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POLYNÉSIENS. CARACTÈRES ANATOMO-PHYSIOLOGIQUES

avait traversé les peuples autochtones négritos, repartit de Pile Bourou, entre les Célèbes et les Moluques, et traversa les populations des Papous. Un groupe de Papous visiblement métissé de blanc et retrouvé par Moresiey est resté comme témoignage, à la pointe de la Louisiade. Mais, suivant le même courant, ceux qui devaient devenir les Polynésiens atteignent les îles Samoa, qu'ils trouvent inhabitées, les îles Fidji, où ils trouvent les Papous. Au ve siècle, ils atteignent les Marquises ou archipel Nouka-Hiva; en 1100, Tahitiou les îles de la Société, puis les Sandwich ou Havaï; aux Sandwich, l'élément négroïde reparaït, par suite d’une invasion venue des Carolines. Le contre-courant équatorial de l’est à l’ouest, entre l'Australie et la Nouvelle-Zélande, les amène dans cette ile. Là, ils trouvent l'élément noir australien ; aussi les Maoris sont-ils très mêlés de noir ; les femmes sont pubères de 11 à 12 ans, elles sont très fécondes.

On devine que le type polynésien diffère, suivant que l’envahisseur a trouvé l'ile déserte, habitée par des noirs, ou déjà peuplée par d’autres blancs comme lui; d’une manière générale, à mesure que ce peuple envahissant s'enfonce vers l'est, il se dépouille de l'élément noir et l'élément blanc domine de plus en plus. Les chefs surtout, qui se mêlent moins que le commun des mortels, présentent le tvpe blanc d’une manière plus accusée. En 1606 on trouva à Tahiti un chef qui avait les cheveux rouges; de même aux Wallis en 1767; de même aux îles Salomon, à l'ile de Pâques. À mesure qu'on s’avance vers l’est sur la limite de leur aire d'extension, on voit surgir un autre type composant, le type américain.

Sous le rapport de l'indice nasal, le type polynésien est, comme dans la race jaune, mésorrhinien (49,25), entre les Chinois (48,53), les Mongols (48,68) et les Australiens (53), les Néo-Calédoniens (53), les nègres d'Afrique (54). Mais cet indice varie suivant les points : c’est ainsi que chez les Maoris, l’élément australien a fait monter l'indice à 52. L'indice céphalique est mésaticéphale : tandis que l’Australien à 71,49, le Néo-Calédonien 71,78, le Polynésien à 76,30, les Mongols ont 81, les Javanais 81. Sous le rapport de l'indice orbitaire les Polynésiens sont mégasèmes, comme toute la race jaune (indice, 92), entre le Chinois (93), le Javanais (91), et le Néo-Calédonien (80), l'Australien (80). La chevelure du Maori est noire et épaisse, non laineuse ; la peau jaune, le nez épaté, la bouche large, les lèvres épaisses. Le crâne est

renflé au niveau des bosses pariétales, la crête médiane, en forme de carène, se retrouve dans certains crânes américains.

Comme aspect extérieur il tient du type blanc; taille élevée, élancée, élégance de manières, disposition aux arts et à la danse, à la poésie, à la musique. Cheveux pas toujours noirs, fins, parfois bouclés. Du type jaune le Polynésien tient une certaine obliquité des yeux, la couleur jaune de la peau, la saillie des pommettes ; encore du type jaune, la tendance à l'obésité précoce : à Tahiti, une femme de 30 ans est obèse. 11 en est de même de l'archipel de la Louisiade, où l'obésité est fréquente, surtout chez : la femme.

Au milieu de ces différences il existe cependant une grande unité du type polynésien moyen : stature moyenne, yeux grands, front saillant, nez effilé, cheveux fins et plats, bouche grande, dents belles, peu de barbe, cou long, extrémités petites. Grande unité de la langue également : un homme des Sandwich comprend de suite un Néo-Zélandais. Unité de croyance, de coutumes, témoin le tabou, qu’on retrouve chez les Dajaks de Bornéo. Pas d'arc, pas de flèches; ces armes sont propres aux Papous; cette question de l'arc représente du reste un excellent réactif des races; à la côte sud-est de la Nouvelle-Guinée, où commence la race jaune, l’are cesse : l'arc cesse avec la plantation de l’arec qui sert au bétel; un autre caractère, c’est un grand amour du tatouage !

Nous allons retrouver dans la pathologie les mêmes traces d'hybridité, mais aussi la même unité de race.

Arthritis. — De la race blanche, comme le Malais, mais plus encore que lui, le Polynésien tient une disposition prononcée au rhumatisme ; comme le Malais et pour le même motif, il excelle dans l'art de la friction, qu’on pratique avec le suc irritant d’une piperacée, des fumigations, qu'on pratique en jetant dans l’eau des pierres préalablement rougies au feu, enfin du massage, comme le Pitjit des Malais. Aux Sandwich, cela est tellement dans les mæurs, que la première chose qu’on offre au voyageur, c’est un bain ; après le bain, une femme ägée vient le masser /lomilomi). Peut-être est-ce encore l’influence blanche, au moins la fréquence de ’arthritis, qui donne aux Polynésiens la fréquence de la pneumonte. Je rappelle ce que j'écrivais au contraire dans le cha-

pitre précédent, de la rareté de la pneumonie chez les Malais; chez les Polynésiens, la bronchite aiguë, la pneumonie, la pleurésie, toutes les trois désignées sous le même nom de hota, sont très fréquentes. Les indigènes soignent ces maladies par un vomitif et par la saignée, qu’ils pratiquent avec une lancette faite avec un fragment d’obsidienne.

Scrofale. — La fréquence de la scrofule, de l’ophthalmie rappelle jusqu’à un certain point la fréquence que nous avons précédemment constatée dans la race jaune; lophthalmie blennorrhagique est commune.

Sous le rapport de deux maladies, l’éléphantiasis, la syphilis, on peut dire que, sous le masque du blanc, perce le noir Papou. — L’éléphantiasis des Arabes est en effet fréquent chez le Polynésien autant que chez les nègres. L’éléphantiasis du scrotum est très fréquent, si fréquent que chaque famille possède un petit appareil, sorte de tabouret, qui sert à faire reposer le scrotum de l’éléphantiasique, comme ferait la tête sur un appuie-tête de bois.

Une forme négroïde de maladie est cette variété de syphilis, ce pian dont j'ai parlé et qui, fréquent à l'archipel Tonga, porte le nom de tonga; il est caractérisé par des ulcérations saillantes, comme la frambæsia ; il est contagieux et n’atteint qu'une fois. Il donne lieu à des abcès qu’on ouvre avec une dent de requin. Chez les Papous personne n’y échappe; dans les iles Polynésiennes, sa fréquence diminue, comme le sang blanc augmente.

Ulcères phagédéniques. — Notons encore, comme propres aux races colorées, la tendance à la pérennité des ulcères chroniques des jambes, analogues à l’ulcère de Mozambique, à lulcère de l'Yemen.

Fièvre paludéenne.— Parmi les caractères spéciaux on serait tenté de noter comme précieux l'immunilé pour la fièvre intermittente, immunité qu'on pourrait rapprocher de la quasiimmunité de la race noire, mais ce serait une erreur : ce n’est pas le Polynésien qui ne prend pas la fièvre intermittente, c’est la Polynésie qui ne la donne pas, bien que la culture du taro donne lieu à toutes les conditions qui font naître la malaria! Le climat de Tahiti nous intéresse directement, puisque c’est maihtenant une colonie française : du temps de Dutroulau, pendant huit ans, la mortalité de la garnison de cette colonie n’a jamais dépassé, même en temps de guerre, 0,98 0/0 de l'effectif, elle est même descendue en 1850 à 0,39 0/0, et cependant on défrichait! Tous

les médecins y ont constaté l'absence de fièvre paludéenne. De même en Nouvelle-Calédonie, la fièvre paludéenne est presque inconnue ; il est rare que la quinine soit indiquée et la mortalité de la garnison est de 50 0/0 inférieure à ce qu'elle est en France. Cela tient à des causes multiples : à ce que ces pays sont constamment balayés par les vents alizés; à ce que le terrain est souvent poreux, ne retient pas l’eau, est madréporique et volcanique; enfin cela tient à la culture de l’Eucalyptus globulus, qui pompe l’eau du sol, et à celle du Melaleuca, qui émet l'essence dite de niaouli.

Bouhou. — Dans ces contrées extrêmement salubres, règne une maladie connue sous le nom de mal des Sandwich ou de Bouhou, mot canaque qui signifie plaintes, gémissements; c’est une sorte de grippe, qui dure huit jours et qui se termine par des sueurs.

Atrophie museulaire. — Une maladie fréquente, chez les Polynésiens, c’est une maladie du système nerveux central, l'atrophie musculaire, progressive. Cela rappelle la fréquence de l’ataxie locomotrice progressive chez les Malais.

Les maladies de peau, la lèpre entre autres, sont très fréquentes dans toute la Polynésie.

Disparition des Polynésiens.— Tuberculose, — Mais la race polynésienne présente quelque chose de bien plus spécial ct de bien plus grave : elle disparait. C’est cependant une belle race! Aux iles Sandwich, les centenaires étaient encore nombreux il y à quarante ans; le roi Kanaha, qui vivait en 1855, avait été courrier sous le roi Alassaï, lequel était mort en 1755. en admettant qu'il eût alors 15 ans, il avait donc 115 ans! M. Rémy à vu aux Sandwich en 1855, une vieille femme encore alerte, qui avait connu Cook en 1778 ! elle avait alors au moins 45 ans, ce qui fait 90 ans ! Bien des causes font disparaitre cette belle race; les épidémies nouvelles, la variole introduite en 1854 aux Carolines par le navire anglais Delta, tuent les trois quarts de la population. {l en fut de mème à Tahiti, en 1842. Une autre cause, c’est la faible natalité : les chefs principaux sont souvent sans enfants; aux Sandwich, sur 80 femmes mariées, 39 seulement sont mères. L'abus du kawa peut expliquer en partie cette faible natalité. Eggimann, qui attribue le fait au kawa à Nouka Hiva, dans une période de 18 mois, a constaté 21 naissances et 42 décès. Il y a aussi l’infanticide, dont on a toutefois

exagéré la fréquence ; cette barbare coutume existait, nt dans la secte des Arioë, mais elle a disparu.

La vraie cause de la dépopulation, c’est la phthisie. Nulle part cette maladie ne fait de plus grands ravages, que dans cette belle Polynésie, qui, cependant, donne en quelque sorte l’image de l’'Eden de la légende. Le thermomètre ne s’y élève jamais audessus de 34° ; il ne descend jamais au-dessous de 17°; on n’y voit aucune de ces maladies qui rendent les pays chauds si trompeurs; on n’y connait pas la fièvre intermittente ; la nourriture vient à l’homme sans autre peine que celle de la cueillir; l'arbre à pain, le cocotier avec son lait, son sucre, son huile, les poissons de rivière et de mer, les volailles rendent la vie douce et facile; les Polynésiens sont doux, aimables, policés ; ils passent volontiers leur vie en jeux et danses; 1ls n’éprouvent aucun des inconvénients de l'encombrement, et cependant ils meurent avec une sorte de fatalisme conscient qui n’est pas sans philosophie.« Comme « le trèfle à tué la fougère, dit le Maori, le chien européen, le «chien maori, comme le rat maori disparait devant le rat eu- « ropéen, de même notre peuple sera graduellement supplanté « par les Européens. » Il n’y a donc pas là une affaire de climat, mais bien de race.

Un planteur de Taïti fit venir 1 200 Chinois; en 5 ans 112 étaient morts par suicide, blessures, phthisie; il fit venir alors des Polyaésiens des îles Gilbert; ils moururent tous phthisiques ! d’ailleurs la phthisie du Polynésien est spéciale : l’amaigrissement est rapide; on note la fréquence de l'envie de dormir, des sueurs profuses, on n’observe qu’une petite toux ; la durée est de 3-4 mois. C’est donc une question de race; la preuve, c’est que les métis sont moins sujets à la tuberculose, les quarterons moins encore que les métis (D' Brulfert).

Dans tous les cas, voici une idée de la dépopulation en Polynésie :

Aux Sandwich, le chiffre de la population est successivement :

Ends HE. RUN ME 300 000 habitants BONE dress RU r 1 TNT EREES RP Ne NT Te 70000 — ET PRE ee hdi 55000 —

Aux Marquises, de 20 000 elle passe à 40 000. GÉOGR. MÉD. 33

A Taïti::

DRM. vu Eine à Rise 80 000 habitants AUOT Dons on es arte Rte 16 000 — Rd Mo Re er LR 8 568 — AU ee 4 md SR Nec JR, LA 8 000 — TROP E ee tee mer note le ee IS 7 212 —

Aux Gambier, elle tombe de 1 650 à 600.

À Rapa, de 4 500 à 198.

A la Nouvelle-Zélande, on compte :

LPS A ONE rie. ie Ve eu, .+ 300 000 habitants LE Nes pee AL Os TES 10140 000 — LOI seu rs bare es ane 407 000 — RTS CES LA ro Re SAR DE TEE 45 470 — LOTS e PR Fe PR alone à 0e + Vies 38 540 —

Aux îles Samoa, en 1839, la population était de 56 600; en 1853, elle devenait, 33 901.

Le Polynésien meurt de phthisie et cependant son pays délicieux ne connaissait pas la phthisie au moment où les Européens y sont venus ; aujourd’hui même, dans chaque île, les ravages de la phthisie sont, en quelque sorte, proportionnels au nombre des Européens. Un seul groupe d’iles n’est pas en décadence, en Polynésie, ce sont les îles Dangereuses de l'archipel Pomotou, hahitées par un peuple peu endurant; elles ont été jusqu'ici relativement préservées et de nous-mêmes et de la phthisie,

Si le Polynésien meurt phthisique chez lui, il meurt également phthisique ailleurs. En 1863, un spéculateur anglais introduisit, comme colons, à Lima, 2 000 individus des Marquises ; en moins de dix-huit mois les trois quarts étaient morts de phthisie.

Pourquoi donc le Polynésien meurt-il invariablement de phthisie ? A cette question on répond le plus souvent d’une façon mystique, en disant : C’est le contact du civilisé et de l’incivilisé qui le veut ainsi! et cependant les conditions qui lui sont faites par l’'Européen sont relativement douces : il meurt chez lui, libre, heureux et son sort ne ressemble en rien à celui du Peau-Rouge, qui meurt, parce qu’il n’a plus de territoire de chasse, parce qu’il ne mange plus et que, noyé par la civilisation qui monte et le refoule, il meurt de faim.

On ajoute : Le Polynésien, le nègre meurent phthisiques, pour

la même cause, qui fait que nos animaux domestiques entassés dans nos étables ou dans nos écuries meurent phthisiques ou de la maladie pommelière ; ils meurent comme font les singes que nous amenons captifs en Europe, ou que nous conservons simplement captifs dans leur propre pays! Il est de fait que les mammifères deviennent phthisiques par agglomération, par encombrement, par captivité, absolument comme les hommes; mais si cela est vrai pour les nègres au temps de la traite et de l’esclavage, cela n’est vrai ni pour les Polynésiens, ni pour les nègres au Brésil. On croit enfin avoir formulé une explication suffisante, en disant dogmatiquement : « [l faut que les races inférieures disparaissent devant les races supérieures, la phthisie est le moyen.» Mais cela ne veut absolument rien dire.

En réalité, le Polynésien meurt de phthisie, parce que cette maladie est contagieuse et que nous la lui avons apportée. Quel que soit le procédé, il y a des races qui disparaissent. C’est là un spectacle attristant, mais il n’y a pas à gémir devant un progrès. IL y a là des contrées salubres; aux Européens de les mettre en valeur !

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