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IV. AMÉRICAINS

Qu'est-ce que les Américains? Sommes-nous autorisés à réunir en un seul groupe des populations aussi distinctes que l'Esquimau, le Peau-Rouge, le Patagon, qui s'échelonnent du 70° latitude nord au 55° latitude sud et en altitude, des bords des deux océans aux sommets les plus élevés des Andes, par 4000 mètres. Nous sommes loin, assurément, de l’époque où Morton écrivait : « Qui a vu un Américain les a vus tous. » Nous savons aujourd'hui qu'il existe des différences considérables entre les différents groupes de populations américaines, dans le crâne par exemple; mais nous savons aussi que, sous ces différences, on reconnait certains caractères communs.

1! fut une époque où les rapports s’expliquaient facilement ; quant aux différences, on ne s’en souciait pas; on pensait que le nouveau monde avait été peuplé par l’ancien, qui s'était déversé sur lui par le détroit de Bebring. Rien de plus simple. Beaucoup se rattachaient à cette doctrine, par la seule nécessité de faire

acte de monogénisme. D’autres invoquaient une raison scientifique, qui n’est pas sans fondement : on était d’abord frappé de la différence entre la faune et la flore américaines et la faune et la flore européennes. Ne voyant, avec raison, aucun motif, pour que l’homme échappât aux lois de la faune, on disait : L'homme est un type de l’ancien monde ; on disait enfin : Les anthropoïdes sont de l’ancien monde: le gorille est d'Afrique, le chimpanzé, l’orang, le gibbon, d'Asie; on ajoutait : Dans l’ancien monde, les singes fossiles sont déjà des anthropoïdes (le gibbon fossile de Lartet à Sansan) ou au moins des pithéciens, comme les semnopithèques de l'Himalaya, de la Grèce (Gaudry); tandis que l'Amérique ne renferme à l’état vivant ou fossile que des Cébiens, famille plus éloignée.

Mais tout cela ne‘prouve rien : une partie de ce monde prétendu nouveau, le Brésil, est un des continents les plus anciens de notre planète. Nous savons, d’ailleurs, que l'homme quaterpaire et peut-être l’homme tertiaire existaient déjà en Amérique. Il faut donc admettre en Amérique un homme, au moins relativement, autochtone: Un crâne humain fossile a été trouvé par Lund au Brésil, dans d’anciens campements; dans des paraderos préhistoriques de la Patagonie, Moreno a trouvé cinq crânes avec divers ossements d'animaux disparus; des ossemernts humains ont été trouvés par Agassiz dans un récif de corail de la Floride ; près de la Nouvelle-Orléans, un squelette humain tout entier a été trouvé sur les rives du Mississipi, enseveli sous quatre forêts superposées; un bassin humain, encore dans le diluvium du Mississipi, était accompagné de débris d’espèces animales depuis longtemps éteintes; enfin un crâne humain a été trouvé dans des terrains volcaniques de la Californie. Or tous ces crânes fossiles américains sont très dolichocéphales ; l'indice des crânes de M. Ameghino est de 72,02; l'indice du crâne brésilien de 69,72. Nous pouvons donc conclure qu’une race autochtone, en Amériqué, est dolichocéphale et qu’elle a eu son point de départ dans ce que la géologie nous donne comme le plus vieux continent de notre terre, l'Amérique du Sud.

D'un autre côté il existe, dans l’Amérique du Nord, entre les Alleghany et les montagnes Rocheuses, particulièrement autour du Mississipi, des tertres, des tumuli, qu'on nomme mounds; or ces mounds qui ont des formes variées d'hommes, d'animaux, contiennent des crânes brachycéphales. Si donc, en Amérique,

nous trouvons une race autochtone, fossile, dolichocéphale, il existe peut-être aussi une race immigrée non fossile, brachycéphale.

Il ÿy a mieux : un mélange ancien semble s’être fait entre ces populations brachycéphales des mounds-builders et la population autochtone, préhistorique, car le professeur Wyman a trouvé sur certains crânes de ces constructeurs de mounds brachycéphales, le trou occipital très en arrière, comme chez le chimpanzé, et les tibias en lame de sabre. L'existence aujourd’hui en Amérique .de brachycéphales, de dolichocéphales ct de mésaticéphales, de peaux de couleur différente, enfin de langues différentes sont indice d'un mélange incontestable.

Il suffit d’ailleurs de jeter les yeux sur une carte, pour comprendre comment a dàù se faire l'immigration de populations étrangères : le détroit de Behring, avec l’ile Saint-Diomède en son milieu, est encore et fut de tout temps un passage facile d’Asie en Amérique, La chaine des îles Aléoutiennes complète encore ce passage du Kamtchatka à l'Alaska. L'existence sur les deux rives asiatique et américaine de populations Tchouktchis est là d’ailleurs pour témoigner de ce passage. Plus au sud existe un courant marin, dont j'ai déjà parlé, le Kouro-Siwo, qui amène directement des côtes du Japon. Aivsi depuis 1782, suivant les calculs de Brockes, 41 barques japonaises sont venues échouer sur la côte américaine ; 28 de ces naufrages ont eu lieu depuis 1852 seulement. Il serait bien étonnant que l’émigration volontaire ou involontaire n'ait pas suivi le même chemin, Nous en avons d’ailleurs des preuves: la tradition chinoise parle d’un pays, le Fou-sang, où l’on trouve de l'or, de l'argent, du cuivre, mais pas de fer. Ce n’est pas le Japon qui à beaucoup de fer, mais bien la Californie ! Paravay a rapporté de Chine une vieille image, qui représentait un lama, animal américain ; enfin, preuve directe, en 1725, un Indien, Moncachtapé, qui connaissait les Européens, remontant en Californie, vit des hommes venir en barque, avec de grandes robes, de mauvais fusils ; on lui dit qu'ils venaient tous les ans. 11 y a plus, ce même courant de Kouro-Siwo a sans doute amené des Carolines ou des Philippines ces noirs Californiens, que Cook a décrits comme des nègres aux cheveux plats. On ne voit pas pourquoi le contrecourant qui amena les Malais dans toute la Polynésie, ne les aurait pas amenés en Amérique.

Les mêmes considérations s'appliquent au versant atlantique : deux courants équatoriaux ont pu amener les nègres d'Afrique,

de la côte de Guinée et du Sénégal. Telle est l'origine des Chiamas du Brésil et de l'Uruguay, qui étaient noirs comme des nègres d'Afrique, des Caraïbes noirs de l’île Saint-Vincent, dans le golfe du Mexique, enfin des Yamassis noirs de la Floride. Des Canariens, des Gouanches ont pu venir par la même voie, car deux fois, en 1731 et en 1764, des navires allant d’une des Canaries à l’autre ont été poussés jusqu’en Amérique. Enfin, on a trouvé à la Guyane une hache à deux têtes, arme absolument canarienne et gouanche! Ce n'est pas tout : nous savons qu’au rx° siècle les Scandinaves, aidés par le Gulf-stream qui les poussait sur l'Islande, fondèrent des établissements au Groënland ; poussés par le contre-courant, ils vinrent jusqu’au Vinland; de là l’origine des Esquimaux blancs.

Mais de toutes ces immigrations, la plus importante, c’est l’Asiatique, qui vint du nord-ouest au sud-est : c'est de ce nord-ouest, comme d’une source d'hommes mystérieuse et introuvable, que semble s'être fait un écoulement civilisateur et brachycéphalisant. Ce sont d’abord les constructeurs de mounds du Mississipi, qui représentent la première étape; ce sont ensuite les Pueblos avec leurs maisons construites dans le rocher (clift), dans l’Arizona. Puis se succèdent, venant toujours du nord-ouest, les civilisations Toltèques (vire siècle), Chichimèques (xrr° siècle), Acolhuas, Aztèques (x siècle). Cet écoulement de civilisation se poursuit à travers l’isthme de Panama, jusque dans l'Amérique du Sud, par la chaine des Andes, véritable aorte ethnologique. Dans toutes ces régions nous rencontrons une tendance à la brachycéphalie, au moins à la mésaticéphalie etune grande ressemblance avecles crânes mongols et tartares, une tendance à la mésorrhinie, comme chez les peuples mongoliques.

Les Peaux-Rouges divers ont un indice nasal de 50,52; ce sont là autant de caractères qui les rapprochent des races jaunes. Il existe pas actuellement de classification bien faite des tribus indigènes de l'Amérique du Nord, mais on peut dire que la dolichocéphalie est à l’est (Esquimaux), la brachycéphalie, vestige de l’ancienne immigration, à l’ouest des Etats-Unis. Aujourd’hui le nombre des indigènes désignés sous le nom de Peaux-Rouges ne s'élève pas pour l'Amérique du Nord à plus de 380 000, dont 188 000 vivent à l’est des montagnes Rocneuses, le reste à l'ouest.

Dans l’Amérique du Sud nous trouvons à l’ouest deux peuples, qui semblent avoir développé leur civilisation du lac Titicaca vers le nord : les Quichas, les Aymaras, comme s'ils étaient venus par

le contre-courant malayo-polynésien. Tous deux sont mésaticéphales et ont un indice céphalique de 78; ils pratiquaient les déformations. Leur thorax est bombé; Dorbigny a dit que leurs cellules pulmonaires étaient plus grandes que celles des Européens, ce qui n’est pas prouvé. Leur cornée est teintée de jaune. Enfin, d’après Tchudy et Riveiro, les crânes des Aymaras seraient caractérisés par l’os de l’Inca; mais cela se voit dans toutes les races; leur indice nasal est également mésorrhinien ; les Péruviens ont 50,23, un peu moins que les Peaux-Rouges 50,52. En dehors de ces deux peuples qui forment le rameau péruvien de Dorbigny, tous les autres sont dolichocéphales ; leur indice nasal est moins mésorrhinien (48); le nez est plus étroit, l'Américain du Sud en bloc a 48. Les plus dolichocéphales de tous sont les Botocudos (indice céphalique, 73), et si on veut leur trouver un analogue comme dolichocéphalie, ce serait chez les Esquimaux (indice, 73); même ressemblance entre les Esquimaux et les Botocudos, sous le rapport de l'indice nasal, leptorrhinien (42) : Esquimaux (42), Botocudos (39-43).

Il semble donc que, tandis que l'invasion brachycéphale, comme un coin à base tournée vers le nord, enfonce sa pointe vers le sud, la dolichocéphalie autochtone, dans un mouvement contraire, à base au sud et pointe au nord, pousse jusqu'aux Esquimaux. Les Botocudos et les Esquimaux, quoique fort éloignés les uns des autres, représenteraient donc le plus fidèlement la race autochtone, malgré les croisements. Il n’est pas jusqu’à ia botoque, qu’on ne retrouve tout à fait au nord ; les uns devraient à leur férocité, les autres au climat du Groënland, leur pureté relative actuelle,

A part toutes ces différences, les Américains ont beaucoup de caractères communs : cheveux noirs, droits, gros, pommettes saillantes, peau jaune, tendance à l'obésité.

Disparition des Américains. — Un fait commun aux Indiens d'Amérique et aux Polynésiens, c’est leur disparition, mais pour des motifs différents : au Pérou, on parlait, il y a quelques années, de 15000 Indiens; ils ne sont plus que 4000. Ils cessent simplement de se reproduire.

Crevaux, chez les Roucouyennes, dans la Guyane, a été frappé du petit nombre des habitants : Jà où, pourtant, ils vivent seuls, libres, sur les bords de l’Oyapoc, ils ne sont pas plus de 1 000 ; il faut 7 jours de marche pour atteindre le premier village qui a 30 habitants, à 6 jours plus loin on rencontre 20 habitants, plus loin 5 villages, ensemble 200 habitants.

Chez les Antisiens, ceux qui rappellent le plus les Polynésiens, et qui peuvent être venus par le contre-courant, comme eux, on note la fréquence de l’infanticide.

Le Peau-Rouge ne meurt pas phthisique, comme le Polynésien ; il meurt parce qu’on lui prend son territoire de chasse et que l'alcoolisme amène sa dégénérescence; il meurt aussi par les ravages de la variole et des autres fièvres éruptives; en 1563, la variole fit sur J’Amazone périr 30000 Indiens.

Pathologie préhistorique dans l'Amérique du Sud, — Nous sommes naturellement peu éclairés sur la pathologie fossile; cependant Ameghino, dans des terrains tertiaires de l'Amérique du Sud, a trouvé une femme petite, avec des lésions d’arthrite sèche et de rhumatisme chronique.

Canitie.— L’Américain, comme dans la race jaune, ne blanchit que fort peu en vieillissant ; le D' Forbes n’a pas vu un seul cas de canitie chez les Quichas ni chez les Aymaras.

Goiître. — Les Indiens sont dans les Andes sujets au goitre; les métis le sont moins; viennent ensuite les blancs, enfin les noirs.

Maladies du système nerveux.— On trouve chez les Guaranis, comme chez les Malais, une grande fréquence des maladies à l'axe cérébro-spinal; à Rio deJaneiro, elles figurent pour 10,08/100 de la mortalité totale. Coindet, au Mexique, a noté la fréquence de la folie, comme en Chine.

: Géophagie. — Humboldt a signalé, dans toute la zone torride américaine, la géophagie.LesOttomaques, au nord du Brésil, mangent une argile ferrugineuse; au bord de l’Amazone on mange de la terre glaise ; les jésuites durent même parfois surveiller leur vaisselle! Ce n’est pas chez eux cette géophagie pathologique, comme chez le nègre; cela semble une habitude commune dans la race jaune. Cela se fait en Chine, à Java, où l’on a même, à tort, appelé certaines terres terres comestibles.

Maladies de la peau. — Les maladies de peau sont fréquentes. Dans le nord de l'Amérique, une gale fréquente rappelle la gale des épiciers et celle des Japonais, c’est la gale des Illinois,

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