oyapock, a remarqué que les poux des Indiens différaient de ceux du nègre et que ces deux espèces de poux n'étaient pas non plus semblables au Pediculus capitis de la race blanche.
Un autre exemple des différences du milieu intérieur : la bactérie du charbon symptomatique, introduite dans le sang du bœuf, ne donne lieu qu’à une maladie bénigne, tout éphémère, qui a, cependant, ce résultat durable, de revêtir l'organisme d'une immunité complète contre les invasions ultérieures de la maladie, par quelque voie que l’on tente de la faire pénétrer.
Elle se comporte tout autrement, quand on l’introduit dans le tissu cellulaire et surtout dans le tissu musculaire. Là, elle se trouve dans son véritable milieu de culture et donne lieu immédiatement à des phénomènes locaux de fermentation, qui se traduisent par un grand dégagement de gaz.
Si le microbe du charbon symptomatique se comporte si diffé-
remment suivant qu’il est dans le sang ou dans les profondeurs des muscles, cela dépend, on peut l’admettre, de ce qu’il appartient aux espèces anaérobies. Le sang, par Pabondance de l’oxygène qu'il renferme, n’est pas un milieu conforme à sa nature ; dans le muscle, au contraire, il manifeste toutes ses activités en absorbant, pourles besoinsde sa nutrition, l’oxygène de composition des tissus et en donnant lieu à un mouvement de fermentation, dont le dégagement du gaz acide carbonique est le signe indubitable.
Aptitudes communes du milieu intérieur dans des races différentes, — Certaines maladies parasitaires, ou mieux à ferment, s'attaquent néanmoins à un grand nombre d’espèces et de races différentes, comme si leur ferment était, en quelque sorte, d'un acchimatement facile dans tous les milieux ; c’est ainsi qu’on mentionne un grand nombre d’épizooties communes à des animaux très différents :
En 1712, près d'Augsbourg, une épizootie régna sur les chevaux, les bœufs, les porcs et les oiseaux de basse-cour. En 1763, une épizootie régna, en Europe, sur les chiens et les pigeons; en outre, un grand nombre d’épizooties furent en mème temps des épidémies. Ainsi, de l’an 276 de notre ère jusqu’à la fin du xv® siècle, les chroniqueurs mentionnent 134 épidémies ou épizooties et, dans ce nombre, on trouve 29 épidémies, 43 épizooties et 62 épidémo-zooties, c’est-à-dire 62 maladies communes aux hommes et aux animaux.
Beaucoup de maladies sont communes à un grand nombre d’espèces. Galien a décrit l’hydropisie du péricarde chez un singe ; il avait vu la péricardite chez le coq, sous forme d’une tumeur du cœur, squirrheuse, à plusieurs feuillets, description derrière laquelle il est aisé de reconnaître la péricardite membraneuse classique; Rayer également a signalé la péricardite chez le cog, le canard, le faisan. Jen ai moi-même observé un des plus heaux types qu’on puisse voir, rappelant tout à fait la comparaison, classique en anatomie pathologique, avec du beurre écrasé sur le fond d’une assiette, chez une serine, qui, pendant sa maladie, avait les pattes rouges, enflées, douloureuses, notamment au niveau des jointures, qui, en un mot, avait un véritable rhumatisme articulaire aigu.
Le diabète sucré a été constaté chez le cheval par Leclerc.
La scrofule grave s’observe chez le singe et Chudzinski a trouvé