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Branche centrale

Maladies oculaires. — La cataracte est très fréquente dans cette branche de la race jaune. D’après le D' Mondière elle est fréquente de 45 à 50 ans; mais il y a là, peut-être, autant une maladie de race qu’une maladie due à la réverbération de la lumière, dans ces pays peu ombragés, sur le less jaune qui les constitue.

La présence d'énormes nuages de poussière ne contribue pas peu à la fréquence de l’ophthalmie chez les Chinois. Mais il y a une autre cause qu'il faut y joindre : le Chinois est un peuple de lecteurs, il fatigue souvent ses yeux; il les a à fleur de tête, il a peu de cils, pour les garantir des corps étrangers ; en outre, la scrofule, qui est très fréquente en Chine, est une cause fréquente de ces maladies des yeux. Enfin la promiscuité de la vie chinoise, {surtout dans le nord, pendant le rude hiver, facilite la contagion. L'effet est d'autant plus certain que le barbier après avoir rasé, massé, douché son client, lui reiourne les paupières, et passe, sur leur muqueuse, une petite spatule d'ivoire, ou mieux une canine de chien ou de renard. Il en résulte que tout homme se rendant chez un barbier, au début d’une ophthalmie, devient le point de départ d’une véritable épidémie, qui parcourt toute la clientèle du barbier ; les paupières sont-elles saines, que ce raclage exercé presque chaque jour sur leur partie interne, suffit pour développer ces varices et ces granulations, qui constituent l’ophthalmie chronique.

Myopie. — La myopie semble être chez les Chinois plus fréquente que dans aucune race. Du reste ce peuple, qui a tout avait inventé, inventé les lunettes à une époque où l'antiquité classique n’y avait point encore songé. Je ne veux pas pousser les consequences de l’ethnologie plus loin qu’elles doivent aller, mais il me semble qu’à l'examen des peintures chinoises, oùle détail atteint une telle perfection, alors que la perspective semble si mal comprise, on eût pu deviner, ce que plus tard ont constaté les médecins européens exerçant en Chine, la grande fréquence de la myopie !

Scrofule, — Je donnais, tout à l'heure, la scrofule comme une des causes de la fréquence des ophthalmies; c’est qu’en effet le Chinois en particulier passe pour le peuple le plus scrofuleux de la terre: la race jaune en général doit même à cela son obésité.

Rareté du tétanos. — Le D' Rochard a remarqué que si le

tétanos est moins fréquent dans la race jaune que dans la race noire, il est dans la race jaune incomparablement moins fréquent chez les fumeurs d’opium. Je me suis expliqué déjà sur ce point; c'est pour la même raison que le Chinois résiste à l'alcoolisme.

Fréquence de l’aliénation mentale, —Il est une maladie, bien autrement grave que l’ophthalmie, qui est très fréquente en Chine, c'est l’aliénation mentale, fait qui semble à coup sùr donner raison à ceux qui pensent que la fréquence de la folie est chez un peuple en raison directe de l’ancienneté et de l'intensité de la civilisation. Elle n'est pas du reste fréquente que chez les mandarins, les lettrés ou les philosophes, qui sont abondants dans l'empire du Milieu; cette fréquence s’observe même dansla basse classe. Ainsi dans la Nouvelle-Galles du Sud où abondent les coolieschinois, on compte 1 aliénésur 140 Chinois. L'opium et l’alcool réunis n’ont pas sur cette maladie moins d'influence que la philosophie, il faut le reconnaitre.

Suicide. — A titre d'Asiatique le Chinois professe pour la mort un mépris absolu. Il en résulte que l’aliénation mentale prend volontiers, chez lui, la forme suicide; la strangulation est le mode le plus fréquent ; vient ensuite l’empoisonnement par l’arsenic, enfin j'ai déjà parlé d’un mode de suicide, que je crois spécial à ce peuple raffiné, c’est l’asphyxie par la feuille d’or.

Il est une catégorie de suicides qui ne sont pas rares en Chine et qui peignent bien jusqu'où peut aller chez un Chinois l’art de compter : une loi prescrit que tout propriétaire d’un terrain, sur lequel on aura trouvé un homme mort, payera aux héritiers de cet homme une indemnité. Il en résulte que le suicide devient un mode d’assurance sur la tète de ses enfants. Enfin, parfois dans un but de haine et conséquemment pour attirer une mauvaise affaire sur la tête d’un ennemi, on va se suicider chez lui.

Maladie des Scythes.— Une vésanie déjà propre aux anciens Scythes, c’est la maladie des Scythes. Noici ce qu'en dit Hippocrate: « Il existe parmi les Scythes beaucoup d'hommes impuis- « sants ; ils se condamnent aux travaux des femmes et parlent « comme elles; on les nomme efféminés, &vaydoes. Les indigènes « attribuent la cause de cette impuissance à la Divinité ; ils vé- « nèrent cette espèce d'hommes et les adorent, chacun craignant « pour soi une pareille affliction. » Hippocrate a soin d'ajouter que cette maladie n’émane pas de la Divinité, non plus que les autres ; mais l’explication qu’il en donne est presque aussi mau-

vaise que celle qu’il réfute : elle consiste à incriminer l'habitude du cheval et les saignées fréquemment pratiquées derrière les oreilles. Hérodote, lui, ne met pas en doute l'origine divine de cette étrange maladie. Il raconte comment, dans une des incursionsdes Scythes, Psammétique, roi d'Egypte, vintau devantd’eux dans la Palestine syrienne et les força de revenir sur leurs pas et comment une petite troupe des leurs pilla, en passant, le temple de Vénus. La déesse irritée leur infligea une maladie qui les rendait semblables à des femmes. Elle leur accorda, cependant, une compensation : elle donna aux androgynes le don de prédire lPavenir, fonction dont cette fois les malades s’acquittaient, dit Hérodote, fort bien, en s’aidant d’une baguette de saule ou de tilleul. Aujourd'hui, dans les campagnes c’est la baguette de coudrier qui à le don cabalistique.

À la fin du siècle dernier (1796, Reinegg raconta ce qu’il avait vu dans le Caucase, chez des tribus, à tyne mongole très accentué, les Nogays. Il arrive souvent, dit-il, que leur peau se sillonne de rides, leur barbe tombe et dans cet état ils ressemblent tout à fait à des vieilles femmes. Ils deviennent impuissants et vivent désormais au milieu des femmes, dont ils adoptent le costume. La même remarque fut faite chez les mêmes Tartares Nogays, par Jules Klaproth, en 1812. Le fait semble donc exact, mais les observations de quelques voyageurs contemporains permettent au moins de croire que la maladie devient moins fréquente. Je pense que c’est cette idée supertitieuse rapportant jadis à Vénus, aujourd'hui à quelque malin esprit ou à Dieu lui-même, l'impuissance une première fois constatée, qui fait éclater, avec le secours de limitation, chez une masse d’hommes ignorants, une monomanie spéciale, comme notre moyen âge nous en a donné tant d'exemples; cette spécialité de prédire l'avenir, dont parle déjà Hérodote, est du reste un trait fréquent chez les monomanes. Plusieurs auteurs se sont d’ailleurs rattachés à cette idée et Bogard entre autres a justement comparé cet état moral pathologique à celui des hommes qui pensaient jadis que le démon leur avait noué l’uiguillette, comme on disait alors.

La maladie des Scythes ne serait done qu’une sorte de mélancolie, dont les exemples étaient communs autrefois. On connaît les épidémies de zoanthropie qui n'étaient pas rares au xv° et au xvi® siècle; on se croyait changé en animal; les lycanthropes notamment se croyaient changés en loups et en prenaient autant

que possible les habitudes : ils marchaient à quatre pattes, dépeçaient de leurs dents des chairs pantelantes et croupissaient dans les bois. D’autres, mieux favorisés par le démon, à coup sùr, se croyaient changés en femmes et en prenaïent les habitudes ainsi que le costume. Il est curieux de retrouver fixée dans le Caucase, depuis l'antiquité, une si étrange vésanie et cela nous prouve une fois de plus toute la force et toute la pérennité de l’ignorance et de la peur !

Bec-de-lièvre., — Le bec-de-lièvre est, paraît-il, extrèmement fréquent, on ne peut, disent plusieurs médecins, traverser les rues de certaines villes chinoises, sans y rencontrer, de temps en temps, toutes les variétés de ce vice de conformation.

Variole.— La variole, bien que plus anciennement connue en Chine qu'en Europe, puisque cette maladie n’est venue en Europe qu'au vrr° siècle, exerce encore aujourd’hui dans toute la Chine de profonds ravages et cela en dépit de l’inocuiation qui y est connue depuis une haute antiquité. Contrairement à ce qui se passe généralement en Europe, il n'est pas rare de voir un Chinois en être atteint plusieurs fois; la variole fait également des ravages considérables chez les Kirghisses. La terreur qu'elle inspire est telle que le nom même en est maudit; c’est un crime que d'en parler et d’y faire allusion. Une famille atteinte par la maladie est une famille perdue et abandonnée.

Choléra, — La race jaune semble au contraire moins sujette au choléra que la race blanche. Ainsi à la Guadeloupe, d’après Walther, la mortalité qui élait, pour les noirs de 9,4% 0/0, pour les mulâtres de 6,32 0/0, pour les blancs de 4,31 0/0, et pour les coolies hindous de 3,86, devient pour les jaunes (Chinois) 2,70 0/0. Or remarquons ce fait qui nous montre l'utilité de l’analyse pathologique, dans les études anthropologiques: les coolies hindous, qui sont un mélange de noirs (Moundas)etde jaunes (Dravidas), ont une mortalité de 3,86 0/0, c’est-à-dire inférieure à celle des noirs, mais supérieure à celle des jaunes.

Phthisie. — La race jaune semble peu disposée à la phthisie; certaines peuplades même, soit par leur genre de vie (Kirghisses), soit par l’altitude (Tibétains), en sont exemptes.

Abcès palmaires, — Une singularité remarquable de la pathologie de la race jaune, ou du moins de celle des Chinois, c’est la fréquence inexpliquée d’abcès étendus, siégeant à la paume de la main et entrainant des désordres qui intéressent mème les os.

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