I. Développement phylogénique
Encéphale. — Chez les cyclostomes, comme la lamproie, l'extrémité antérieure du cylindre médullaire conmence à se renfler en une ampoule pyriforme, qui est le premier rudiment du cerveau; plus haut dans l'échelle, cette ampoule unique se divise en trois renflements, qui se suivent d'avant en arrière ; plus haut encore, le premier et le troisième de ces renflements se divisent en deux, ce qui donne naissance à cinq ampoules cérébrales, qu’on désigne d'avant en arrière sous les noms de cerveau antérieur, intermédiaire, moyen, postérieur et arrièré-cerveau. Tous les êtres, même l’homme, passent par cette étape ; beaucoup s’y arrêtent et restent munis de ces cinq ampoules ; l'embryon humain et celui des autres animaux supérieurs vont plus loin : le cerveau antérieur donne naissance aux deux hémisphères, au lobe olfactif, au corps calleux, aux corps striés; le cerveau intermédiaire à la couche optique ; le cerveau moyen aux tubercules quadrijumeaux ; le cerveau postérieur au cervelet ; l’arrière-cerveau à la moelle allongée. Chez les poissons, les tubercules quadrijumeaux et le cervelet prennent un développement supérieur aux autres parties ; chez les mammifères, ce sont les deux hémisphères et le cervelet qui dominent. Chez la plupart d’entre eux, le cerveau n’est pas assez grand pour recouvrir le cervelet, qu’on aperçoit facilement ; chez l'homme et les autres primates, le développement du cerveau antérieur est tellement considérable, qu’il efface tout et masque presque complètement le cervelet, En outre, l'extrémité antérieure des hémisphères, pointue chez les autres mammifères et chez les pithéciens, est renflée et ovalaire chez le go-
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rille, l’orang, le chimpanzé, et surtout chez l’homme. Enfin, le bec de l’encéphule, celte partie inférieure et interne des hémisphères, qui s'engage dans la fosse ethmoïdale, tend à devenir un bec de plus en plus pointu, à mesure qu’on quitte les races blanches pour passer aux races inférieures et qu'on s’éloigne de l’homme pour arriver au singe. Cela tient à la voussure plus grande de la paroi orbitaire et à la plus grande profondeur du creux ethmoïdal, profondeur en rapport avec l'importance du lobe olfactif.
Lobes. — Les dimensions relatives des lobes varient également dans la série phylogénique. On trouve toujours le lobe antérieur limité par le sillon de Rolando, le pariétal limité par le sillon perpendiculaire, l'occipital en arrière et le temporal limité par la scissure de Sylvius; mais plus on monte des pithéciens à l’homme et plus augmente le lobe frontal, plus diminue l’occipital. Ce dernier lobe à son maximum chez le cynocéphale, il décroit chez le chimpanzé et diminue encore chez l’homme.
Circonvolutions. — Ce qui varie surtout dans la série des primates, ce sont le nombre et la forme des circonvolutions ainsi que des sillons qui séparent les circonvolutions voisines. Elles ont leur maximum chez l’homme, puis chez le chimpanzé et l'orang, diminuent chez le gorille, diminuent encore plus chez les pithéciens et s’effacent chez les cébiens. Celles du lobe occipital sont pulles chez les macaques et chez le cynocéphale ; ce lobe apparaît alors lisse et saillant en arrière des lobes fronto-parictaux plissés et amoindris qu’il coiffe comme une calotte. C’est le nom qu’on donne à cette disposition inférieure du lobe occipital.
Quant à certaines circonvolutions en particulier, la circonvolution de Broca est atrophiée chez les singes ; le pi courbe, très développé chez les singes et les anthropoïdes, diminue chez l’homme.
Plis de passage. — On a, depuis Gratiolet, attaché une grande importance aux plis de passage. On nomme ainsi des plis saillants, véritables circonvolutions variables, qui s’interposent entre deux autres circonvolutions ordinairement réunies ou mieux séparées par un sillon. Les plis de passage ne sont donc pas des ponts qui vont d’une circonvolution à l’autre ; ce sont plutôt des digues formées par le fond du sillon, qui s'élève de plus en plus, de sorte que, en écartant les deux circonvolutions que le pli de passage réunit, au lieu de voir le fond du sillon profondément situé, ce fond apparaît saillant, à fleur de circonvolution. On distingue quatre
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plis de passage : deux pariéto-occipitaux et deux temporo-occipitaux. Gratiolet avait cru trouver dans la disposition de ces plis de passage une caractéristique de homme; mais c'est là une erreur : les deux inférieurs (temporo-occipitaux) sont constants : minces chez les pithéciens, ils grossissent chez le chimpanzé et l’orang, ils grossissent encore plus chez l’homme; il en résulte que la partie inférieure de la scissure ainsi comblée disparait à .mesure qu’on s'élève des pithéciens à l’homme. Les deux. plis supérieurs (pariéto-occipitaux) ne sont pas davantage caractéristiques de l’homme : profonds chez les singes, cachés au fond du sillon, ils ne font que grossir chez l’homme ; mais le premier et le second existent profonds chez l’orang ; le second existe profond chez le chimpanzé ; le premier et le second existent profonds chez la guenon ; enfin si le premier et le second existent superficiels chez l’homme, ce dernier lui-même manque parfois du premier, parfois du second pli de passage supérieur.
IT. Développement ontogénique.
L’embryon humain commence, lui aussi, par ses cinq ampoules cérébrales. À deux mois, son cerveau est lisse comme celui d’un ouistiti. À quatre mois, la scissure de Sylvius s'ouvre et laisse voir l’insula. A cinq mois, apparaît le sillon de Rolando ; c’est le cerveau d’un cébien. Jusque-là le cerveau est demeuré symétrique : à partir de ce moment il devient asymétrique. À six ou sept mois, le cerveau de l'embryon humain est semblable à celui des singes supérieurs.
HI. Réversion chez les microcéphales.
Toutes ces étapes se retrouvent chez le microcéphale.
Le poids varie entre 104, 283, 288, 342, 438, 600 grammes. La réduction porte surtout sur les lobes frontal et pariétal; l’occipital et le temporal sont souvent peu réduits.
Le cervelet est souvent découvert, comme chez les singes ; la partie antérieure des hémisphères est pointue et forme un bec, comme chez eux. Le lobe occipital lisse, comme chez les singes, forme calotte: la scissure de Sylvius ouverte laisse voir l'insula.
Quant aux circonvolutions, la circonvolution de Broca est atrophiée : les plis de passage sont minces, profonds ou manquent ; le pli courbe prend un développement inusité chez l’homme ; le cerveau est resté symétrique. Ne sont-ce pas là autant de carac-
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tères de réversion, non seulement ontogénique ou fœtale, mais même phylogénique ?
La preuve en est que, comme pour en accentuer la signification, d’autres caractères réversifs, disséminés sur différents organes, apparaissent chez les microcéphales.
Leur poumon présente souvent. quatre lobes à droite et trois lobes à gauche; or, à l'état normal, le gorille, le chimpanzé et l'homme ont trois lobes pulmonaires à droite et deux à gauche. Le chiffre de 4 et 3 se retrouve au contraire chez les quadrupèdes ; il est chez eux en rapport avec l'attitude non bipède, un lobe pulmonaire venant se loger entre la colonne vertébrale et le cœur. Dans une certaine période de l’évolution du fœtus humain, on retrouve également cette tendance.
Le joie des microcéphales est souvent trilobé, disposition qu'on trouve chez les carnassiers et chez les pithéciens, tandis que chez l’homme le foie est normalement à peine divisé par un sillon.
Le côlon présente souvent chez les microcéphales un méso-côlon, c'est-à-dire qu’il est flottant et suspendu, comme le bras d’un blessé dans son écharpe, dans un repli du péritoine qui le soutient. Cette disposition n'existe ni chez l'homme ni chez les anthropoiïdes ; l'attitude bipède n’exige pas en effet cette précaution; le côlon est chez eux seulement appliqué contre la paroi postérieure par le péritoine, qui passe devant lui et sur lui, sans l’entourer et sans céder assez sous son effort pour lui faire une écharpe. Au contraire, la disposition fréquente chez les microcéphales se retrouve chez les quadrupèdes et chez les pithéciens, qui ont normalement un méso-côlon.
Le cæcum présente également chez certains microcéphales un méso-cæcum comme chez les quadrupèdes.
Quant à l’appendice iléo-cæcal, cet organe inutile, ce rudiment dégénéré de la poche ileo-cæcale des carnassiers, il n’existe comme vestige du passé phylogénique que chez l’homme et les anthropoïdes. Or il manque souvent chez les microcéphales.
Après tant de preuves, il me semble difficile de ne pas admettre avec Carl Vogt, que la microcéphalie est un des exemples les plus nets du caractère réversif des lésions tératologiques.