‹ La geógraphie médicaleChapitre 213 sur 233 · ORIGINE PATHOLOGIQUE DES MONSTRUOSITÉS · texte numérisé non relu

ORIGINE PATHOLOGIQUE DES MONSTRUOSITÉS

« des embryons permanents ; ils nous montrent, à leur naissance, « des organes simples, comme aux premiers jours de leur forma- « tion ; comme si la nature se füt arrêtée en chemin pour donner à « notre observation trop lente le temps et le moyen de l’atteindre. » Déjà Harvey avait écrit que la nature : Giisdem gradibus in forma- « tione cujuscunque animalis, transiens peromnium animalium « constitutiones, ovum, vermen, fœtus perfectionem in singulis « acquirit ». La doctrine moderne qui nous montre l’ontogénie, ou développement de l'individu, comme une reproduction en raccourci, comme un diminutif de la phylogénie, ou développement de l'espèce, ne dit pas autre chose.

On sait aujourd'hui que l’embryon des animaux supérieurs, y compris l’homme, commence modestement par une simple cellule, une amibe, puis qu'il devient synamibe, grade plus élevé, qu'il monte ainsi successivement ; tous les êtres parcourent, en somme, la même voie; mais tous ne vont pas jusqu’au bout ; l’homme seul va jusqu’à ce bout, le plus avancé pour le moment; les autres s'arrêtent à des stations plus ou moins rapprochées du point de départ, stations par où l’homme lui même a passé, mais où il ne s’est pas arrêté !

Origine pathologique des monstruosités, — Or la plupart des maladies qui troublent l'embryon, plus ou moins localement, quelles qu’elles soient, ont pour effet d'arrêter son développement dans un point plus ou moins étendu, le reste de l'embryon achevant de parcourir son chemin normal. Il en résulte qu’une partie de l’animal se trouve moulée, pour ainsi dire, surprise en flagrant délit d'évolution et fixée dans un état où elle ne devait que passer ; de telle sorte que l'animal vient au monde avec les caractères de son espèce, sauf sur un point, où il présente les caractères d'une espèce inférieure et moins avancée dans l'évolution. Cet animal, qui s'éloigne ainsi du {ype classique de son espèce et de sa race, est réputé monstre!

Les maladies du fœtus agissent donc absolument comme les manipulations auxquelles, dans son laboratoire, Dareste se livre sur les œufs, en manipulant les œufs de poule, soit en les recouvrant de vernis, soit en les exposant à la chaleur, en les troublant, en somme, par un procédé quelconque. Dareste trouble l’évolution ; il arrète le développement sans savoir, au préalable, où il l'arrêtera; en un mot, il enregistre un état fœtal qui devient ainsi durable et permanent.

576 MONSTRUOSITÉS. ANOMALIES RÉVERSIVES.

Répartition géographique des monstruosités. — Relativement à Ja répartition des monstres à la surface du globe, il ne faudrait pas se fier à un recensement mème approximatif de tous les monstres vivant dans un pays, car dans beaucoup de sociétés on les tuait et on les tue encore; ils sont plus fréquents parmi les populations qui vivent par petits groupes et l’hérédité fait comprendre pourquoi, puisque ces gens ne se marient pour ainsi dire qu'entre parents.

D'après le docteur Guyot, les monstruosités seraient très fréquentes aux iles Gilbert.

En ne tenant compte quedes naissances monstrueuses, celles-ci seraient, d’après certains voyageurs, plus fréquentes en Europe que dans l'Inde; elles sont plus fréquentes, chez les végétaux comme chez les animaux, dans les espèces domestiques ; elles sont plus fréquentes chez le chat que chez le chien, plus fréquentes chez le bœuf que chez le mouton ; en France, Gcoffroy Saint- Hilaire estimait leur nombre annuel chez l'homme à 3 200, chiffre évidemment très au-dessous de la réalité. Elles varient d’ailleurs suivant le milieu social : Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a constaté que les femmes pauvres qui sont obligées de travailler pendant leur grossesse donnent, plus souvent que d’autres, naissance à des monstres.

Je n'ai pas la prétention de passer ici en revue toutes les monstruosités; je me bornerai à dire un mot des plus fréquentes ou au moins des plus célèbres et des mieux connues.

$ À. PILOSISME.

Un des exemples les mieux connus de pilosisme tératologique a été présenté par une famille birmane : un homme, son fils et sa fille étaient recouverts, comme de véritables griffons à poil long, de poils de 5 à 8 pouces de longueur; la fille eut elle-même quatre filles dont une seule était velue; le chef de cette dynastie était bouffon à la cour du roi de Birmanie. Il n’avait que 5 dents à la mâchoire inférieure et 4 à la supérieure; à sa naissance ses oreilles étaient velues, le poil avait alors 2 pouces de long ; la structure de ces poils était la même que celle du duvet embryonnaire.

Voilà certes un exemple d’hérédité bien net ! Supposons que la sélection se fût exercée ici comme pour nos animaux, et nous pouvons voir où arriverait l'humanité; nous aurions assisté

Page 1