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GENÈSE DES MALADIES A MICROBE

dans l'atmosphère aux diverses époques géologiques et il est vraisemblable que c’est grâce à la souplesse de ces êtres que s’est faite la première étape sur la route de l’évolution organique.

Genèse des maladies à microbe. — Ce qui précède n’intéresse pas seulement l’histoire naturelle, en détruisant le dogme de la fixité de l'espèce; on peut en tirer avec Pasteur des conséquences qui intéressent directement la pathologie.

L'histoire nous enseigne que les maladies d’un même pays, d’une même race, ne sont pas les mêmes à toutes les époques. Ainsi la variole, la rougeole étaient inconnues des anciens ; nous avons vu que ce sont les Arabes qui ont apporté ces maladies ; mais eux-mêmes ne les ont pas toujours connues; il faut donc bien qu’elles aient eu un commencement, Il en est de même pour la syphilis! Cependant le microbe, facteur de ces maladies, est un être vivant d'ordre inférieur, qui a pu exister aux époques géologiques les plus anciennes; il a même dû exister, sur notre planète, à une époque où ni l’homme, n! les mammifères, ni peut-être les oiseaux, n’existaient encore. On peut penser que le Bacillus subtilis, que nous cultivons dans les infusions de foin, a pu exister depuis longtemps, bien avant l’homme et les autres animaux élevés ; une infusion végétale quelconque a pu être son premier milieu et il a pu demeurer ainsi, jusqu’au jour où le hasard a placé pour la premiere fois un Bacillus subtilis dans un liquide animal quelconque. Ce jour-là, ce Bacillus subtilis est devenu la souche du Bacillus anthracis et le charbon était né !

Or ce qui est vrai pour le charbon peut l'être pour toutes les maladies infectieuses, qui résultent, pour l'homme et les animaux, du parasitisme d’un microbe : sans doute, le microbe peut être antérieur à l’homme, mais la maladie n'existait pas, tant que la culture d’un premier microbe dans son sang n’avait pas donné naissance à une nouvelle race de ce microbe, race en rapport avec ce nouveau milieu. Il en est de même pour la variole, la rougeole, la morve, la syphilis; leurs microbes sont, sans doute, antérieurs aux animaux que ces maladies attaquent aujourd’hui; mais il est bien évident que la maladie, autrement dit l'appellation sous laquelle nous désignons l’action de ces microbes sur les animaux qu'ils attaquent, n'existait pas avant ces animaux; il est certain que la rougeole humaine a pris naissance le jour où un homme est devenu, pour le microbe de la rougeole, un

milieu favorable, milieu dans lequel ce microbe, qui jusque-là vivait dans un autre milieu, a donné naissance à une espèce nouvelle adaptée au milieu humain; c’est ainsi que le microbe du choléra des poules, destitué de toute virulence par loxygène, devenu inoffensif, demeurera tel pendant des siècles, jusqu’au jour où le hasard, ou bien un expérimentateur, le replaçant dans un milieu convenable, tel que le sang d’un oiseau, lui rendra sa virulence première.

Nous comprenons maintenant la genèse des maladies virulentes. Comme dans la nature tout phénomène qui a eu lieu aura lieu encore, nous assisterons peut-être quelque jour à l’éclosion d’une maladie infectieuse nouvelle ; il suffira que, ce jour-là, quelque microbe, aujourd’hui inoffensif, qui vit obscur je ne sais où, rencontre le sang d'un de nos animaux et le nôtre même, s’y plaise, s’y acclimate, y prospère tellement, qu’il écrasera les globules sanguins de l'animal, dans la concurrence qu’il leur fera. Ce microbe deviendra donc, pour cet animal, un parasite mortel ; il deviendra virulent dans son nouveau milieu ; il donnera naissance à des microbes, qui hériteront de sa forme nouvelle et de ses qualités nouvelles. Une nouvelle espèce de microbes sera née du milieu infectieux et une nouvelle maladie aura pris naïssance !

Laissons, pour un moment, de côté ces considérations de patho- Jogie chronologique ; bornons-nous à reconnaitre cette grande loi biologique en vertu de laquelle les êtres sont, à chaque instant, sollicités par la nécessité de l’accommodation au milieu dans cette sorte d'équilibre instable où ils se trouvent. Cette accommodation rend les espèces et les races flottantes pour ainsi dire au gré des vents; mais elle représente le progrès, la movibilité, le changement, le nouveau, l'avenir.

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